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Tribune

La pandémie coronavirus, l’ultime alarme?

Par Pr. Driss GUERRAOUI | Edition N°:5782 Le 15/06/2020 | Partager

La crise du Covid touche les fondements du système économique, social, et politique. Par conséquent, ce ne sont pas des réformes classiques de relance qu’elle exige mais des inflexions et ruptures majeures. Celles-ci s’articulent autour de quatre axes essentiels:
 
 

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Président du Conseil de la Concurrence, le Pr. Driss Guerraoui, (ici à l’Ecole de Journalisme et de Communication du groupe de L’Economiste) enseigne à l’université Mohammed V à Rabat. Il est le fondateur de l’Université ouverte de Dakhla. Il a publié une vingtaine d’ouvrages sur les questions contemporaines. Il s’exprime en son nom propre (Ph. L’Economiste)

1- Chercher un développement valorisant le local
Le premier enseignement concerne les modèles nationaux de développement. A ce niveau, la crise a montré que les modèles actuels ont atteint leurs limites. Ils nous conduisent à une impasse. Tous les Etats, toutes les sociétés et toutes les économies doivent, d’un côté, changer leurs modes de production, de consommation, de répartition, d’échange et de coopération, et de l’autre redéfinir leurs priorités à partir des besoins essentiels de leurs populations, de leurs entreprises et de leurs territoires.
Cette refonte systémique et cette nouvelle priorisation s’opéreront  dans le cadre de politiques publiques de renforcement des capacités endogènes de développement, le tout  centré sur la satisfaction des besoins essentiels des citoyens, des entreprises et des territoires et porté par la valorisation du génie national et local, de  l’intelligence et de la veille de toutes les composantes de la société.

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Elevage intensif aux USA. Le lien est avéré entre la nature du modèle économique et social hérité du XXe siècle, et les dérèglements climatiques ou l’émergence de nouvelles pandémies. Le modèle économique et social prévalant depuis le XXe siècle déséquilibre la relation Homme et ressources (Ph. DR)

2- Refondre la gouvernance mondiale des crises
La communauté internationale doit réviser sa gestion des nouvelles générations de guerre, de pandémies et de catastrophes  humaines et naturelles, en sus des défis économiques, sociaux, environnementaux et sécuritaires que connaît déjà le système mondial. Plus que jamais les peuples et leurs Etats ont un besoin urgent d’une nouvelle et véritable gouvernance mondiale. La gestion multilatérale des crises doit être portée par un pilotage institutionnel unifié et efficace, assurant la coordination permanente de toutes les questions internationales, objet des différents mandats et Agendas des Nations Unies. La réalisation de la sécurité, la paix, la stabilité, du progrès humain, de la durabilité et la soutenabilité du développement en dépendent grandement.  A ce prix,  la sécurité humaine globale sera préservée. A travers cette gouvernance nouvelle, les intérêts des générations futures pourront réellement être garantis.

3- Valoriser les sciences, la connaissance et la culture
Cette crise a eu, également, un impact sociétal, voire existentiel. En effet, la crise de 2020 a révélé et réveillé auprès des citoyens du monde la vulnérabilité de la condition humaine et les limites de l’existence. L’humanité est dans une phase de transition inédite au niveau de la pensée, la transportant d’un «confinement» fermé vers une aspiration de retour aux sources des croyances et aux fondamentalismes. Une ère fondée sur l’impératif renouvelé des sciences et l’appel aux lumières de la philosophie. Les esprits éclairés et les élites dirigeantes doivent prendre appui sur cette mutation pour libérer les énergies créatrices de leurs sociétés, et ce en vue d’inscrire cette dynamique dans le cadre d’une révolution culturelle appelée à accompagner les nouveaux modèles de développement à bâtir.

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Drame écologique au Brésil en 2015: il a fait 19 morts et intoxiqué 220.000 personnes. Notre logique autodestructrice nous conduit à un monde incertain, où le développement d’irréversibilités écosystémiques, écologiques, technologiques, sociales et culturelles sera très préjudiciable à la sécurité humaine globale (Ph. Ecoterre)

4- Préserver la vie et la valeur de l’Homme par l’écologie
La surexploitation des ressources est aggravée i) par une démographie galopante, ii) la poursuite sans limites de la compétition  économique entre les anciennes puissances et les puissances émergentes,  iii) et une gouvernance nationale et mondiale des questions de développement, les relations entre la Terre et les Hommes. La rupture de ces équilibres est à la base du développement des nouvelles générations d’insécurités alimentaire, hydrique, énergétique, et de leurs conséquences sur l’évolution épidémiologique. La rupture accélère des catastrophes naturelles, des phénomènes extrêmes et des migrations climatiques.  Cette logique laisse derrière elle détresse, désolation, et misère humaines.

Le jeu des puissances

La gouvernance n’est ni responsable, ni solidaire, ni partagée, ni productrice d’actions coordonnées, pour soutenir une stratégie contre les pandémies, les catastrophes naturelles et les conflits. Si une telle situation perdure, elle aura un impact certain sur la sécurité humaine.
Les principales puissances mondiales, hormis quelques rares exceptions dont l’intention géopolitique n’échappe à personne, ont raté leur rendez-vous avec l’Histoire. Elles se sont englouties dans une gestion égoïste et locale.
Le système mondial a besoin d’une refonte. Ceci est dicté par deux faits majeurs. D’abord,un vrai déclin des puissances occidentales (mais qui continuent à avoir la part du lion). Ensuite l’émergence de nouvelles puissances économiques, technologiques et militaires pesant sur le cours d’événements mondiaux, ainsi que sur la complexité des relations internationales.

                                                                          

Quel monde voulons-nous?

Des millions de personnes, et pas obligatoirement des lettrés, ont commencé à s’interroger sur le sens de leur existence, et à penser leurs conditions de (sur)vie.
Ils interpellent l’incapacité de l’Homme et des système politiques, économiques et sociaux à vaincre les incertitudes, les aléas, les catastrophes naturelles, les pandémies et les nouveaux risques postindustriels impulsés par l’émergence de guerres d’un genre nouveau qui se profilent à l’horizon.  
Ce faisant, ce ne sont plus et uniquement les élites, mais les peuples qui se posent la grande question, taraudant l’imaginaire des individus, des communautés et des Nations: dans quel monde nous voulons et nous pouvons vivre demain? Et quels projets de sociétés on doit rebâtir pour l’avenir?
Cette nouvelle crise engendre un mouvement mondial visant à penser autrement le destin commun de l’humanité. Mais, ce qui est spécifique à cette démarche, c’est qu’elle a générée le besoin pressant d’une relecture de la relation entre le savoir, la science, la philosophie et les croyances, d’un côté, et entre le droit, le champ politique et le champ religieux, de l’autre (Lire article).

                                                                    

Cette crise du Covid-19 interpelle résolument, les Etats, les territoires, les entreprises, les citoyens et les instances internationales de la famille des Nations Unies, sur l’urgence impérieuse soit de changer, soit de régresser au risque de périr. La pandémie actuelle en est-elle l’ultime alarme?

 

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