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    Economie

    Ces "harragas" qui transitent par l'Est

    De notre envoyé spécial à Moscou, Ghassan KHABER

    Par L'Economiste | Edition N°:660 Le 15/12/1999 | Partager

    · Les candidats à l'émigration clandestine arrivent en Russie sous couverture d'étudiants
    · Le prix du passage: De 3.000 à 5.000 Dollars


    Les paterras ne leur suffisaient plus et les caches dans les camions TIR faisant la traversée du Détroit étaient trop incertaines à leur goût. Des "harragas", car c'est d'eux qu'on parle, investissent aujourd'hui une nouvelle filière, la Russie. Pour passer les mailles des filets du contrôle européen, les candidats à l'émigration clandestine inventent chaque jour de nouveaux circuits.
    A travers le pays du grand froid, et selon des sources non officielles, ils seraient quelques centaines chaque année à tenter le passage vers la terre promise européenne. Aucun moyen ne permet aujourd'hui de connaître avec certitude le nombre de ces aventuriers qui tentent de rejoindre l'Ouest par l'Est, car à leur arrivée, ils sont assimilés pour la plupart à des étudiants.
    L'explication est simple: les "harragas" arrivent en Russie sous couverture estudiantine. Au Maroc, le visa spécial étudiant est relativement facile à octroyer par les représentations diplomatiques russes au Maroc. Il suffit d'une inscription auprès d'un institut ou d'une université russe pour que le visa soit accordé. Or cette inscription est monnayable. Certains instituts la délivrent même à moins de 500 Dollars (près de 5.000DH). De plus, par les temps durs que traverse la Russie, les conditions d'admission dans les établissements russes sont pour le moins très fluides, pour ne pas dire inexistants. Le baccalauréat n'est même pas exigé par les universités.
    C'est ainsi que les services de l'Ambassade du Maroc à Moscou ont pu voir défiler devant eux des passeports indiquant pour la profession "marchand ambulant", "agriculteur" ou parfois même "Sans". Que viennent-ils faire à Moscou? Des études. De quoi? N'importe.
    En fait, il y a peu de chances pour que ces personnes voient un jour l'université. A leur arrivée en Russie, elles sont accueillies en général par un étudiant averti de leur arrivée par leurs recruteurs au Maroc. Celui-ci s'arrange pour leur trouver un gîte le temps de leur passage. Généralement, ces hardis migrants se dirigent vers la ville de Saint Petersbourg, ou les conditions d'octroi des visas sont, semble-t-il, plus souples. Au bout de deux ou trois mois, une demande de visa de transit ou de tourisme est demandée le plus officiellement du monde, aux services consulaires des pays européens. Ceux-ci ne voyaient du reste aucun inconvénient à en délivrer à des "étudiants". Amsterdam, Francfort ou Milan, plus particulièrement, sont les plaques tournantes très prisées de ces "harragas".
    Le circuit était donc particulièrement facile et sûr. Jusqu'au jour où les autorités consulaires italiennes se sont aperçues qu'aucun des bénéficiaires de visa ne prenait la peine de revenir en Russie. Aujourd'hui, il est très difficile pour un citoyen marocain, pour ne pas dire impossible, d'obtenir un visa auprès du Consulat d'Italie à Saint-Petersbourg.
    Pourtant, le flux des harragas ne s'arrête pas. Aiguillés par des intermédiaires sans scrupules au Maroc, dont beaucoup d'ex-étudiants en Russie, plusieurs groupes tentent le voyage pour le cercle polaire. Mais devant le resserrement des conditions du passage, beaucoup restent bloqués en Russie. Ne maîtrisant ni la langue ni les usages du pays, leurs conditions de vie sont des plus précaires. Beaucoup arrivent directement de villages ou de petites villes. Khouribga, Ben Ahmed ou Beni Meskine sont ainsi très bien représentées. L'Eldorado italien est très tentant, mais le circuit tunisien devient un peu plus compliqué. Le passage à travers l'ex- Yougoslavie devenant quasiment impossible avec le blocus occidental, et l'Albanie étant trop dangereuse aussi, la filière russe, malgré son éloignement, semblait être une bonne alternative. Pour l'équivalent de 3.000 à 5.000 Dollars, grosso modo, la même facture que pour les autres circuits, les passeurs au Maroc vous promettent le passage le plus formellement du monde. La vigilance s'impose pourtant. Au pays du froid, rien n'est moins sûr aujourd'hui que d'obtenir son visa.


    Du passeur, de ses "amis" et des "harragas"...


    Mohamed F., "étudiant", préfère que son nom soit tenu secret. L'Economiste a pu rencontrer, par pure coïncidence, ce passeur installé en Russie depuis plus de 14 ans. Evidemment, lui ne se définit pas particulièrement comme "passeur". Quand il aborde les réseaux qui font transiter les "harragas", il en parle à la troisième personne du pluriel. "Ils" sont généralement prévenus de l'arrivée des groupes de candidats à l'émigration par des coups de fil de leurs partenaires au Maroc. "Leur" tâche, moyennant près de 500 Dollars par personne, est de les escorter jusqu'à un lieu de résidence sûr, aménagé par leurs soins. "Ils" se chargent ensuite de leur faciliter les formalités de visa et de leur indiquer la procédure. Les arrivants ne sont pas automatiquement assurés d'être accueillis à l'aéroport, les courtiers en émigration n'étant pas toujours très délicats. Evidemment, "ses amis" ne sont pas dans ce cas et honorent toujours leurs engagements. Ils arrondissent ainsi leur fin de mois pour financer leurs études. Après tout, beaucoup s'en sucrent, même au Maroc. Pourquoi pas eux?

    Ghassan KHABER

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