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Analyse

Souss: Promesse gouvernementale ou pas, les grèves continuent

Par L'Economiste | Edition N°:3985 Le 11/03/2013 | Partager
Un autre appel lancé vendredi dernier
Les professionnels préparent une liste de propositions à soumettre au chef du gouvernement
L’interprofession se positionne pour la création d’une confédération agricole

Le chef du gouvernement arrivera-t-il à stopper l’hémorragie dans le secteur? En tout cas, les professionnels s’activent pour présenter une liste de solutions pour y mettre un terme, surtout qu’un nouvel ordre de grève a été lancé vendredi dernier

Des grèves et encore des grèves… en dépit de la promesse de Benkirane à trouver une issue aux conflits sociaux qui secouent les exploitations des  fruits et légumes dans le Souss, surtout depuis le suicide d’un investisseur étranger. Vendredi dernier, l’ordre de grève était de nouveau lancé dans une station de conditionnement de la région. Pourtant, après les différentes rencontres avec le gouvernement, les producteurs pensaient pouvoir profiter d’un peu d’accalmie le temps que des solutions soient trouvées à cette crise sociale. La réunion, tenue notamment avec Abdelilah Benkirane, avait particulièrement redonné de l’espoir aux professionnels. Lors de cette rencontre, le chef du gouvernement a découvert l’amère réalité sociale du secteur. Une situation marquée depuis des mois par de la terreur et de la violence. En effet, difficile à croire, mais selon des professionnels dans certaines exploitations, lorsqu’une personne est embauchée, on impose à l’employeur d’en recruter une dizaine d’autres, majoritairement des hommes qui vont par la suite, non pas travailler, mais semer le trouble et faire leur propre loi à l’aide d’armes blanches. Cela au su des autorités locales et des élus, sans que personne ne puisse contenir ce phénomène. Pour Tariq Kabbage, maire d’Agadir et député de la préfecture d’Agadir Ida Outannane, le rôle des élus est plutôt au niveau législatif pour mettre en adéquation le code du travail avec les spécificités du secteur agricole. Du côté du conseil régional du Souss-Massa-Draâ, le président Brahim Hafidi soutient que la filière est un axe stratégique de la feuille de route de la collectivité. Il souligne également que le conseil régional a tenté de trouver un terrain d’entente entre les producteurs et les représentants syndicaux en participant à des négociations entre les parties. Mais, visiblement, les démarches n’ont pas donné de résultats.
Un syndicaliste avance du moins que ce sont uniquement cinq ou six unités qui sont touchées par les conflits sociaux et “qu’il est normal que les employés réclament le respect de leurs droits élémentaires tels que les bulletins de paie ou encore le règlement des cotisations sociales”. De l’avis d’un professionnel, il n’est rien de tout cela. L’exemple de la grève qui a éclaté en fin de semaine dernière, avec pour cause sous-jacente des actions en justice initiées par des ouvrières à l’encontre d’ouvriers pour voie de fait et comportement violent à leur égard, en est un. Face à ce phénomène de violence et de tension permanente au sein de la filière, certains observateurs vont même jusqu’à dire qu’une main invisible pousserait les masses ouvrières à recourir à l’escalade. Un représentant syndicaliste s’en défend. “Certes, le mouvement syndicaliste dans sa globalité n’est pas homogène idéologiquement, mais seule la revendication des droits des travailleurs prévaut dans notre combat”, ajoute-t-il.        
Quelles solutions apportées aujourd’hui à ce climat malsain après la rencontre avec le chef du gouvernement? Il n’y a pour l’heure rien de concret. Les fédérations professionnelles se positionnent pour la création d’une confédération. Les représentants de la Fédération interprofessionnelle des fruits et légumes préparent aussi pour le moment des fiches sur les différentes contraintes que vit la filière avec des propositions pour y faire face, comme convenu lors de la rencontre avec Benkirane. Ce qu’ils attendent d’une manière globale du gouvernement, c’est de prendre des mesures urgentes en faveur des spécificités du secteur en matière de saisonnalité. Ceci, de manière à ramener la stabilité et le calme favorables à l’investissement. Mais la masse ouvrière et les syndicats laisseront-ils faire?

Difficultés

Plus de 1,26 million de tonnes de fruits et légumes exportées, soit 12% de la production totale, 500.000 emplois permanents, la filière des fruits et légumes a connu une évolution très importante depuis 1985. A cette période cependant, le coût de l’investissement était faible et l’accès au financement plus facile dans un climat sain, raconte Ahmed Mouh Mouh, producteur exportateur du secteur. Ces conditions ont toutefois évolué avec le temps. Dès 1995, le coût de l’investissement a augmenté en passant de 80.000 DH l’hectare de serres à 400.000 DH. Depuis 2009, tout a flambé, le coût de production comme celui de l’investissement. Le prix d’un hectare de serres équipées a atteint 500.000 DH et le prix du terrain dans le périmètre irrigué est de 200.000 à 300.000 DH l’hectare. Ceci sans compter une hausse du coût de la main-d’œuvre qui est passé de 45 DH/jour en 2004 pour atteindre 64 DH/jour en 2012.
Paradoxalement, les prix de vente des produits à l’export ont chuté, ce qui a entraîné une baisse des chiffres d’affaires de 20 à 30%, souligne Mouh Mouh. Les légumes tels que le haricot sont particulièrement touchés. Aujourd’hui, face à cette hausse des coûts de production conjuguée à des perturbations tant sociales que climatiques, sans oublier un arrêt de l’investissement depuis 2005 dans les primeurs, le secteur est dans un tourbillon qui emporte un grand nombre d’entreprises de la filière vers la cessation de l’activité. Elles représenteraient près de 1.500 ha et plus de 15.000 emplois directs et indirects.  Et aujourd’hui, les mouvements sociaux peuvent accélérer leur chute si rien n’est fait. En raison de l’importance du Souss dans la production de primeurs, les retombées de cette situation seraient tant sur le plan économique que social très graves.

Malika ALAMI

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