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Comment la Sodea s'est enlisée dans les sables mouvants libyens

Par L'Economiste | Edition N°:538 Le 28/06/1999 | Partager

· Les intérêts de l'entreprise publique ont été sacrifiés sur l'autel des relations diplomatiques maroco-libyennes
· Le montant de l'ardoise approche les 100 millions de Dollars


La gageure était immense et la Sodea l'a perdue. C'est aujourd'hui chose certaine, l'engagement de la Société de Développement Agricole (Sodea) en Libye fut un désastre sur le plan économique. Mais comment une entreprise d'Etat agricole de l'envergure de la Sodea, premier employeur national en milieu rural, fut-elle amenée à placer ses pions en Libye, un pays réputé pourtant pour sa climatologie sèche et ses terres arides?
La réponse a été donnée par le directeur général de la Sodea, M. Larbi Sabbari Hassani, lors de son exposé pour le conseil d'administration de la société le 22 juin dernier. L'histoire de cet investissement remonte en fait à la signature en 1989 d'un accord de coopération agricole entre le Maroc et la Libye. La Sodea fut ainsi chargée par les autorités marocaines de réaliser plusieurs projets agricoles au pays.
Le climat des relations maroco-libyennes étant alors au beau fixe, les experts de la Sodea se sont précipités dans le projet sans évaluer l'effet du climat et des variables géo-agricoles en Libye.
Ainsi, trois grands chantiers démarrèrent en parallèle. Un projet bananier concernant la réalisation de 100 hectares de bananeraies sous serres étalé sur 7 ans fut entamé avec un budget total de 60 millions de Dollars (l'équivalent de 590 millions de DH). Parallèlement, un projet de 3 hectares de culture maraîchère sous-serres en cultures hors-sol, pour une enveloppe de 20 millions de Dollars (196 millions de DH), fut lui aussi étalé sur 7 ans. Enfin, une quarantaine d'hectares furent aménagés en pépinière pour une durée de 10 ans et un budget global de 2,6 millions de Dollars.
Par ailleurs, la Sodea fut également chargée de représenter deux autres sociétés marocaines, Sogeta et Telecart, qui ont réalisé respectivement un projet de multiplication des semences et des études pédologiques et cartographiques pour le compte du gouvernement libyen.
La mise totale approchait donc les 100 millions de Dollars, mais le rendement ne fut pas au rendez-vous. Ignorant tout des conditions pédoclimatiques de ce milieu, la Sodea avait conclu ses contrats sans étude technico-économique préalable. L'entreprise s'est ainsi engagée à obtenir des rendements largement irréalisables dans les conditions normales de production et à des prix qui sont largement supérieurs au coût de revient. Une équation largement déséquilibrée et qui s'est compliqués avec l'embargo sur la Libye.
Trop d'aléas pour la pauvre Sodea qui a décidé en fin de compte de baisser les bras. A partir donc de la campagne 1994/95 et suite à des négociations appuyées par les autorités de Rabat, l'entreprise s'est retirée de la gestion directe des projets Libyens.


L'ardoise réglée?


Les malheurs de la Sodea ne s'arrêtent pourtant pas là, puisqu'il lui reste à procéder au bilan définitif des trois projets et au recouvrement des créances de la Sogeta (928.875 USD) et Telecart (1.423.174 USD) qu'elle représente. Ceci sans compter les cautions bancaires et d'autres dettes contractées sur place. Le feuilleton n'est pas encore prêt d'être clos. Les autorités libyennes réclament que soient appliquées les termes du contrat de départ qui prévoit que la Sodea aura à subir un déficit de production de près de 17,5 millions de Dollars. La Sodea récuse et estime que l'Etat Libyen doit encore lui verser près de 6,5 millions de Dollars au titre des travaux qu'elle a déjà réalisés. L'affaire pourrait trouver une solution suite aux recommandations de la haute Commission Mixte Maroco-Libyenne. Elles prévoient une reprise de l'exploitation à travers de nouvelles formes juridiques (des entreprises à capital mixte).

Ghassan Khaber

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