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Culture

Jilali Gharbaoui, hommage à un artiste consumé par sa passion

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5849 Le 23/09/2020 | Partager
Une exposition au MMVI, à l’occasion du cinquantenaire de sa disparition
Un artiste à la cote élevée mais qui garde tout son mystère

Figure charismatique de l’art moderne au Maroc, premier peintre à avoir libéré le geste pictural  en osant l’abstraction, Jilali Gharbaoui reste, aujourd’hui encore, extrêmement énigmatique. De sa courte vie (l’artiste est décédé à l’âge de 41 ans en 1971) qu’il aura vécue à la manière d’un rockeur, c'est-à-dire intense, fulgurante et chaotique, resteront des œuvres qui marqueront le temps d’une empreinte durable et indélébile.

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Gharbaoui installera son atelier au cœur des jardins romantiques de  Chellah, d’où émergera sa fabuleuse série inspirée des vols des cigognes au-dessus de la nécropole (Ph. A.Bo)

Gharbaoui aura, ni plus ni moins, introduit le Maroc, sans transition,  de plain-pied dans la modernité la plus forte et la plus accomplie.  Bien qu’un grand nombre de collectionneurs s’arrachent aujourd’hui ses œuvres à coups de millions, très peu d’entre elles ont été données à voir au grand public.

D’une exposition faisant date, à l’Institut du monde arabe, à Paris en 1993, dont il reste un livre culte «Fulgurence Gharbaoui» de Yasmina Filali, à une rétrospective au musée de Bank Al-Maghrib en 2012 et enfin à l’hommage rendu à l’artiste par le MMVI, à l’occasion du cinquantenaire de sa disparition, ouvert au public à partir de ce mercredi 23 septembre.

«L’envol des racines» propose quelque 70 œuvres, entre huiles, des gouaches, des mines de plomb, des encres, issues de la collection de la fondation Al Mada et celle d’Attijariwafa bank. Présentée de manière chronologique, elle traverse les différentes périodes du cursus créatif de Gharbaoui,  empreintes, au fil des années, d’une extrême  liberté dans l'acte de créer, d’un engagement avant-gardiste évident.

L’expo parcourt ainsi les années 50, celles de l'Ecole de Paris dont Gharbaoui a non seulement subi la forte influence, mais  a fait réellement partie. Cette année 1959, où l’artiste fera sensation à la Biennale organisée par André Malraux et où il fera la rencontre de Pierre Restany, grand théoricien du moment, et de l’écrivain, poète et peintre Henri Michaux.

Puis le bref passage dans son atelier installé au cœur des jardins romantiques de  Chellah, d’où émergera sa fabuleuse série inspirée des vols des cigognes au-dessus de la nécropole, en passant par les années à Toumliline, dans un monastère au cœur de l’Atlas, où nombre d’œuvres portent l’empreinte des jeux de lumières traversant les vitraux du bâtiment des trappistes. Et enfin des nombreux voyages, en 1962 aux Pays-Bas avec son amie Thérèse Boersma tout comme ses influences issues du Cobra, suite à sa rencontre avec  Karel Appel, l’un des chefs de file de ce mouvement.

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L’exposition propose quelque 70 œuvres, entre huiles, des gouaches, des mines de plomb, des encres, issues de la collection de la fondation Al Mada et celle d’Attijariwafa bank (Ph. A.Bo)

La vie de Jilali Gharbaoui, qui commença à Jorf El Melha (près de Sidi Kacem) où il est né, fut jonchée de dures épreuves, de malheurs, de grandes solitudes. Après la disparition de son père qui déserte, très tôt, la maison familiale et la mort de sa mère, le petit Jilali Gharbaoui est confié à un oncle violent qui finit par l’abandonner  dans un orphelinat à Fès. A l’adolescence, il réussira à intégrer l’Académie des arts de Fès dans les années 1940, puis obtiendra, grâce à un mécène, une bourse pour aller étudier les beaux-arts à Paris.

L’artiste sera très peu prolixe sur sa vie.  «Une biographie exhaustive est impossible à établir... Trop peu de documents révèlent l'exactitude des évènements et leurs dates», dira de lui Yasmina Filali, dans sa monographie dédiée. Une lacune, toutefois, brillamment  comblée par  la biographie consacrée à l’artiste par Latifa Serghini, parue en janvier 2020. «Jilali Gharbaoui, le messager de l’exil» restitue dans un récit palpitant le monde intérieur d’un artiste consumé par sa passion et tourmenté d’une «beauté douloureuse».

                                                                          

Une rentrée culturelle

Il y avait comme un frémissement de reprise culturelle dans la capitale du Royaume, lundi  21 septembre, avec l’inauguration officielle de l’exposition dédiée au pionnier de l’art moderne au Maroc, feu Jilali Gharbaoui, au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MMVI). Tapis désinfectant à l’entrée, gel hydro-alcoolique, prise de température et distanciation sociale. Les invités se sont prêtés, avec bonne grâce, aux mesures sanitaires essentielles en ces temps de pandémie. Parmi les personnalités présentes, la ministre du Tourisme, de l’Artisanat, du Transport aérien et de l’Economie sociale, Nadia Fettah Alaoui, le directeur général de la MAP, Khalil Hachimi Idrissi, l’ambassadrice de France au Maroc, Hélène Le Gal, le directeur général de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), Abdellatif Zeghnoun, et des personnalités issues du milieu artistique et culturelle, notamment Fouad Bellamine et Abderrahman Tazi. A noter également que l’accès au musée donne l’occasion de voir une autre exposition. «Les peintres marocains dans les collections nationales, de Ben Ali R’bati à nos jours», en cours jusqu’au 15 décembre 2020, suit pour la première fois et à travers des œuvres d’art le parcours chrono-thématique des peintres marocains. Elle met à l’honneur les collections nationales majeures et retrace la genèse artistique au Maroc avec une centaine d’œuvres considérées comme des jalons de l’histoire d’art dans le Royaume.

Amine BOUSHABA

 

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