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Culture

En force, le retour de la Russie sur la scène mondiale
Par Francis GHILES

Par L'Economiste | Edition N°:2598 Le 29/08/2007 | Partager

Francis Ghilès est Senior Fellow de l’Institut européen de la Méditerranée à Barcelone. Correspondant chargé de l’Afrique du Nord au Financial Times, consultant international, il collabore régulièrement au BBC World ServiceLes sujets de désaccord entre la Russie et l’Union européenne (et dans une perspective plus large, les membres de l’OTAN) ne cessent de s’accumuler: le cœur de l’ancien empire des tsars est de retour en force sur la scène internationale mais les dirigeants russes ne jouent pas du tout la partition que certains chefs d’état occidentaux prévoyaient ou souhaitaient à la fin du 20e siècle, à savoir celle d’une démocratie et d’un capitalisme qui auraient pris l’Occident comme modèle.. Plus de fermetéNombreux sont ceux qui pensent qu’il est temps de parler à Vladimir Poutine avec plus de fermeté que par le passé. Ces mêmes observateurs sont bien conscients que l’envolée des prix du pétrole et du gaz a donné à la Russie des moyens considérables pour faire entendre sa voix, elle qui, sous le régime du défunt président Boris Eltsine, avait fait spectaculairement banqueroute. Ils savent aussi que l’absence de concertation entre membres de l’Union européenne peut faire le jeu d’un chef d’état autoritaire qui, comme ancien membre du KGB, s’est avéré être un excellent joueur de poker.Tandis que l’Europe de l’Ouest cherche des contrats gaziers à long terme, les nouveaux membres de l’UE, à l’Est, ont une crainte bien compréhensible de leur voisin russe qui les a occupés pendant des siècles. Les Polonais, pour leur part, aggravent leur cas en jouant les élèves récalcitrants pour ce qui est de l’élaboration d’une nouvelle constitution européenne. L’histoire pèse lourd ici et l’on constate encore une fois que Berlin et Paris, en particulier, semblent faire peu de cas des sensibilités historiques des nouveaux membres de l’UE quand ils traitent avec la Russie. Depuis quelques semaines, il semble que la chancelière allemande Angela Merkel ait compris qu’elle ne pouvait continuer à jeter toujours plus de lest face à la Russie. Elle ne peut se permettre de laisser l’impression prévaloir à Vilnius ou Varsovie que sa préférence va à des accords entre grands pays et la Russie – et ce au détriment des plus petits Etats de l’UE (voir encadré). . Le prix de l’ordreIl faut savoir que la Russie est un pays épuisé, au sens propre, après les violentes tourmentes que son peuple a subies depuis un siècle, et qui expliquent pourquoi de nombreux Russes sont très reconnaissants à Vladimir Poutine d’avoir rétabli l’ordre – un ordre qui laisse plus de liberté personnelle et économique qu’a l’époque communiste, mais qui est très loin de ressembler a une démocratie européenne – et d’avoir, grâce aux revenus du gaz et du pétrole, permis une augmentation notable du niveau de vie. Néanmoins, la Russie est un pays dont la population connait une baisse dramatique, d’où les étrangers sont expulsés manu militari, surtout s’ils sont musulmans ou ont le teint basané comme ceux qui viennent des anciennes provinces de l’Asie Centrale ou du Caucase à cause des écarts sociaux, qui, là-bas, se creusent chaque jour davantage. Quant à ceux qui s’opposent ouvertement au pouvoir, ils ont de fortes chances de terminer dans le caniveau avec une balle dans la tête...L’UE à tout intérêt à faire montre d’une unité plus grande vis-à-vis de la Russie. Quel que soit l’intérêt des entreprises occidentales, notamment dans les secteurs du gaz, de l’électricité et des matières premières, pour investir en Russie, intérêt tout a fait légitime, il ne serait pas bon d’oublier que la notion d’Etat de droit n’est pas bien ancrée dans l’esprit russe, notamment dans celui des dirigeants. Investir dans un pays où ces derniers déchirent de manière si systématique les contrats signés, ou la justice est à la botte du Kremlin, et où les décisions clés dans le secteur économique sont aux mains d’une nomenclature qui agit dans l’ombre du Kremlin, est une réalité avec laquelle il faut actuellement composer. L’UE et les Etats-Unis tardent à construire une stratégie cohérente avec la Russie pour une autre raison: les Etats-Unis et certains pays européens ont été proprement obnubilés par l’attaque des tours jumelles à New York en 2001. En déclarant la guerre à la terreur et en focalisant leurs craintes sur le monde musulman, ils ont peut-être commis une erreur stratégique importante: ils ont négligé de penser en profondeur leur politique vis-à-vis d’une Russie qui émergeait des décombres de l’empire soviétique. A trop faire confiance à la Russie, à trop se flatter d’avoir abattu l’hydre soviétique, à trop courtiser les anciennes provinces de l’empire devenues indépendantes, (mais souvent dépendantes du point de vue de leur approvisionnement en énergie), et à trop vouloir reculer les frontières de l’OTAN, les Occidentaux n’ont pas pris la mesure de la blessure narcissique et nationaliste d’un pays qui tombait de son piédestal. Provoquer un ours blessé n’était dans l’intérêt de personne: c’est pourtant la ligne qu’ils ont trop souvent donné l’impression de suivre. La politique de Vladimir Poutine, adossée à des moyens considérables qu’offrent actuellement les prix élevés de l’énergie, fait ainsi l’effet d’une douche froide à tous ses partenaires.


Multiples motifs de frictions

Embargo sur la viande polonaise en novembre 2005, blocus pétrolier de la Lituanie depuis juillet 2006, coupures de gaz a l’encontre de l’Ukraine en janvier 2006 et de la Biélorussie en janvier 2007, attaques cybernétiques contre l’Estonie en mai 2007, répression sanglante en Tchétchénie depuis une décennie, régression des droits de l’homme en Russie et pratique de plus en plus fréquente de l’emprisonnement, voire de l’assassinat pour se débarrasser d’opposants tant dans la sphère des affaires que dans celle des médias, habitude de plus en plus fréquente de déchirer des contrats conclus avec des grandes firmes occidentales, instrumentalisation de la justice au services des hiérarques du Kremlin, refus d’accepter l’idée de l’indépendance du Kosovo, désaccord enfin sur l’idée du bouclier anti-missile qu’appuie George Bush et certains nouveaux membres de l’Union européenne…, la liste est longue et complexe. Le président Vladimir Poutine, au faîte de sa popularité en Russie, est de plus en plus considéré avec inquiétude dans les cercles dirigeants européens et américains.


L’odeur du gaz

L’Allemagne, pour sa part, qui suscite en Pologne presque autant d’appréhension que la Russie, ne se prive pas de construire un gazoduc sous la mer Baltique. Il évite ainsi la Pologne et reliera directement la Russie avec les usines allemandes, alors même que le géant de l’Est coupe les robinets de pétrole à la Lithuanie. Officiellement, il s’agissait de fuites sur la partie russe de l’oléoduc. En réalité, la décision punissait la petite république balte d’avoir osé permettre le rachat par une entreprise polonaise de la raffinerie de Mazieku Nafta, jadis propriété de la compagnie russe Youkos et que les Russes souhaitaient récupérer.Les grandes compagnies de gaz allemandes, françaises et italiennes rallongent la durée de leurs contrats avec le géant d’Etat russe Gazprom, alors même que la Pologne et les pays baltes subissent les insultes grossières et publiques de Vladimir Poutine. La solidarité européenne en matière énergétique paraît aujourd’hui être une simple figure de rhétorique. L’Allemagne, en particulier, se retrouve dans une position inconfortable: elle souhaite assurer la sécurité de ses approvisionnements en énergie mais ses voisins de l’est, polonais surtout, n’ont guère confiance en la bonne foi de ses dirigeants, une attitude attisée par la construction du gazoduc sous la Baltique et l’entrée d’un ancien chancelier social-démocrate au directoire de Gazprom.


Le secret de l’«âme russe» selon Churchill

L’histoire de la Russie explique pourquoi deux messianismes se disputent l’âme russe: un messianisme slave, xénophobe, et un messianisme révolutionnaire, tous deux marqués d’un anti-sémitisme virulent et d’une conviction fortement ancrée que les Russes sont les victimes d’un complot historique. L’Etat de droit n’a jamais pu prendre ancrage dans un pays où l’Etat a toujours régné en maître incontesté. C’est un Etat, ne l’oublions pas, dont les structures et la philosophie sont héritées des grands khans mongols qui ont dominé le coeur des terres russes jusqu’au 16e siècle… Que de parallèles entre Catherine la Grande et Staline! Comme souvent, l’ancien Premier ministre britannique Winston Churchill qui dirigea le Royaume-Uni pendant la seconde guerre mondiale peut être cité avec intrêt : « Le peuple russe, expliquait-il à son homologue américain, le président Harry Truman, est un grand peuple qui devrait jouer un rôle dans le monde, et l’Occident devrait toujours lui tendre la main de l’amitié dans la mesure où il est prêt à l’accepter » ; mais, poursuit Churchill, « il n’y a rien que (ce peuple) n’admire plus que la force et rien qu’il ne respecte moins que la faiblesse».

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