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    Economie

    C'est une affaire de mentalité et de comportement

    Par L'Economiste | Edition N°:653 Le 06/12/1999 | Partager

    · Campagne d'assainissement et succession sur le Trône Alaouite: Deux cas marocains où la vision de Peyrefitte se vérifie

    · L'entreprise est au coeur du développement, mais ne la déifions pas!


    Pourquoi le Royaume du Maroc a-t-il changé de Souverain sans abîmer son PIB et en s'offrant une hausse de la Bourse, alors qu'il s'était économiquement recroquevillé pendant la campagne d'assainissement de 1996?
    Parce que, même en pleurant SM Hassan II, il avait confiance en son Fils, alors que les méthodes de la campagne d'assainissement avaient détruit la confiance des "entreprenants".

    L'Etat ne fait pas le développement


    La thèse de Peyrefitte, disparu la semaine dernière, explique ce phénomène: le développement ne repose que très partiellement sur le capital et le travail. Ces deux facteurs de production n'ont d'opérationalité que s'ils agissent dans une "société de confiance" au sein de laquelle les "entreprenants" innovent, investissent et prennent des risques calculés. Pendant et après la campagne d'assainissement, difficile de calculer les risques, puisque les ennuis frappaient au hasard sans possibilité de recours. Les chiffres sur la reprise, dont le Ministère de l'Intérieur de l'époque abreuvait certains journaux, ne pouvaient pas rétablir la confiance, car ils n'étaient pas crus par les entreprenants.
    Cette défiance qu'a vécu le Maroc est aussi explicable avec la thèse de Peyrefitte: l'Etat a peu de chance d'organiser le développement, tout au plus peut-il l'accompagner. Ce n'est pas une mince surprise que de trouver sous la plume d'un Gaulliste de toujours, c'est-à-dire d'une sensibilité politique très sourcilleuse sur l'Etat, que l'Etat n'est au mieux qu'un accompagnant des entreprenants. Et pourtant, c'est bien l'une des déclinaisons de la "Société de confiance".
    "L'entreprise est au coeur de la société de développement" (laquelle n'existe que si elle est aussi une société de confiance), écrit Peyrefitte qui enfonce le clou: "L'entreprise en est l'institution centrale". C'est pourquoi en visant l'entreprise et l'entrepreneur, la campagne d'assainissement avait été aussi ravageuse.
    Néanmoins, prévient l'auteur, il ne faut pas déifier l'entreprise. En étant centrale, elle peut en être victime. Peyrefitte détaille une série de menaces qui remettent en cause la capacité de l'entreprise à fabriquer du développement: la charger de missions sociales (de type féodal ou paternaliste ou encore étatiste), l'instrumentaliser de manière bureaucratique (en paralysant ses fonctions d'innovation ou de concurrence) ou encore s'étouffer elle-même si elle se sclérose dans une position de leader.

    Leçons à Venise


    L'ancien ministre français cite aussi quelques délicieux cas historiques qu'il faut méditer dans le Maroc contemporain. Venise, maîtresse de la Méditerranée aux XV et XVIème siècles, devait sa fortune à l'audace de ses marchands et armateurs. Puis, l'organisation politique de la Sérénissime République a absorbé l'argent mais surtout l'attention et l'énergie des marchands pour la conquête de fonctions politiques et la construction de palais. Venise la splendide se passionna alors pour l'élection des Doges quand les villes hanséatiques du Nord de l'Europe ont commencé leur conquête des mers et du commerce. Elles ont négocié leur indépendance industrieuse avec les féodalités espagnoles et germaniques. Cinq siècles plus tard, elles touchent encore les revenus de ce choix, tandis que Venise demande de l'aide internationale pour sauver ses magnifiques palais. La leçon de Venise est que lorsque les entreprenants se lancent dans la protection de leurs rentes ou lorsqu'ils sont contaminés par le snobisme, alors le développement est en danger. Toute la difficulté est alors de renouveler la couche des entreprenants.


    L'Etat et les bonsaïs


    Grand connaisseur de la civilisation chinoise, Peyrefitte raconte comment un Etat, pourtant très puissant, manque pourtant les occasions de soutenir le développement. De l'instauration de la planification au début des années 50 jusqu'à l'invention de "l'économie socialiste de marché" au début des années 90, les planificateurs chinois avaient interdit la culture des bonsaïs, ces arbres nains très décoratifs. Ils redoutaient que l'esprit bourgeois y soit logé. Avec l'assouplissement du dirigisme, la planification a omis d'interdire les bonsaïs. Avec prudence, des paysans s'y sont remis. Ils avaient certes perdu la main par rapport aux compétences acquises par leurs collègues japonais, coréens... Il n'empêche qu'ils ont fait fortune en peu de temps avec leurs arbres en pot. Les dirigeants chinois d'aujourd'hui ont eu le bon sens de voir que l'enrichissement des paysans enrichit davantage la Chine que ne l'avait fait le communisme paysans.


    Une fortune de chien


    LA culture marocaine méprise le chien. Les ministres de l'Agriculture évitent donc de se faire photographier lorsqu'ils inaugurent les expositions canines qui se tiennent tous les ans au Maroc. Pourquoi y a-t-il des expositions canines au Maroc? Parce que le Royaume est propriétaire des deux origines de races canines, le Haïdi, un berger de montagne, et le Sloughi, un lévrier. C'est assez rare dans le monde qu'un pays ait deux origines chez lui. Si le chien est reconnu par le pays d'origine, il prend automatiquement beaucoup de valeur et ses descendants aussi. Il ne reste presque plus de Haïdi et si la race survit, ce sera grâce aux soins patients de l'Institut Agronomique et Vétérinaire. Mais ce n'est pas lui qui pourra développer la race par le commerce. En revanche, il y a un commerce mondial du Sloughi. Des éleveurs de partout dans le monde viennent chaque année au Maroc faire certifier leurs plus belles bêtes. Ils développeront ainsi leurs élevages et créeront des emplois. Mais chaque année, ils sont stupéfaits de voir que le Maroc profite si peu de son capital de race canine. Pas de grands élevages exporteurs, pas même de culture de Sloughi.
    Au contraire, pas de caméra de télévision, pas de journaliste marocain lors de l'exposition annuelle. Pourtant, un Sloughi de 4 mois, pas encore vacciné mais avec une bonne origine, se vend entre 600 et 1.000 Dollars à Londres ou à Amsterdam. Combien d'emplois et de recettes en devises sont ainsi perdus à cause d'un mépris mal placé?

    Nadia SALAH

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