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    Economie

    Peyrefitte avait-il trouvé l'explication du développement?

    Par L'Economiste | Edition N°:653 Le 06/12/1999 | Partager

    · Toute une vie d'observations exceptionnelles pour mesurer le "tiers facteur immatériel"

    · C'est le comportement des gens et la confiance qu'ils s'accordent qui créent le développement

    · Le capital et le travail "ne sont que des facteurs seconds"


    "Ce n'est pas le sous-développement qu'il faut expliquer, c'est le développement, parce que c'est lui qui est exceptionnel, alors que le sous-développement a été l'état de l'humanité pendant des millénaires et qu'il le reste pour les trois quarts d'entre elle". Quand Alain Peyrefitte soutient sa thèse en 1995, le cimetière des espoirs du développement est rempli de projets morts.
    Quand l'idée de la "société de confiance" avait commencé à trotter dans sa tête d'étudiant en 1948, la colonisation était encore présentée comme une oeuvre civilisatrice, pendant qu'à l'Est Staline promettait que les Soviets seraient le plus grand développement que l'humanité ait jamais imaginé. Les marcheurs de Mao n'avaient pas encore créé le communisme paysan. Les Etats-Unis ne savaient pas encore que la reddition japonaise ouvrirait une nouvelle étape pour l'Empire du Soleil levant.
    Le Japon a bien conduit sa barque de développement: en moins de temps que Peyrefitte n'en a mis pour publier sa thèse, le voici deuxième puissance mondiale. Le rêve soviétique s'est révélé être un cauchemar; la décolonisation n'a pas apporté plus de prospérité que la mission civilisatrice. Point d'orgue, les successeurs de Mao ont inventé "l'économie socialiste de marché".
    L'expression avait le don de faire rire Peyrefitte qui ne s'en privait guère, ni à la télévision, ni dans ses conférences au Collège de France. Il y voyait l'exact résumé de "l'empire immobile" (titre d'un de ses livres sur la Chine) où l'Etat faisait tout, y compris en se couvrant de ridicule, pour empêcher le développement en "empêchant d'abord l'instauration d'une société de confiance".
    On sait depuis Adam Smith que les richesses naturelles ne sont pas le facteur déterminant du développement. Le Japon n'a fait que le confirmer. Les économistes ont donc remplacé la nature par le capital et le travail.

    "C'est la connaissance du Tiers-Monde qui m'a amené à comprendre que capital et travail ne sont que des facteurs seconds du développement", écrit Peyrefitte. Il constate que des nations qui n'ont que peu de l'un et de l'autre produisent du développement, alors que d'autres, mieux servies, restent dans le sous-développement. Il constate aussi que le phénomène se répète dans l'espace, mais aussi dans l'histoire.
    Donc il y a autre chose qui explique pourquoi les uns se développent quand d'autres stagnent ou déclinent. Pour Peyrefitte cela vient du comportement des gens, de la culture. Il l'appelle dans ses tout premiers écrits, ceux de sa plume d'étudiant surdoué, le "tiers facteur immatériel", puis "Ethos", du grec qui signifie à la fois morale et comportement. Il qualifie ainsi les relations de confiance sur la base desquelles le développement peut se faire.
    En 1948, son maître de thèse, ne l'entendant pas de cette oreille, lui interdit de poursuivre sur la voie d'un travail de rhétorique et lui impose de mesurer ce "facteur immatériel". Durant les cinquante années suivantes, avec le laboratoire exceptionnel que lui donnent ses responsabilités politiques et la densité de l'histoire mondiale, Peyrefitte a "mesuré le tiers facteur immatériel".


    Cinquante ans pour une thèse


    Assez curieusement, un seul des ouvrages d'Alain Peyrefitte a retenu l'attention des journalistes qui ont commenté sa disparition la semaine dernière. Il s'agit de "Quand la Chine s'éveillera... le monde tremblera", édité en 1973, et cinq fois réédité dans les quinze années qui suivirent et chaque fois avec le même succès.
    "Le mal français", lui aussi un considérable succès de librairie en France, est à peine cité par le commentateurs, bien qu'il ait reçu quatre déclinaisons, au gré des événements politiques français, entre 1976 et 1992.
    Pourtant, Alain Peyrefitte le disait lui-même, "tous ces essais ne sont que des bâtards d'une idée", rencontrée alors qu'il était étudiant. Il avait soutenu un mémoire de DES, "Le sentiment de confiance", puis déposé le titre de son projet de thèse à l'Université de Paris en 1948.
    Ce n'est que presque cinquante ans plus tard qu'Alain Peyrefitte soutiendra sa thèse.
    Entre-temps, tous ses livres annonçaient depuis 20 ans déjà un à-paraître sur "La société de confiance".
    Depuis sa sortie en 1995, trois essais ont été publiés, tous chez l'éditeur Odile Jacob, sur ce sujet qui lui tenait à coeur depuis si longtemps: "La société de confiance" qui est le coeur de la thèse, "Du miracle en économie, leçons au Collège de France", moins érudit et plus accessible, et enfin "Autour d'Alain Peyrefitte, valeurs et modernité", un ouvrage collectif de critiques sur la thèse de la société de confiance. Ainsi, en l'espace de trois années, l'ensemble s'est trouvé mis à la disposition du public, mais d'un public averti. C'est peut-être ce qui l'a empêché de trouver un intérêt plus large, en dehors des cercles universitaires.

    Nadia SALAH

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