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    Le retour de le religion : La face cachée du fondamentalisme juif en Israël

    Par L'Economiste | Edition N°:217 Le 15/02/1996 | Partager

    Dans leur grande majorité, les Juifs orthodoxes ont trouvé un moyen de vivre dans le cadre des lois d'une démocratie occidentale. Néanmoins, un petit groupe, fondé par le rabbin Meir Kahane maintenant décédé, n'accepte pas ce cadre. Et ils ont fait appel, ces dernières années, à la violence pour défendre leurs idées.


    Quelques années avant qu'Israël ne mette hors-la-loi le mouvement extrémiste du "Kach", on questionna son fondateur, le rabbin Meir Kahane, sur la séparation entre la religion et l'Etat.
    "Le devoir de respecter ce gouvernement et suivre ses lois n'est valable que dans la mesure où il obéit aux lois de la Torah et à celles du "Royaume des Cieux", déclara alors Kahane. C'est ces dernières, selon lui, qui représentent "l'autorité suprême pour le peuple juif".
    Kahane a été tué à New-York par un assassin arabe en novembre 1990. Il incarnait l'aspect le plus violent du fondamentalisme juif. Ses héritiers spirituels, comprenant les derniers membres du mouvement Kach depuis son interdiction et le cercle de militants soutenant ce groupe radical, continuent à défendre son héritage.
    Des centaines de milliers de Juifs orthodoxes en Israël vivent en s'organisant de différentes façons selon des références idéologiques variées. La grande majorité d'entre eux a trouvé un moyen de vivre en accord avec les règles habituelles des démocraties occidentales. Par contre, le mouvement Kach ne se contente pas de préférer les lois du Halakha -codes écrits de la littérature juive traditionnelle- aux lois de l'Etat. Il veut aussi dénier toute légitimité à ses opposants, qu'il s'agisse du gouvernement laïque de l'Etat ou de l'opposition politique parlementaire.

    Le Kach "considère ceux qui ne sont pas d'accord avec lui comme n'ayant pas la même valeur et les mêmes droits que lui", explique le Pr Enud Shprintzak dans son essai "la Violence Politique en Israël". Il considère que ses opposants "représentent un danger pour l'existence collective et, par conséquent, ne méritent pas la protection des lois de la société".
    Le Sionisme politique était un mouvement laïc. Il considérait que la Bible donnait au peuple juif le droit et le devoir historique de construire Eretz Israël. Mais il ne voyait pas dans les lois de la Bible un code devant guider la vie quotidienne.
    La plupart des Juifs orthodoxes considéraient que la création d'Israël représentait "le commencement du processus de rédemption" devant s'achever par la venue du Messie et la construction du Troisième Temple quand le peuple juif vivra à nouveau en accord avec la Torah dans sa patrie historique. Dans les synagogues à travers le pays, on récite depuis longtemps des prières pour l'Etat.

    1 siège à la Knesset

    Meir Kahane a fondé la Ligue de Défense Juive à la fin des années soixante pour offrir une organisation d'autodéfense aux Juifs vivant dans les quartiers de New-York et dont le taux de criminalité est élevé. Plus tard, suite aux restrictions d'émigration des Juifs vers Israël imposées par le gouvernement soviétique ainsi qu'aux actions du mouvement sioniste soviétique, la "Ligue" a élargi ses activités à différentes formes de protestations contre les diplomates soviétiques.
    Emigrant en Israël au début des années 1970, Kahane et ses amis ont d'abord lancé des actions, du type manifestations ou pétitions, contre l'ambassade soviétique et contre les missionnaires chrétiens présents dans le pays.
    Mais le mouvement du Kach tel que nous le connaissons aujourd'hui a pris véritablement son essor durant la période des accords de Camp David entre Israël et l'Egypte en 1978-1979. Le traité demandait qu'Israël se retire de la péninsule du Sinaï et démantèle une série de camps de pionniers dans la zone frontalière de Rafah. Pour certains nationalistes orthodoxes, il s'agissait d'un pas en arrière dans le "processus de rédemption".

    Kahane avait déclaré alors que Menahem Begin avait commis une "trahison" et accusé l'ancien Premier ministre de "craindre les gentils plus que Dieu". Kahane s'était attaqué aussi aux Arabes des territoires occupés et d'Israël-même, promettant de les bannir dès qu'il serait au pouvoir. Des porte-parole du Kach avaient manifesté publiquement leur joie à l'occasion de la mort d'Arabes, les blâmant pour tous les maux temporels comme spirituels de la société israélienne, qu'il s'agisse de la criminalité ou du chômage.
    Aux élections parlementaires de 1984, le Kach a gagné un siège à la Knesset, ce qui a choqué profondément le monde politique israélien. Kahane a exploité les difficultés économiques et les luttes sociales d'Israël pour élargir le cercle de ses sympathisants. Il est souvent apparu dans des villes frappées par le chômage et la pauvreté, excitant ses auditeurs contre le gouvernement, accusant les Arabes d'être responsables de tous les problèmes.
    Une nouvelle loi contre le racisme, approuvé par la Haute Cour israélienne a empêché Kahane de participer aux élections de 1988.

    Le masacre d'Hébron

    Malgré la mort de leur chef, les militants du Kach se comptent encore par milliers. Suite à la victoire au élections de 1992 du parti travailliste de centre gauche, sur le Likoud très ancré à droite, et suite aux accords d'Oslo et du Caire signés par Israël et l'Organisation de Libération de la Palestine, il y a eu une escalade dans la campagne de dénigrement menée par le Kach à l'encontre des Arabes en Israël et dans les territoires occupés. Cette campagne s'est souvent accompagnée de voies de fait contre des personnes ou biens leur appartenant.
    Kahane et ses militants ont réussi à donner à un mouvement de rue et même au terrorisme contre les Arabes une certaine légitimité, en se référant à l'Halakha. Le 25 février 1994, à 5h10, alors que 500 Musulmans s'agenouillaient au cours de la prière dans le Hall d'Isaac à Hébron, a surgi soudain un capitaine de réserve israélien armé d'un fusil automatique de type Galil. Il a tiré dans tous les sens sur les hommes en prière. 29 personnes ont été tuées et plus de 100 blessées. L'homme, le Dr Baruch Golstein, a été battu à mort par les Musulmans qui avaient assisté à la scène.

    Suite au massacre d'Hébron, il y a eu une série de confrontations violentes entre soldats israéliens et Palestiniens, confrontations au cours desquelles neuf Palestiniens ont été tués et 200 blessés. Goldstein, pionnier du camp proche de Kiryat Arba, avait été pendant de nombreuses années en contact avec le rabbin Kahane et son mouvement. Il représentait le Kach à la municipalité de Kiryat Arba et avait défendu les objectifs du mouvement.
    Les militants du Kach ont célébré le massacre accompli par Goldstein, le reconnaissant comme la réponse adéquate à la vague de terrorisme arabe qui s'était alors déclenchée. Ils ont décrit ce massacre comme une action sainte, un sacrifice, et souhaité que cela mette un terme au processus de paix.
    Mais ce processus continue et une importante majorité d'Israéliens désapprouve les intégristes. Reste à savoir si dans leur frustration, ceux-ci ne vont pas réagir par encore plus de violence contre les Arabes et, comme le montre l'assassinat d'Izhak Rabin, contre les Juifs eux-mêmes.

    Nadav Shragal, Ha'aretz (Israël)


    Yigal Amir

    Yigal Amir, le meurtrier du Premier ministre israélien Izhak Rabin est le produit d'un système éducatif qui lie Etat et religion, essayant de réaliser une synthèse entre le Judaïsme, l'Etat d'Israël et les valeurs démocratiques. Le Sionisme orthodoxe, ce mouvement idéologique qui a donné naissance à des gens comme Amir et ses acolytes, prétend que la religion juive et le nationalisme juif sont intimement liés. Passé par les institutions les plus prestigieuses du Sionisme orthodoxe, Amir a été contaminé par les enseignements du vénéneux Meir Kahane et de ses disciples. Kahane, assassiné à New York en 1990, était le fondateur de la Ligue de Défense Juive, transposant aux Etats-Unis la mouvance terroriste israélienne.
    L'article qui suit, écrit peu avant l'assassinat de Rabin, décrit les racines de l'intégrisme juif en Israël.

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