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    Economie

    La recette du développement selon Peyrefitte

    Par L'Economiste | Edition N°:653 Le 06/12/1999 | Partager

    · Une grille pour évaluer la position du Maroc

    · Dans la recette de Peyrefitte, le Maroc est semi-développé ou semi-sous-développé

    · Une liste pense-bête pour candidat politicien


    En douze points, Alain Peyrefitte a défini ce qu'il appelle la "combinatoire du développement" à partir de ses observations sur la "société de confiance". Le lecteur est naturellement invité à confronter la recette avec la situation prévalant au Maroc.
    1- La mobilité sociale: Avec l'évolution de la société civile et l'adaptation institutionnelle, la mobilité sociale, aux yeux de Peyrefitte, est le comportement des gens qui n'hésitent pas à remettre en cause leurs acquis, leur statut dans l'espoir d'obtenir mieux. Inversement, les nations sous-développées sont des "sociétés immobiles" qui se limitent à leur propre reproduction. Les statuts et fonctions y sont figés, presque inamovibles. La mobilité sociale est suspecte, voire condamnée.
    2- La recherche de la nouveauté: Dans les sociétés développées, l'innovation, l'anticipation et la prévision sont ressenties comme des valeurs bonnes pour le progrès social. Dans les sociétés sous-développées, le comportement collectif doit être conforme aux usages, car les changements sont vécus comme des désordres ou des menaces. Les nouveautés techniques y sont perçues comme des curiosités amusantes.
    3- L'homogénéisation de la société: La société développée est une société où la circulation des biens, des informations et des personnes est aisée. Inversement, les sociétés sous-développées sont tronçonnées, où l'information, les biens et les personnes ne circulent qu'en vase clos. Cette hétérogénéité fait obstacle aux échanges, donc au progrès.

    4- La tolérance: La société développée s'attache à la pluralité des idées et valorise les différences quand la société sous-développée est intolérante et pratique la censure. L'autonomie intellectuelle y est considérée comme une menace de désagrégation sociale.
    5- L'instruction: Les nations développées prennent de véritables paris permanents sur l'éducation et l'instruction. Elles font confiance au développement intellectuel et à la diffusion de la culture. Inversement, dans les sociétés sous-développées, les classes dirigeantes redoutent de perdre le monopole du savoir. La diffusion de la presse et des livres ne touche qu'une petite partie de la population.
    6- Recherche de l'organisation politique légitime pour le plus grand nombre: Le peuple est fréquemment sollicité pour renouveler les élites dirigeantes des sociétés développées. Les hiérarchies y sont souples, sujettes à des remises en question. Au contraire, dans le monde sous-développé, la société est sous-tutelle de féodalités politiques ou religieuses, contrôlant l'ensemble des activités sociales. La transmission s'y fait par héritage ou par la violence non maîtrisée.
    7- L'autonomie de l'économie par rapport aux autres considérations: L'initiative concurrentielle et prévisionnelle guide l'organisation de l'activité et la division du travail dans les nations développées. Dans les sociétés sous-développées, l'économie est captive, surveillée par l'autorité de tutelle et régie par les coutumes. Les rentes de situations dominent la formation des revenus.
    8- L'économie de coopération: Les sociétés développées cherchent la coopération du plus grand nombre, alors que l'économie des sociétés sous-développées est entre les mains des détenteurs du pouvoir politique, même s'ils se trouvent à l'étranger. Le reste de la population en est exclue.
    9- La grande valeur de la santé publique: C'est une valeur essentielle des sociétés développées, qui combattent énergiquement la mortalité et ce, jusqu'à l'acharnement thérapeutique, souligne Peyrefitte. Au contraire, les sociétés sous-développées acceptent les forts taux de mortalité avec fatalisme. L'hygiène y est rudimentaire et ne fait pas l'objet d'enseignement massif.

    10- La maîtrise de la natalité: Elle est maîtrisée au point, indique Peyrefitte, que les sociétés développées prennent collectivement le risque de refuser la vie. Les sociétés sous-développées sont au contraire surnatalistes. Jusqu'à l'intervention de la médecine occidentale, la fécondité irresponsable est compensée par la surmortalité des enfants. "La vie ne s'assume pas comme un projet, mais comme une contagion inévitable" et les femmes sont traitées en êtres inférieurs, vouées à la reproduction et aux tâches domestiques.
    11-L'organisation rationnelle et marché libre pour les ressources alimentaires: Dans les sociétés développées, c'est le marché ouvert et concurrentiel qui a vaincu les pénuries alimentaires, alors que dans les sociétés sous-développées, la pénurie alimentaire est fréquente. Les populations ne prennent pas en charge leur propre subsistance.
    12- La violence maîtrisée: Les pouvoirs policiers et judiciaires sont légitimes dans les pays développés et assurent donc la maîtrise de la violence. Inversement, dans les sociétés sous-développées, une remise en cause du pouvoir rend ce dernier incapable de garantir la sécurité des personnes et des biens. La société sous-développée est spasmodique et tombe dans les règlements de comptes individuels, claniques ou tribaux dès que le pouvoir est remis en cause. L'insécurité y freine naturellement l'anticipation économique et l'investissement. Ne sachant maîtriser la violence, la société sous-développée redoute les échanges et cherche des exutoires à ses frustrations dans les conflits ethniques ou dans les conflits avec l'étranger.

    Le Maroc fait de très mauvais scores sur les points 5, 9 et 10, mais s'en tire honorablement sur les points 1, 2 et 4. Sur le point 12 il faudrait partager entre la sécurité assurée par la police qui est moyenne et celle assurée par la justice qui n'est pas reconnue comme fiable, sans que cela ne donne lieu cependant à des spasmes sociopolitiques. Sur les cinq autres points, les résultats sont mitigés.

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