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Politique

Congrès mondial amazighLes «hommes libres« reviennent à Tamazgha

Par L'Economiste | Edition N°:2079 Le 04/08/2005 | Partager

. Pour la première fois, le Congrès tient ses instances à Nador . Priorité: Officialisation de la langue . “Je suis berbère”. Etes-vous sûr?Les Amazighs du monde entier reviennent au bercail, à Tamazgha. Dans le jargon de la diaspora berbère, Tamazgha signifie le terroir du peuple amazigh, qui n’est autre que l’Afrique du Nord. En effet, Nador, capitale du Rif, abritera tout ce week-end, du 5 au 7 août, les travaux du Congrès mondial amazigh (CMA). Cette instance internationale, basée à Paris, réunit les ONG et l’élite berbère du Maroc, d’Algérie, de Tunisie, de Libye, du Niger, du Mali, de France, des Canaries et de différents autres pays. Les Amazighs, “hommes libres” comme ils se définissent, participeront à ce congrès historique, qui se tient pour la première fois en Afrique du Nord. Pourquoi Nador? Suite à l’annulation des visas avec l’Algérie, les ONG berbères ont saisi la balle au bond en proposant la tenue de leur congrès au Rif et non à Almeria, comme cela était prévu. “A présent que l’obstacle du visa est levé (à moitié puisque l’Algérie n’a pas encore annulé de son côté), il n’y a plus de raison de ne pas nous réunir chez nous. Cette fois-ci au Maroc, et certainement en Algérie pour le congrès suivant”, déclare l’Algérien Belkacem Lounes, président du Congrès. Le Congrès ne devrait attirer que 500 participants et entre 30 et 50 invités internationaux. C’est peu pour un congrès international. Les organisateurs indiquent que la capacité d’accueil dont dispose Nador est assez limitée. Pour eux, c’est le côté symbolique qui prime: se réunir à Tamazgha.Mais il y a un autre problème: le financement. D’ailleurs, une bonne partie des Kabyles d’Algérie ne feraient pas le déplacement faute de moyens. Et on parle même d’un congrès en duplex à Tizi Ouzou pour faire participer cette importante et influente communauté. Les autorités de Nador n’ont pas adressé une autorisation écrite au Congrès. Mais les organisateurs ne s’en soucient pas outre mesure. “Nous avons informé le Premier ministre. Et nos préparatifs se déroulent dans de bonnes conditions”, argumente Mohamed Handaine, vice-président du Congrès. Après tout, comment le Maroc pourra-t-il interdire une telle manifestation? Les membres du Congrès ont joué sur la corde sensible, en demandant le soutien d’un Maroc pluriel, amazigh, juif, romain et arabe. C’est vraiment la carte gagnante après la psychose du 16 mai, où l’identité arabo-musulmane a été sauvagement instrumentalisée. . Terres spoliéesCôté pratique, les congressistes auront à renouveler le bureau, actuellement dirigé par un Algérien (la présidence étant à tour de rôle, ce dernier devrait passer le flambeau à un Touareg), et plancheront sur une charte amazigh commune. Et c’est là où réside l’enjeu de la rencontre. Kabyles, Touaregs, Chleuhs, Rifains… il est vrai que chaque pays de l’Afrique du Nord a ses spécificités qui dépendent largement du climat politique et de la situation des droits de l’homme. Mais les Amazighs ont tous les mêmes revendications: la reconnaissance de la langue, l’ouverture des frontières entre les pays de Tamazgha, la réhabilitation de leur histoire et la récupération de “leurs terres spoliées”. La priorité reste cependant d’ordre juridique: l’officialisation de la langue. Le reste viendrait par la suite. A ce sujet, l’Algérie a une longueur d’avance sur le Maroc puisque l’amazigh est considéré comme une langue nationale, même si elle ne figure pas dans la Constitution. Mais les Berbères marocains gardent le moral. Depuis quelque temps, ils ont sensiblement multiplié leurs réunions sur cette seule et unique question, sentant peut-être un vent de changement. “Je suis sûr et certain que l’amazigh sera officialisé dans la prochaine constitution”, tranche M’hamed Sallou, membre de l’Institut royal amazigh et patron de l’Association Ilmas à Nador (nom d’un prince berbère).L’Association Taymanout d’Agadir annonce des assises nationales en novembre sur le sujet et même un sit-in de protestation le 10 décembre. . La Bible des BerbèresQu’ils soient à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Institut royal amazigh, les Berbères ont la même bible, qui n’est autre que le fameux manifeste signé en 2000. Ce qui les différencie, c’est le référentiel idéologique (marxiste, libéral, religieux…). “Ces divergences apparaissent par exemple au niveau du principe de la laïcité que nous défendons tous. Chacun l’interprète différemment”, affirme Abdellah Haitout, président de l’Association Tamaynout. Mais aussi solidaire soit-il puisse paraître, le monde des activistes berbères regorge de dissensions et rivalités. L’approche culturelle de l’Ircam n’a-t-elle pas été considérée comme une arme politique pour étouffer les revendications politiques des Amazighs? Et cette course de fond entre le turbulent Ahmed Adghrini et Omar Louzi sur la création d’un parti politique? C’est la même nébuleuse dans le microcosme des droits de l’homme. Les membres de l’Instance Equité et Réconciliation, à force d’être critiqués par leurs anciens compagnons de prison, ont fini par dénoncer cette étiquette du Makhzen qu’on leur colle. Il n’en reste pas moins que cette instance a rendu un grand service à la nation. “Près de 95% des dossiers soumis à l’IER concernent des Amazighs. C’est une grande avancée dans la réhabilitation des droits du peuple berbère”, fait remarquer Omar Louzi, militant politique. Le débat sur l’amazigh est entouré de beaucoup de susceptibilités. Entre ceux qui voient le verre à moitié plein et ceux qui le voient à moitié vide, il y a un grand écart que le Congrès mondial se propose de réduire. Mais en a-t-il les moyens?Apparemment non, selon le réseau amazigh pour la citoyenneté, présidé par le tonitruant Ahmed Ahermouch. Il y a quelques mois, le réseau avait adressé une lettre ouverte au Congrès avec des propositions de réforme. Il y a dénoncé l’absence du Congrès sur le terrain, le peu d’attention accordée au Maroc et la défaillance des structures organisationnelles. En somme, le réseau décrit une coquille presque vide, absente du terrain et où subsistent de gros intérêts. Le réseau est allé même jusqu’à dénoncer l’existence d’un réseau de trafiquants qui profitent des réunions en Europe pour faire passer des candidats à la migration clandestine. De mieux en mieux.


L'autodétermination, c'est quoi?

Comme si le Maroc n’en avait pas assez avec le Sahara. Le président du CMA estime que “les Amazighs vivent un cruel paradoxe”, estime Lounès. Ils se définissent comme des hommes libres mais vivent sous domination. Pour ce militant, cela est à la fois le fruit de l’histoire et de leur attachement au principe de tolérance. “La terre amazighe a connu d’innombrables invasions, qui se sont toutes faites dans la violence, exceptés les Juifs qui ne sont arrivés ni en conquérants ni en usant de violence”. “Le fait colonial signifie occupation d’un territoire, accaparement des richesses et obligation faite aux autochtones d’abandonner leur langue, leurs traditions pour leur substituer la langue et la culture du colonisateur. Autrement dit, c’est la mort programmée du peuple dominé”, estime Lounès.“Vaincus ou las de se battre, les Amazighs ont laissé leurs plaines fertiles pour se replier sur les reliefs et dans les endroits les plus reculés. A l’abri dans leurs territoires-refuges, ils vécurent pauvres mais en paix et libres. Jusqu’à ce que les armées française et espagnole, notamment, viennent troubler leur quiétude, les rappelant brutalement à la violente réalité des hommes”, est-il précisé. “Aujourd’hui, ils sont de nouveau sommés de se soumettre et de renoncer à tout ce qui fait leur différence, jusqu’à leurs prénoms amazighs”, poursuit le patron du CMA. Ce dernier considère qu’ils sont méprisés, vivent dans des régions économiquement marginalisées et font face au déni de leurs droits fondamentaux. “Pour eux désormais, l’autodétermination est une question de vie ou de mort”. Ce principe stipule que “tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel”. “Mais ce principe ne s’applique pas de manière uniforme à tous”, est-il souligné. Pour les Canariens, il se traduit par l’indépendance des îles Canaries vis-à-vis de l’Espagne, pour les autres, l’option préférée est celle de l’autonomie des régions amazighophones, en s’inspirant des nombreux modèles qui existent en Europe.Nadia LAMLILI

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