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Chronique

L’effet Snowden, le droit international et la géostratégie
Par Ana Palacio

Par L'Economiste | Edition N°:4076 Le 17/07/2013 | Partager

Avocate de formation, spécialisée dans le droit communautaire européen, Ana Palacio devient en  2002 la première femme ministre des Affaires étrangères en Espagne. De mai 2004 à avril 2006, elle préside au sein du Parlement espagnol la Commission mixte du Congrès et du Sénat pour les Affaires européennes. Ana Palacio sera ensuite de mai 2006 à mai 2008 conseillère générale de la Banque mondiale et secrétaire générale du Centre international pour la résolution des conflits d’investissements (CIRDI). Membre du Conseil d’Etat espagnol, Ana Palacio a été l’une des intervenantes du Forum de Paris Casablanca Round, organisé par le Groupe Eco-Médias et Saga Communication, le 1er février 2012

La divulgation répétée d’informations confidentielles par l’ex-consultant de l’Agence nationale de sécurité américaine Edward Snowden a provoqué un débat houleux autour du secret et du droit international, un débat qui a malheureusement occulté la dimension géostratégique de ses agissements. En réalité, les révélations de Snowden relatives aux programmes de surveillance américains, ainsi que le combat qu’il mène actuellement afin d’échapper à l’extradition, en disent long sur l’imprimatur du président Barack Obama à l’égard des relations entretenues par les États-Unis avec l’étranger.
Plus que tous les autres présidents américains entrants de l’histoire récente, Obama a suscité des attentes dans le monde entier. Or, celui-ci s’est révélé s’intéresser principalement – voire exclusivement – aux questions nationales, ce qui a abouti à une politique étrangère axée sur la réaction. L’affaire Snowden met en lumière trois aspects de cette politique: les relations entre États-Unis et Russie, l’influence américaine en Amérique du Sud, ainsi que les relations entre États-Unis et Europe.

Renouer avec une mentalité de guerre froide

La manière dont le Kremlin gère cette affaire est tout à fait révélatrice de l’état de tension qui caractérise les relations entre les États-Unis et la Russie. Depuis l’échec de la politique de «reset» des relations bilatérales entre les deux pays, la Russie entend bien maintenir sa place dans le monde afin de faire obstacle aux États-Unis, ce qui a amené nombre d’acteurs des deux camps à renouer avec une mentalité de guerre froide. En tombant dans ce piège, l’Amérique a fourni au président Vladimir Poutine tout le combustible nécessaire pour marquer des points sur le plan politique et renforcer sa position nationale.
Poutine considère en effet l’anti-américanisme comme un outil de première efficacité pour court-circuiter le mécontentement de son peuple. Un certain nombre d’événements tels que la promulgation par le Congrès américain de la loi Magnitski, dépeinte par la Russie comme une provocation des États-Unis, ont permis au Kremlin de gagner en soutien à l’intérieur du pays à travers plusieurs mesures de représailles, telles que l’interdiction d’adopter pour certains étrangers, tout en détournant l’attention de la répression menée contre ses opposants intérieurs.
L’affaire Snowden renforce par ailleurs la perception d’une perte d’influence des États-Unis en Amérique du Sud. À quelques notables exceptions près, telles que l’ambassadeur américain au Brésil Tom Shannon, la diplomatie américaine manque d’une vision stratégique en direction de l’Amérique latine. L’élection de Barack Obama en 2008 avait également suscité de grands espoirs dans cette région, mais son administration a adopté une approche tout au plus réservée, voire souvent obtuse.
Et tandis que l’influence de la Chine en Amérique latine a connu un essor considérable, les États-Unis sont restés à l’écart. La visite d’Obama en mai a été présentée comme un effort de relance des relations dans un contexte d’ascension de la région Asie-Pacifique. Malheureusement, le vent semé au cours du premier mandat d’Obama s’est d’ores et déjà changé en tempête.
Les États-Unis constituent par exemple de très loin le premier partenaire commercial de l’Équateur, représentant plus d’un tiers de son commerce extérieur. Pourtant, face à la possibilité de voir l’Équateur accorder l’asile à Snowden, les États-Unis ont ressenti le besoin de se précipiter sur cette éventualité, le vice-président Joe Biden ayant personnellement plaidé la cause de l’Amérique auprès du président équatorien Rafael Correa, même après qu’Obama ait annoncé qu’il ne se livrerait à «aucune manigance» sur la question de l’extradition.
La menace formulée par les autorités américaines dans le sens d’une réduction de l’aide financière apportée à l’Équateur, qui ne s’élèverait alors pour 2014 qu’à un maigre montant de 12 millions de dollars, témoigne encore davantage de la maladresse de l’approche adoptée. Les sources traditionnelles d’influence de l’Amérique – sa puissance douce, ses alliances régionales, et son poids financier – semblent aujourd’hui s’assécher. Le message formulé au monde est clair: les États-Unis ne sont pas la puissance régionale qu’il leur appartiendrait d’incarner.
Enfin, du côté de l’Europe, l’attitude désinvolte d’Obama sur la question d’une prétendue surveillance de l’Union européenne et de ses États membres par les États-Unis démontre que l’exceptionnalisme américain est bel et bien vivant. Au lieu de reconnaître la légitimité des préoccupations européennes, le président américain les a tournées en dérision d’un haussement d’épaule: «Je vous garantis que dans les capitales européennes, il y a des gens qui sont très intéressés, peut-être pas par ce que j’ai pris au petit déjeuner, mais tout au moins par les questions que je vais aborder lors de ma prochaine rencontre avec leur président». 
Les États-Unis auraient clairement intérêt à bénéficier d’un point de vue analytique plus profond à l’égard du processus décisionnel de leurs alliés européens, ce qui ne coûterait rien de plus qu’un simple coup de fil à la chancelière allemande Angela Merkel, par exemple. Dans notre acceptation réaliste de l’espionnage en tant qu’élément de la boîte à outils américaine, nous autres Européens attendons pour autant de l’Oncle Sam qu’il en fasse un usage responsable. En ne répondant pas aux préoccupations européennes sur la question de savoir de quelle manière cette surveillance est effectuée, Obama fait la démonstration de l’une des habitudes les plus regrettables de l’Amérique – celle d’une condescendance à l’égard de l’Europe.
Or, il se trouve que les Européens soulèvent un certain nombre d’interrogations sérieuses quant aux pratiques américaines en matière de renseignement; des pratiques allant du manque de professionnalisme lié au fait de permettre à de simples consultants de travailler sur des sujets aussi sensibles, à une approche consistant pour l’Amérique à ne pas intervenir à l’endroit de certains alliés tels que Royaume-Uni et Nouvelle-Zélande, tout en reléguant nombre de ses autres alliés – dont la plupart des États de l’Union européenne – au statut de pays qu’il serait judicieux de surveiller.
Toute l’ironie de la situation réside dans le fait qu’en cette période soudainement malencontreuse, l’Europe et les États-Unis s’apprêtent à mettre en place le plus important projet conjoint depuis la création de l’OTAN – le fameux accord de libre-échange transatlantique. Pour le bien de ce projet, est-ce vraiment trop demander à l’Amérique que de jouer son rôle à l’international avec un peu plus de compétence et de professionnalisme, et de traiter ses partenaires avec respect?

Une Russie plus agressive à l’échelle internationale

Depuis l’intervention de l’OTAN en Libye en 2011, considérée comme un exemple supplémentaire de transgression de la part de l’Occident, la Russie se montre plus agressive dans l’affirmation d’elle-même à l’échelle internationale, s’opposant principalement aux États-Unis. C’est ce qu’illustre tout particulièrement le soutien obstiné de la Russie à l’égard du régime de Bachar al-Assad en Syrie. Et voici que le refus de la Russie de livrer Snowden, sous prétexte d’un strict respect du droit, permet une nouvelle fois à Poutine d’asséner un coup mesquin à Obama – se posant cette fois-ci en défenseur de la légalité et des droits de l’homme.
Ce coup de théâtre s’est trouvé magnifié par cette cynique déclaration de Poutine selon laquelle la Russie ne permettrait à Snowden de rester plus longtemps que si ce dernier cessait de divulguer des informations «destinées à infliger des dommages à nos partenaires américains». On imagine toutefois vraisemblablement que Poutine ne serait pas opposé à l’infliction de tels dommages s’il se prononçait à huis clos, au cours d’un débriefing avec les services de sécurité russes.

Traduit de l’anglais par Martin Morel
Copyright: Project Syndicate, 2013.
www.project-syndicate.org

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