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    Economie Internationale

    Bataille à Washington sur la question russe

    Par L'Economiste | Edition N°:608 Le 04/10/1999 | Partager

    · Enquête du FBI sur les comptes de la Bank of New York relatifs aux aides internationales

    · Les responsables américains restent vigilants à la corruption en Russie


    Bill Clinton a fait part mardi dernier de son "inquiétude" devant les risques d'une déstabilisation générale dans le Caucase consécutive à une éventuelle offensive terrestre de l'armée russe en Tchétchénie. C'est que l'escalade de la crise dans le Caucase complique encore davantage une équation russe qui a pris des allures de casse-tête depuis que le régime de Boris Eltsine a été accusé d'avoir pillé le Trésor russe et (peut-être) une partie des aides internationales. La "question russe" est devenue un des leitmotive de la bataille politique à Washington, d'autant qu'elle permet au Parti Républicain d'attaquer le vice-Président Al Gore. Celui-ci, probable candidat du Parti Démocrate à la Maison Blanche l'an prochain, a été le principal responsable de la politique russe au sein de l'Administration depuis 1992. Une politique, proclame Dick Armey, chef de la majorité républicaine à la Chambre des Représentants, qui a été "le plus grand désastre de la politique étrangère depuis la guerre du Vietnam".

    Les auditions sur le sujet qui ont eu lieu la semaine dernière au Congrès ont pourtant été étrangement pondérées. C'est qu'à ce jour, indique une source bien informée, les enquêtes menées (de manière concurrente et rivale) par le FBI et le procureur de Manhattan n'ont pas permis d'établir l'origine des milliards qui ont transité par les comptes de la Bank of New York. Il n'existe en réalité aucun indice que ces fonds aient été détournée des aides internationales. Du coup, représentants et sénateurs américains ont été prudents dans leurs réquisitoires. Le débat pour savoir "qui a perdu la Russie?" a baissé d'un ton. Et les ténors de l'Administration sont passés à la contre-offensive. Le vice-Président Al Gore, dans un entretien avec l'agence Reuter, a défendu sa politique à l'égard de la Russie, affirmant n'avoir jamais fermé les yeux sur la corruption russe, mais être convaincu que la poursuite des réformes en cours est "la seule chance de surmonter le legs du système soviétique".
    Lors des auditions du Congrès, le secrétaire au Trésor Larry Summers a assuré qu'il "avait toujours eu les yeux ouverts" sur la corruption endémique du régime russe. Mais, a-t-il expliqué, la politique américaine doit être la résultante de "ce qui est économiquement souhaitable et de ce qui est politiquement faisable". Pour faire taire les critiques, il a promis que les Etats-Unis s'opposeraient à toute nouvelle aide internationale à la Russie tant que lumière n'aura pas été faite sur l'affaire de l'argent russe "blanchi" dans les banques américaines. Et il a pesé lors de la réunion du G7 à Washington pour durcir le communiqué final, qui a sévèrement dénoncé la corruption en Russie, et soumis toute nouvelle aide à la mise en oeuvre par le gouvernement de Moscou de mesures de contrôle et de transparence de son budget.

    Mais, comme l'a rappelé devant le Sénat le secrétaire d'Etat-adjoint Strobe Talbott, "le critère principal d'après lequel on doit juger la politique à l'égard de la Russie est de savoir si elle a renforcé la sécurité de l'Amérique". Question à laquelle il répond évidemment de manière positive. L'argument le plus fort des responsables américains est qu'il n'y a pas d'alternative à la poursuite de l'aide économique et financière à Moscou, aussi nauséabonde y soit l'atmosphère. Cette analyse est en fait partagée par la plupart des candidats républicains à la Présidence. Ils voient en la Chine une «menace» potentielle autrement plus sérieuse que ne l'est la Russie. Le favori dans la course à l'investiture républicaine, George W. Bush, se contente de prôner face à Moscou une politique de "paix par la force". Il met moins en cause la politique clintonienne de "dialogue" et d'aide à la Russie que sa tactique de soutien trop personnalisé et "aveugle" à la personne (et au clan) d'Eltsine.
    Le Fonds Monétaire International (FMI), réuni à Washington ces jours-ci et sur lequel les Etats-Unis exercent une influence prépondérante, a réitéré mardi par la voix de son directeur Michel Camdessus sa volonté de poursuivre l'aide à la Russie. Et le secrétaire à l'Agriculture, Dan Glickman a annoncé que les Etats-Unis prendraient en considération une nouvelle demande d'aide alimentaire présentée par Moscou pour 5 millions de tonnes de céréales, viandes et produits laitiers. "Business as usual" donc. Mais pendant que responsables américains et russes s'efforcent de se laver des soupçons de corruption, la coopération stratégique entre les deux pays (sur la ratification du traité START II, la négociation de START III ou les modifications au traité antimissiles balistiques (ABM) de 1972) reste dans l'impasse.

    Patrick SABATIER
    correspondant à Washington
    Syndication L'Economiste-
    Libération (France)

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