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Elections espagnoles: La victoire des sortants
Par Francis GHILES

Par L'Economiste | Edition N°:1722 Le 10/03/2004 | Partager

LA victoire du Parti Populaire paraît acquise aux élections législatives espagnoles qui se dérouleront le 14 mars. La seule incertitude concerne l'ampleur de celle-ci: sera-t-elle absolue ou relative? Celui qui a fait du Parti Populaire un instrument de conquête du pouvoir -pouvoir qu'il a exercé ensuite pendant deux législatures comme président du gouvernement-, José Maria Aznar, s'efface pour laisser la place au dauphin qu'il a désigné, Mariano Rajoy. D'une certaine façon, tout était joué d'avance et depuis longtemps.Pourtant, le contraste avec ce qui se passait il y a un an est saisissant. La décision américaine de renverser Saddam Hussein, à laquelle José Maria Aznar apporta un appui aussi constant que celui du Premier ministre britannique, Tony Blair, avait jeté des millions d'Espagnols dans la rue. Dans des villes comme Grenade, plus de la moitié de la population manifesta pour clamer son opposition et, l'automne dernier encore, on pouvait voir des banderoles portant des slogans qui dénonçaient la guerre, accrochés aux balcons à Barcelone, à Madrid et dans les villes andalouses. Il est rare pourtant dans les démocraties occidentales qu'une élection se joue sur la politique étrangère, aussi controversée soit-elle. En effet, la devise qui inspira la première campagne de Bill Clinton en 1994 -“the economy, stupid” (l'économie, espèce d'idiot)- rappelle une constante des grandes démocraties. Autant il est vrai que les deux tiers, grosso modo, de l'électorat déposeront dans l'urne un bulletin pour le même parti toute leur vie, autant le tiers restant se déterminera avant tout en fonction de la situation économique - combien d'emplois le gouvernement a-t-il créés pendant la législature? De quel pourcentage le produit national a-t-il crû? Quel est le taux d'inflation, le pouvoir d'achat? Leur bien-être économique, auquel s'ajoutent des questions comme l'accès au logement, la qualité des services de santé ou l'accès au logement sont les clés du succès électoral.Dans le cas particulier de l'Espagne s'ajoute la lutte contre le terrorisme basque que José Maria Aznar a menée avec une détermination farouche et l'appui du principal parti d'opposition, le Parti Socialiste. Il est vrai que parfois certains des ministres donnent l'impression de mépriser les Basques tout autant que l'ETA, le groupe qui, par des actes violents qui visent souvent des innocents désarmés et des cibles policières ou politiques, prétend arracher l'indépendance du Pays basque. Néanmoins, cette lutte porte ses fruits, aidée entre autres par le soutien sans faille de la France, soutien très marqué depuis le début du deuxième septennat de Jacques Chirac. L'appui inconditionnel apporté à la politique de George W. Bush a permis au président du gouvernement espagnol de faire inscrire l'ETA sur la liste internationale des organisations terroristes.. «No hay Moros en la costa»C'est ici qu'est intervenu le premier couac de la campagne: en effet, le président du gouvernement catalan, José Luis Carod Rovira, dirigeant d'un parti de gauche, Esquera Catalana, qui gouverne la Catalogne de concert avec le Parti Socialiste, a pris des contacts avec l'ETA, lors d'un séjour à Perpignan. Ces contacts avaient été pris sans en référer au président de la Catalogne, Pasqual Maragall, et violaient l'accord qui existe entre les deux grands partis, socialiste et populaire, de n'avoir aucun rapport avec l'ETA. Cette dernière s'est ainsi invitée au banquet électoral où, malgré un poids politique et militaire en perte de vitesse constante, elle a semé la zizanie. Un parti de droite est toujours plus à l'aise pour renchérir sur les questions de sécurité qu'un parti de gauche: Aznar et Rajoy se saisirent de l'occasion avec gourmandise.La situation économique quant à elle favorise le PP: depuis 1996, 4,2 millions d'emplois nouveaux ont été créés, le taux de chômage a diminué de 25 à 11%, le produit national brut a augmenté de 30% et le budget de l'Etat est en surplus. Comparé à ce qui se passe en France et en Allemagne, pour ne pas parler de l'Italie, le bilan est excellent. Le dirigeant du Parti Socialiste, José Luis Rodriguez Zapatero, répète à l'envi que ce bilan connaît sa part d'ombre: un emploi sur trois dans la péninsule est temporaire -dix jours-, ce qui explique pourquoi on les traite de “contratos basura” (emplois poubelle) et ne comporte aucun droit social; l'envolée des prix de l'immobilier est impressionnante, ce qui force de nombreux jeunes Espagnols à vivre chez leurs parents; le niveau de l'éducation reste l'un des plus médiocres d'Europe et l'effort de recherche est quasi inexistant.C'est ici qu'intervient une inquiétude de taille: la fuite des emplois créée depuis deux décennies par des compagnies multinationales vers les pays européens de l'Est qui rentrent dans l'Union européenne en mai prochain. Plus grave pour l'Espagne sera la diminution de l'aide régionale que l'UE lui accorde pour le développement de ses provinces les plus pauvres et qui se monte à 30 milliards d'euros, pour 2000-2004, c'est-à-dire 1% du PNB. Cette affaire venant se greffer aux rapports difficiles que José Maria Aznar entretenait avec le chancelier allemand -ceux avec Jacques Chirac sont d'un mépris mutuel à peine voilé-, exigera toute l'attention du Premier ministre. Celui qui quitte le devant de la scène gardera une influence très grande, du moins dans un premier temps, auprès de son successeur. Il n'a pas craint d'afficher ses sympathies pour la “nouvelle Europe” qu'affectionne le président américain. Il a voulu que l'Espagne joue dans la cour des grands, n'a guère apprécié la condescendance avec laquelle de nombreux responsables français ont eu tendance à traiter son pays au fil des ans. Mais il laisse à son successeur le soin de réparer les relations avec Paris et Berlin, qui ne peuvent rester en l'état.Autant José Maria Aznar se sent à l'aise aux Etats-Unis et en Amérique latine, autant il ne manifeste guère d'enthousiame pour les pays de la rive Sud. Les préjugés séculaires de nombreux Espagnols face aux Arabes et aux Berbères demeurent, et pas seulement à droite de l'échiquier politique; leur ignorance de ce monde, notamment en Andalousie, est considérable; leur peur –“no hay Moros en la costa” (il n'y a pas de Maures sur la côte) veut dire “il n'y a aucun danger” souvent non dite eSt non moins réelle pour autant. La guerre en Irak a peut-être été impopulaire mais c'était loin! Le peuple espagnol est sans doute descendu dans la rue, cependant, c'était souvent pour des raisons qui n'avaient rien à voir avec les mérites ou démérites d'une action armée contre Saddam Hussein: l'antiaméricanisme et le souvenir d'une guerre civile qui, il y a à peine deux générations, fit 1 million de morts. Pour beaucoup d'Andalous, le Maroc pourrait être la planète Mars. Oubliant qu'ils ont été nourris, jusqu'à une date récente, par l'argent envoyé de France et d'Allemagne par leurs émigrants qui fuyaient la misère, peu d'entre eux poseraient la comparaison avec l'Afrique du Nord d'aujourd'hui.

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