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    Economie Internationale

    France: La concurrence dénonce les obstructions de Vivendi à «La Défense»

    Par L'Economiste | Edition N°:608 Le 04/10/1999 | Partager

    · L'opérateur américain Colt et France Télécom malmenés par le monopole de FOD (Fibres Optiques Défense), filiale de Vivendi

    · Les tarifs pratiqués par FOD pour la location d'une paire de fibres sont jugés dissuasifs


    La Défense, avec sa dalle de prestige, ses dizaines de tours-sièges sociaux, est-elle la victime du monopole de Cegetel? C'est la thèse que développent deux opérateurs de téléphonie: l'Américain Colt et, ce qui ne manque pas de saveur, l'ex-monopole France Télécom. Dans son rôle de petit organisme partant à l'assaut d'un monopole, l'opérateur public a des accents touchants: "La situation est ubuesque. Alors que la concurrence se met en place partout en France, on est en face d'un établissement public qui constitue un monopole sur un espace public avec la bénédiction des pouvoirs publics!" Bercy devait donner le 15 septembre son avis sur ce litige. Mais le dossier est complexe et les services du Ministère des Finances font le mort.
    L'affaire remonte à 1996. Cette année-là, à quelques mois de l'ouverture du marché du téléphone à la concurrence, l'Epad (Etablissement Public d'Aménagement de la Défense) prend le virage inverse. Il lance un appel d'offres pour désigner un concessionnaire unique, propriétaire de l'infrastructure de fibres optiques sur la dalle. Cegetel, filiale de Vivendi, remporte la concession (ou plus exactement FOD: Fibres Optiques Défense), une filiale créée pour la circonstance par le groupe). Le partage des rôles est limpide. FOD finance et pose les fibres nues, tandis que les opérateurs de téléphonie louent à FOD ces fibres sur lesquelles ils greffent leurs services à hauts débits (transmission de vidéo et interconnexion de réseaux) qu'ils commercialisent aux entreprises occupant la dalle.

    Aujourd'hui, rien ne va plus. Colt, qui s'est fait une spécialité dans le câblage des grands centres d'affaires européens, est particulièrement virulent. "Les tarifs pratiqués par FOD pour la location d'une paire de fibres entre deux tours sont dissuasifs. FOD nous réclame 5.000 F par mois (hors taxes) pour une paire de fibres nues, alors qu'à Paris, sur la même distance, un service exploitant cette fibre n'est pas facturé plus de 3.000 F au client final!". Bref, Colt explique qu'il y a toute une gamme de prestations qu'il est incapable de proposer, sauf à vendre à perte. Et de réclamer avec force le droit de câbler la Défense.
    France Télécom est tout aussi fâchée. Comme elle assure depuis toujours les services de téléphonie classique sur la zone, elle dispose déjà d'une infrastructure. Mais celle-ci est insuffisante pour répondre aux besoins en hauts débits des clients. "Jusqu'à présent, on a pu les satisfaire, explique-t-on à France Télécom, mais c'est au prix d'acrobaties coûteuses faisant appel aux hautes technologies". France Télécom dit avoir presque épuisé les solutions. Et pas question pour elle d'aller louer des fibres à FOD.

    Toutes deux ont porté leurs différends devant le tribunal administratif. Mais les deux affaires sont au point mort: "Aucun rapporteur n'a encore été désigné", se plaignait récemment l'opérateur américain.
    De guerre lasse, Colt est donc allé plaider son cas à Bercy, l'Epad étant un établissement public. Promis à Colt pour le 15 septembre, l'avis n'est toujours pas rendu. Aujourd'hui, Bercy donne l'impression de botter en touche: "Le gouvernement n'a pas, a priori, à prendre part au conflit: il n'a pas vocation à régler ce type de différend, a fortiori quand la justice a déjà été saisie".
    Chez FOD, on ne comprend pas bien l'agressivité de l'Américain. "Nos clients sont heureux. Il n'y a que Colt ou France Télécom qui se plaignent de nos tarifs". L'Epad n'est pas davantage à court d'arguments: "Pas question de laisser n'importe qui parcourir nos galeries". Et d'expliquer que, si Colt veut câbler, il peut le faire sur le domaine routier de la Défense: "Evidemment, c'est plus facile de placer son câble dans les galeries existantes que de creuser des tranchées", reconnaît-on.


    Résultats financiers


    L'examen des résultats financiers de FOD montre que l'affaire est juteuse pour la filiale de Cegetel. En 1998, première année de vraie commercialisation, le chiffre d'affaires s'est élevé à 11,9 millions de Francs et le résultat d'exploitation à 4,7 millions, portant le ratio résultat-chiffre d'affaires au niveau enviable de 33%! Richard Lalande, gérant de FOD, relativise la performance: "On a fait 45 millions d'investissements, on continue à investir". Les opposants de Cegetel corrigent quelque peu le propos: "Sur les 45 millions investis il y en a 8 qui proviennent d'une subvention de la région!". D'où l'embarras des pouvoirs publics autour d'un dossier qui traîne sur les bureaux à différents étages de l'Administration, à la Direction de la Concurrence (DGCCRF) comme à celle des télécommunications.

    Catherine MAUSSION
    Syndication L'Economiste-
    Libération (France)

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