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Secteur laitier: Des solutions pour sortir de la crise
Par L'Economiste | Edition N°:736 Le 30/03/2000 | Partager

Par Ahmed KETTANI
Ancien directeur de l'Elevage au Ministère de l'Agriculture, président de la Société de Promotion de l'Agriculture et de l'Elevage (AGREL)

. La thèse de surproduction n'est là que pour masquer des problèmes dont les industriels sont en partie responsables

LES professionnels du secteur laitier pensent que celui-ci traverse la période la plus critique qu'il ait connue depuis 25 ans. Certains, parmi les pessimistes, croient à son effondrement proche. Tous estiment que la responsabilité de cette situation incombe, à des degrés divers, à l'Administration, aux industriels et aux organisations des producteurs. Mon but est d'analyser cette situation de la manière la plus objective possible et de suggérer, à la lumière de cette analyse, quelques solutions qui me paraissent revêtir un caractère d'urgence et qui sont susceptibles de redresser la barre pour un avenir prospère.
Depuis 1975, ce secteur a fait l'objet d'un très grand intérêt des pouvoirs publics et d'une mobilisation du monde rural, qui se sont traduits par des investissements très lourds aussi bien dans les zones irriguées que dans le bour favorable. Ces efforts ont permis de doubler la production laitière nationale en moins de 20 ans, de développer l'industrie laitière dans les principales provinces du Royaume et d'assurer, en conséquence, un revenu à une partie non négligeable de la population rurale marocaine.

Importations massives de génisses


Voilà que depuis 3 ans, on assiste à un retrait des principaux industriels du secteur, qui refusent la collecte d'une partie, voire de la totalité, du lait produit en dehors d'une zone qu'ils ont délimitée, sans tenir compte des préjudices subis par les éleveurs laitiers. Ce refus est d'autant plus inquiétant que depuis 3 ans, il s'effectue dès le mois de janvier, c'est-à-dire en pleine période de basse lactation(1).
Devons-nous conclure qu'il y a une surproduction de lait au Maroc?
A mon avis, une telle conclusion serait trop hâtive car il y a moins de 4 ans, on criait à la pénurie.
Je rappelle en effet qu'en date du 23 octobre 1996, une commission constituée par des responsables du Ministère de l'Agriculture et des principaux industriels du secteur laitier avait été convaincue, à l'unanimité, de cette pénurie.
Elle avait même constaté que les importations massives de génisses de race laitière, effectuées depuis 1975, s'étaient avéré insuffisantes pour faire face aux besoins de la consommation.
Cette commission avait alors suggéré que l'Administration autorise les industriels les mieux équipés à importer de la poudre pour la reconstitution du lait et sa mise à la consommation. Cette autorisation fut accordée le 31 octobre 1996(2).
Voilà que trois ans après, ces mêmes industriels déclarent qu'il y a surproduction! et réduisent leur zone de collecte en pleine période de basse lactation.
A mon avis, il y a un lien direct entre l'autorisation donnée par l'Administration pour la reconstitution du lait et le refus des industriels d'absorber une partie de la production du lait frais.
La thèse de "surproduction" avancée n'est là que pour masquer des problèmes dont ces industriels sont, en partie, responsables.
Au lieu de réduire leur zone de collecte, ils auraient dû investir dans la publicité pour développer la consommation de lait sous toutes ses formes, comme cela se pratique dans plusieurs pays, même parmi les plus développés.

Campagne publicitaire


D'ailleurs, la consommation marocaine en lait frais est très en deçà de la moyenne mondiale (40 kg/habitant/an au Maroc contre 120 kg/habitant/an à l'échelle mondiale).
Elle est même inférieure à celle de nos voisins maghrébins (67 kg/hab/an pour la Tunisie, 119 kg/hab/an pour l'Algérie).
Elle est aussi inférieure aux niveaux nutritionnels tels qu'ils ont été établis par la Direction de l'Elevage dans les études sectorielles menées en 1996.
Je voudrais rappeler que le Maroc a déjà connu, avant 1975, une situation analogue à celle vécue actuellement; c'est ce qui avait justifié l'ensemble des mesures prises par les pouvoirs publics, avérées très efficaces. L'autorisation de la reconstitution et la réduction de la collecte qui s'en est suivie nous ramènent vingt-cinq ans en arrière. Elles réduisent les sources de revenu d'une grande partie de la population rurale marocaine et stoppent investissements et création d'emplois dans ce secteur vital.
C'est pour cela que je crois de mon devoir de suggérer aux pouvoirs publics, pour sortir de cette crise, les mesures suivantes:
1- Augmenter substantiellement les droits de douane et taxes à l'importation de la poudre de lait pouvant servir à la reconstitution de manière à rendre le prix du lait reconstitué très supérieur à celui livré par l'industrie à partir de la production nationale.
2- La reconstitution ne peut être autorisée qu'en cas de pénurie flagrante, en basse lactation, et après avis d'une commission comprenant les représentants dûment qualifiés des éleveurs. Elle doit être réalisée à partir de la poudre fabriquée au Maroc en période de haute lactation(3). L'Administration peut encourager cette fabrication par la suppression des droits de douane et taxes à l'importation aussi bien du matériel de fabrication que de l'emballage. Celui du lait reconstitué doit obligatoirement porter la mention: "lait reconstitué".

3- Mener une action nationale d'encouragement à la consommation du lait par une publicité très intense par le biais de tous les médias et auprès de toutes les collectivités.
Le financement de cette publicité, qui devra être permanente, sera assuré par tous les industriels au prorata de leur chiffre d'affaires.
4- Encourager la création d'unités industrielles de lait dans les zones où la collecte par les industriels existant est faite occasionnellement ou du tout. Je pense en particulier aux zones excentriques qui peuvent, avec des petites laiteries de 10.000l/j, valoriser sur place leur production, fournir à la population locale un lait de qualité pasteurisé de moindre coût, et être compétitives dans leurs localités vis-à-vis des grands industriels.
Telles sont les suggestions qui me paraissent pouvoir contribuer à la résolution de la crise actuelle.o

(1) La basse lactation dure du 15 août au 15 février de chaque année. A cette période, l'herbage naturel est très faible et la production laitière se trouve ainsi affaiblie.
(2) L'Europe est l'un des premiers fournisseurs mondiaux de poudre de lait. Cette poudre est subventionnée à l'exportation par l'UE. Son prix de vente à l'export n'est pas en rapport avec ses coûts réels de fabrication.
(3) La haute lactation dure du 16 février au 14 août de chaque année, et correspond à la période d'abondance relative de la production laitière.

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