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    Politique Internationale

    La fermentation temporelle d'un fonctionnaire

    Feuilleton inédit de Réda ALLALI

    Par L'Economiste | Edition N°:666 Le 23/12/1999 | Partager

    11ème épisode
    «Lève-toi, on va taper dans le ballon»

    Résumé des épisodes précédents
    Saïd, le collègue de bureau, a interrompu Kamal, notre héros, dans ses rêvasseries technologiques sur les poulpes. Aussi puant que le matin, Saïd vêtu d'un survêtement trop petit de deux tailles, mais fier de sa personne et blindé d'intentions sportives, propose à Kamal de sortir dans la forêt de Rabat, au lieu de rester aussi vautré au lit jusqu'à l'heure du f'tour.

    Les velléités des sportifs de Ramadan ne survivent en général pas plus loin que la première nuit, assassinées par le festival de ripaille sitôt la nuit tombée
    Mais nous n'en sommes pas encore là:
    - "Lève toi, on va faire un tour à la forêt, histoire de taper un peu dans un ballon" lance Saïd.
    Comme ce matin au bureau, l'haleine de bouc agresse notre héros. Lancée comme une arme chimique à la face de son interlocuteur, l'offensive fait mouche à tous les coups. Pourtant, puisque cet après-midi, Saïd n'embrasse pas Kamal, on aurait pu croire que le choc serait moins violent. Il n'en est rien. L'effet de distance étant largement compensé par l'aggravation du phénomène de fermentation buccale en plein épanouissement chez Saïd.
    - "A ta santé le survêtement, mon frère".
    - "Dieu te donne la santé, je l'ai fait venir d'Italie par mon cousin qui travaille là-bas. Lève-toi vite, on a juste le temps de faire un petit match rapide".
    - "OK, je mets mon short".
    Contrairement à Saïd, Kamal est galbé comme une frite trop cuite (celle qui a été oubliée dans la friteuse et qui a subi deux ou trois cuissons) et il n'a pas de survêtement Nike dessiné par Chaiïbia ou par un ingénieur de la circulation routière. Kamal doit se contenter d'un T-shirt informe et d'un short vert qui, une fois enfilé sur ses jambes maigrelettes, a l'air d'un parachute.
    Nos deux amis prennent alors la direction de la forêt du Hilton.
    Chemin faisant, ils échangent quelques ragots sur leurs collègues.
    Leur vie de bureau ressemble au Désert des Tartares. Ils y guettent l'improbable projet qui sollicitera leurs cellules cérébrales encrassées par des années d'inactivité intellectuelle totale.
    Du moins ce projet, ils l'ont espéré les premiers mois qui ont suivi leur intégration au sein du Ministère. Ensuite, ils ont pris goût à l'inactivité. Ils ont développé une véritable addiction à l'égard de leur désoeuvrement, une impossibilité presque physique à accomplir une tâche qui exige d'eux le moindre effort de réflexion ou de concentration.

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