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Une Amérique sans stratégie
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2598 Le 29/08/2007 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004 Nonobstant l’accord entre Irakiens intervenu dimanche pour réintégrer dans l’armée, la police, l’administration, les anciens membres du parti Baas, les Etats-Unis, en Irak, en Afghanistan et, par là même, dans le reste du monde, sont dans l’impasse. Leur président est en fin de mandat, sa popularité est en berne. Cependant, la Constitution américaine est ainsi faite: le pire des «canards boiteux»(1), même vilipendé par l’opinion, même affaibli par des guerres ingagnables, demeure le chef des armées, dépositaire de très grands pouvoirs. Pour l’empêcher d’agir dans le domaine guerrier, il faudrait un Congrès unanimement décidé à s’opposer au président. Ce n’est pas le cas. Le problème est que ce commandant suprême des armées des Etats-Unis agit comme s’il ignorait les trois principes de la guerre, «la concentration des efforts», «l’économie des forces», «la liberté d’action». Il en est de la guerre comme des lièvres: en courir deux à la fois n’est pas recommandé. Les guerres, de surcroît, coûtent abominablement cher, en argent, mais aussi en hommes et en dégâts politiques. Garder enfin sa liberté d’action suppose la définition d’une autre stratégie et la capacité de l’exécuter. Au plan des effectifs, l’US Army(2) et les Marines sont sur la corde raide. Toutes les grandes unités, brigade ou division, ou bien se trouvent en Irak ou en Afghanistan, ou sont en cours de reconstitution après un séjour d’une durée supérieure à douze mois, ou se préparent à repartir. Hors des forces aériennes et navales, l’Amérique n’a plus de réserves. Elle peut frapper un pays impudent, elle ne peut plus intervenir, maintenir ou rétablir la paix quelque part dans le monde. Pire encore, elle laisse toute latitude à des rivaux de pousser leurs pions là où ils veulent. Reste à la Maison Blanche à redéfinir sa politique irakienne, à imaginer une autre stratégie, tout en veillant à ne pas laisser le champ libre à d’autres puissances, tentées par l’aventure. . Une autre mission pour les troupes USEn Irak, la politique suivie depuis janvier consiste à créer un environnement suffisamment pacifié pour qu’un gouvernement irakien prenne en main la sécurité intérieure du pays. Cette politique a échoué. L’administration Bush pourrait donc abandonner les Irakiens à leur sort. Cette solution illusoire aurait pour résultat un renforcement massif de l’influence et de la présence de l’Iran en Irak, y compris sous la forme d’unités militaires qui s’en viendraient border les frontières saoudiennes. La péninsule arabique serait menacée. Les trois possibilités -poursuivre la même politique, évacuer graduellement l’Irak ou le faire d’un coup- sont lourdes de conséquences. Une solution pourrait consister à modifier la mission confiée aux troupes américaines et à les charger de garantir la péninsule arabique contre une domination iranienne. Les forces américaines, très allégées, se replieraient au sud de l’Irak et à l’ouest de l’Euphrate, laissant le reste du pays, Bagdad compris, aux bons soins du gouvernement irakien. Une autre stratégie consisterait à punir l’Iran, accusé jour après jour d’armer, d’entraîner, de stipendier des milices irakiennes. Motifs et prétextes ne manquent pas, plus réels d’ailleurs que ceux invoqués naguère pour envahir l’Irak. Connu pour dédaigner aussi bien les avis du Congrès que l’état de l’opinion, le président Bush pourrait vouloir créer l’évènement et frapper Téhéran avant de quitter ses fonctions. Ni la loi, ni la Constitution, n’y feraient obstacle. Le Congrès peut refuser les crédits demandés, mais seulement une fois la guerre engagée, quand le président lui présente la note. A ce refus, le Congrès ne se résout pas volontiers.Le problème pour le président réside dans ces deux guerres simultanées qui assèchent les ressources humaines à un point inimaginable. Du coup, la prise en compte d’un nouveau théâtre d’opérations s’avèrerait problématique. On peut d’ailleurs imaginer Téhéran désireux de profiter des difficultés actuelles du «Grand Satan» et déclencher lui-même une crise que les Etats-Unis ne pourraient se dispenser de traiter. Il faudrait alors racler les fonds de tiroir des forces terrestres et engager une bonne partie de l’US Navy et de l’Armée de l’air. Dans ce cas, compte tenu de ses moyens largement hypothéqués de l’Euphrate à l’Indou Kouch, l’Amérique laisserait béant le reste du monde. Même si un engagement militaire avec l’Iran est peu probable, son éventualité contraint le Pentagone à le planifier. Au cas où! Au-delà de l’Iran et sans forces terrestres disponibles, le président des Etats-Unis semble impuissant, sauf bien sûr en matière nucléaire. En cas de crise hors du Moyen-Orient, Washington ne pourrait plus faire pression sur Téhéran. Le président aurait toujours la capacité de frapper un adversaire, mais ses frappes, sans forces terrestres, risqueraient de n’être point décisives. L’Amérique manque de marge de manœuvre. Sa position diminuée ouvre des fenêtres d’opportunité à d’autres puissances qui n’auraient sans doute pas agi de la même manière face à une Amérique en pleine possession de ses moyens. On veut parler de la Russie(3). Moscou agit comme il veut, partout où il le juge utile, de la Géorgie qu’il bombarde à Guam qu’il survole, de l’Allemagne qu’il prive de gaz au pôle Nord où il plante son drapeau, jusqu’aux côtes atlantiques des Etats-Unis, où ses appareils de reconnaissance électronique patrouillent comme au bon vieux temps de la guerre froide. Face à cet activisme, l’Amérique contrôle, vérifie, surveille les agissements militaires russes, engageant ainsi une partie de ses moyens d’action. Simples exercices, jeux de guerre, gesticulations, dira-t-on. Sans doute! On s’inquiète pourtant de constater le handicap des Etats-Unis. Il n’est pas sain de voir l’Amérique, garante des libertés d’une grande partie du monde, se fourvoyer de la sorte. Il n’est pas raisonnable, comme le fait George W. Bush, d’annoncer qu’au contraire du Viêt-nam, l’Amérique restera en Irak le temps nécessaire pour normaliser une situation déplorable et remporter une victoire contre les terroristes, deux objectifs probablement hors d’atteinte.


Le point de la situation en Irak selon le renseignement US

16 agences spécialisées ont diffusé le 23 août un rapport commun sur la situation en Irak, expurgé des passages classifiés. Dans le domaine de la sécurité, «des améliorations inégales» sont observées, mais qui n’empêcheront pas le gouvernement irakien de Nouri al-Maliki de «s’affaiblir au cours des prochains six à dix mois». D’ailleurs, «les dirigeants politiques irakiens restent incapables de gouverner» et les compromis nécessaires à «une sécurité durable, des progrès politiques sur le long terme et un développement économique» sont improbables. Harry Reid, leader démocrate au Sénat, juge que ce document prouve «l’enlisement» des troupes américaines dans «une guerre civile irakienne». «La stratégie d’escalade du président n’est pas parvenue à produire les résultats politiques promis». ---------------------------------------------------------------------- (1) En anglais «lame duck», qui veut dire aussi «malheureux» ou «pauvre type»; ainsi qualifie-t-on aux Etats-Unis un président en fin de deuxième mandat et qui ne peut plus se représenter (2) Armée de terre des Etats-Unis(3) Voir notre chronique, mercredi dernier 22 août, «Faut-il redouter la Russie?»

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