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Feuilleton de L’étéLes coulisses de la terreurQuatrième partie: L’Europe quadrillée

Par L'Economiste | Edition N°:2080 Le 05/08/2005 | Partager

 Après chaque attentat, les gouvernements européens ratissent soigneusement leur territoire, puis pensent en avoir fini avec les groupes terroristes. Et chaque fois, une nouvelle vague d’attentats vient tout remettre en question. En fait, le terrorisme est installé en Europe même, comme l’ont montré les derniers attentats de Londres, dont les auteurs étaient de nationalité britannique, une nationalité qui pourtant a la réputation d’être difficile à acquérir.Ce qui frappe en premier chez cet homme, ce sont ses yeux “verts comme l’émeraude”. Outre ce détail qui lui a valu son nom de guerre, “Soleil Vert”, notre homme a ce qu’on appelle une «gueule». Trente-six ans (en 2001, au moment de son arrestation à l’aéroport de Dubaï), Français d’origine algérienne, Djamel Beghal présente son passeport au guichet de la douane émiratienne. Les consignes sont aussitôt appliquées à la lettre: prétextant un détail administratif de pure forme, le voyageur en provenance de Quetta (Pakistan) est pris en charge puis accompagné au bureau attenant. La police émiratie est d’autant plus intransigeante que quelques semaines plus tôt, elle avait laissé filer Ben Laden lui-même qui était venu se faire soigner dans une luxueuse clinique de l’Emirat.A peine la porte refermée, Beghal est rudement saisi par deux hommes en uniforme. Un troisième lui passe les menottes, tandis qu’une pluie de coups s’abat sur son visage. En passe de perdre connaissance, il se sent transporté puis jeté dans un véhicule aux fenêtres grillagées. A l’issue d’un trajet qui a pu durer une cinquantaine de minutes -montre, ceinture et lacets de chaussures lui ont été confisqués-, il est jeté dans une cellule très sombre. Suivie en temps réel depuis le palais, l’affaire est d’importance. Djamel Beghal vient d’être transféré à l’état-major de la police des Emirats arabes unis à Abu Dhabi. La nuit à peine tombée, lorsque commence son premier interrogatoire, mené de manière tout aussi musclée.Djamel Beghal est né le 4 mai 1965 à Bordj Bou Arreridj en Algérie. Marié à une Française, Sylvie, qui lui a donné trois enfants, il a vécu jusqu’en 1997 à Corbeil-Essonnes dans le quartier de l’Ermitage, un ensemble de barres HLM typique des grandes banlieues parisiennes. Les voisins de son trois-pièces-cuisine au rez-de-chaussée du bâtiment C-5, interrogés, tombent des nues et ne tarissent pas d’éloges sur ce couple sympathique, discret et sans histoires. “C’est à Corbeil-Essonnes, en 1994, qu’il est séduit par le discours du Takfir, ce mouvement extrémiste qui a joué un grand rôle dans beaucoup de vocations jihadistes. Il se rapproche de «l’émir» Tarek Ramadan, le célèbre prêcheur lié aux Frères musulmans égyptiens et qui vit en Suisse, exerçant une grande influence dans les milieux islamistes de France, Belgique et Afrique du Nord. Tarek Ramadan donne régulièrement des conférences au Centre islamique de Belgique, dans des mosquées des Pays-Bas et d’autres pays européens. Grâce à Ramadan, Beghal commence alors, à son tour, à faire du prosélytisme dans plusieurs mosquées françaises.D’autres témoignages font allusion à un séjour en prison et racontent comment la famille Beghal a soudain déménagé, en pleine nuit, sans crier gare.En mars 1994, Beghal avait été interpellé dans le cadre d’une opération massive menée contre les soutiens des Groupes islamiques armés (GIA) en France. A l’issue de quatre mois de prison, il est relâché sans avoir été condamné. Depuis, il était fiché et suivi par les Renseignements généraux et la DST de France comme «activiste islamiste», sans plus. Son départ précipité de Corbeil-Essonnes s’explique par la crainte d’une nouvelle interpellation. En effet et curieusement, depuis Londres, des “frères” l’avaient averti que la police française préparait une nouvelle vague d’arrestations. C’est donc tout naturellement dans la capitale britannique que la famille Beghal s’est installée. Londres, rebaptisée “Londonistan”, constituait depuis le milieu des années 80 et constitue toujours l’un des centres de l’islamisme radical. Au début de la décennie 90, prédicateurs et activistes de tout poil ont élu domicile à un jet de pierre de la City, où de nombreuses structures financières subventionnent la guerre sainte dans plusieurs continents.Jusqu’aux attentats de 2005, la politique des gouvernements britanniques était laxiste, comptant sans doute que ce la-xisme protégerait le pays des attentats tels que ceux qu’ont vécus l’Egypte, la France, les Etats-Unis…Un leurre qui a fonctionnéEntre deux passages à tabac, à Abu Dhabi, le prisonnier Beghal se demande ce qui a bien pu se produire, pour qu’il ait été ainsi arrêté, alors qu’il se croyait en sécurité.Les geôliers de Beghal lui apprennent la terrible vérité: il a été trahi par ses propres amis! En effet, l’information de son transit par l’aéroport de Dubaï a été transmise aux services secrets égyptiens par une officine de Peshawar (Pakistan), notoirement connue comme un bureau de représentation d’Oussama Ben Laden. En une fraction de seconde, le monde de Djamel Beghal s’effondre. Il décide de tout balancer, non seulement pour se venger, mais aussi parce qu’il pense à sa famille, pour laquelle les Emiratiens prédisent un destin des plus sombres. Un fonctionnaire de la CIA en poste à Abu Dhabi assiste à la confession, mais aucun fonctionnaire français, malgré la nationalité de Beghal et l’objectif de sa mission: faire sauter l’ambassade américaine de Paris.Le vrai but recherché par la dénonciation de Beghal est atteint au-delà de toute espérance. Le leurre de l’attentat en préparation contre l’ambassade des Etats-Unis à Paris fonctionne à mille pour cent. Loin, très loin d’imaginer qu’une attaque d’envergure se prépare sur leur propre territoire, tous les services amé- ricains sont concentrés sur la protection de cibles potentielles à l’étranger. Et l’arrestation de Dubaï ne fait que conforter cette thèse. “Aujourd’hui, avec le recul”, explique un haut responsable français du contre-terrorisme, “nous sommes pratiquement certains que Djamel Beghal a été délibérément livré par ses propres chefs afin de faire diversion. Nous sommes à peu près sûrs que l’arrestation de Dubaï a bel et bien été provoquée par Abu Zoubeïda lui-même, afin de couvrir la logistique et la préparation des attentats du 11 septembre 2001”.Pendant que les services américains se sont mis à rechercher les opérations qui pourraient viser leurs ambassades, les attentats de New York et Washington ont été tranquillement préparés sur le sol américain. Il faut aussi noter que la politique de rupture avec les groupes islamistes était toute récente et qu’en conséquence, les services américains étaient très mal préparés.


La filière maroco-espagnole

LE témoignage qui suit est tiré d’un procès-verbal de six pages, rédigé en arabe, enrichi par la suite d’une multitude de détails donnés par Beghal.A la fin de sa formation au Pakistan et en Afghanistan, ses maîtres l’ont convoqué dans le saint des saints, le quartier général de Zhawar Kili al-Badr, où il a rencontré l’un des principaux lieutenants de Ben Laden, Abu Zoubeïda, qui lui aurait solennellement annoncé: “Le temps de l’action est venu».“Il m’a demandé si j’étais prêt pour l’ultime sacrifice. J’ai répondu par l’affirmative. J’ai alors demandé en quoi consistait ma mission. Il m’a répondu qu’il s’agissait de faire exploser l’ambassade des Etats-Unis à Paris. Ensuite, et pour clore l’entretien, il m’a remis trois objets en me précisant que c’était des cadeaux personnels du cheikh (Oussama Ben Laden): un cure-dents, un chapelet et un flacon d’encens». «Dans le cadre de cette opération contre l’ambassade américaine à Paris -nous devions réitérer la même opération que celles menées à Naïrobi et Dar es-Salaam en 1998-, je devais assumer l’ensemble de la préparation: reconnaissance des lieux, repérage de la surveillance électronique et humaine, horaires des relèves, etc. L’attaque devait être menée avec une camionnette achetée au Salon de l’Auto. Le véhicule devait être chargé d’explosifs, la bombe étant déclenchée par le chauffeur qui était d’ores et déjà acquis à l’idée de son martyre, arrivant lui-même au terme d’une formation qui le préparait à cela depuis plusieurs années”.Djamel Beghal ajoute que, de l’aéroport de Dubaï, il devait gagner Rabat (Maroc) où l’attendaient 350.000 francs. Là, il aurait “égaré” son passeport pour effacer toute trace de ses séjours au Pakistan et en Afghanistan, avant de gagner Paris en empruntant une filière espagnole.


Pas fiables les Maghrébins?

AU sein de la mouvance Ben Laden, les postes de responsabilité sont toujours occupés soit par des Saoudiens, soit des Pakistanais, soit par des Egyptiens. Les Maghrébins sont toujours relégués à des postes mineurs et à des fonctions d’exécutants. Les Algériens, les Marocains et les Tunisiens ne sont pas jugés suffisamment fiables, en effet, pour exercer des tâches de commandement et de coordination. Cette hiérarchisation ne recouvre pas qu’une division technique du travail, mais traduit également une différenciation d’ordre théologique: ils sont cantonnés aux rôles de porteurs de valises, collecteurs de fonds ou exécutants de base parce que leur dévotion à la cause de la guerre sainte n’est pas jugée sans faille. A priori, les Maghrébins sont considérés comme des musulmans devant encore faire leurs preuves pour être dignes de l’honneur d’un combat qui doit être mené jusqu’au sacrifice suprême. Par la suite seulement, les Maghrébins pourront prétendre à des rôles-clefs.Richard Labévière

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