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Tribune

L’heure de la révision des stratégies nationales a sonné!

Par Riad MEKOUAR | Edition N°:5782 Le 15/06/2020 | Partager

Riad Mekouar est enseignant d’économie monétaire et financière, marchés internationaux et mondialisation à la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Aïn Chock de Casablanca (Ph. RM)

La quatrième vague de la mondialisation est en marche depuis les années 70. Une mondialisation où le marché récupère le pouvoir, où les multinationales jouent un rôle prépondérant et où les interdépendances économiques se multiplient.

Dominé par les Etats-Unis, l’Europe, le Japon et la Chine (75% des échanges mondiaux), ce processus s’est accompagné de délocalisations, d’une fragmentation des productions et d’une globalisation financière. Cette dynamique a été remise en cause à partir de 2013-2014, avec une nouvelle configuration des relations économiques internationales, que certains qualifient de démondialisation. Il s’agit en fait d’une démondialisation relative, en d’autres termes, d’une régionalisation de la mondialisation, caractérisée par un réveil de la citoyenneté et par la mise en avant des intérêts nationaux.

L’ordre mondial fissuré depuis 2013 tend alors vers une cassure, entérinée par l’initiative du président Trump, «America first». L’appel à l’adoption de nouveaux impératifs économiques et sociaux se fait de plus en plus pressant avec la mise à nu des défaillances du modèle néolibéral par la crise du Covid-19.

En fait, l’heure d’une révision des stratégies économiques nationales a sonné! D’autant plus que les pays qui ont le plus profité de la mondialisation sont ceux qui en ont violé les règles. Ceux qui ont accordé la primauté à la souveraineté nationale.

D’abord, abandonnons la kakistocratie   

Et le Maroc dans tout cela? La crise sanitaire n’a fait qu’aggraver la crise socioéconomique que nous vivons depuis quelques années. La suite sera très dure, mais que l’on ne joue pas à la politique de l’autruche. La situation demeure gérable, et le sera encore plus si l’on abandonne la kakistocratie, et que la méritocratie reprenne ses droits.
La première piste de réflexion et d’action concerne donc le choix de femmes et d’hommes à même d’assumer pleinement et efficacement leurs responsabilités. La seconde: bannir purement et simplement l’austérité, tant au niveau budgétaire que monétaire, car la crise implique des politiques économiques (budgétaire et monétaire) contracycliques. La troisième approche concerne l’étude des scenarii relatifs à d’éventuelles relocalisations d’activités, et de façon plus précise, la préparation de la riposte, le Maroc étant parmi les pays les plus mondialisés d’Afrique. Une nouvelle donne s’imposera à nous avec force. Les pays développés (Etats-Unis et Europe en tête) vont se replier sur eux-mêmes et défendre en priorité leurs intérêts nationaux.

Des autoroutes de l’eau

La quatrième piste concerne la souveraineté nationale conditionnée par une relative indépendance alimentaire. Cela suppose la construction d’autoroutes de l’eau, avec un projet gigantesque de dessalement de l’eau de mer, certes très coûteux, dont le financement pourrait être international. Cependant, si la facture est indéniablement lourde, cela nous permettra d’échapper aux conséquences de l’irrégularité de la pluviométrie, et d’assurer une relative sécurité alimentaire.
Cette stratégie pourrait et devrait être accompagnée d’un remembrement des terres, seule solution permettant la modernisation du processus d’exploitation agricole. Cette piste s’appuie sur des données réelles. Sur les 9,5 millions d’hectares cultivés, seuls 1,5 millions sont irrigués. La structure des exploitations agricoles dominée par des terres de petites surfaces (6-7 ha en moyenne) ne permet pas une mécanisation efficiente ni l’utilisation de fertilisants. Le rendement moyen à l’hectare de blé dur s’établit autour de 18 quintaux, alors qu’en France il peut atteindre dans certaines régions 120 q. Pour l’orge, le rendement est de près de 12 q par ha, alors qu’en France, il est de près de 66 q. Irrigation-mécanisation-fertilisation pourraient de ce fait être à la base de la restructuration de la production de blé, d’orge et d’aliments de base.
Cela induirait progressivement une réduction de nos importations, moins de sorties de devises, à terme, une relative indépendance alimentaire, et en conséquence, le respect de notre souveraineté nationale. Si parallèlement à cela on développait la culture des dattes, réduisait les importations de produits de la mer ainsi que de certains fruits, les économies seraient de quelques milliards de DH par an. Cette restructuration de l’agriculture devrait s’appuyer sur des compétences nationales (ingénieurs, gestionnaires…).

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Les produits textiles et de cuir sont de loin les produits finis de consommation les plus importés au Maroc. Ce sont également ceux qui enregistrent la plus forte croissance à l’import. Les «sacs, malles et ouvrages divers en cuir» arrivent en tête des plus importantes progressions, avec un coût pratiquement multiplié par cinq entre 2010 et 2019. Une grande partie de ces importations provient de pays avec lesquels nous avons signé des ALE. Ils ne sont donc pas taxables et ne génèrent aucune recette douanière. En revanche, ils contribuent au financement de l’emploi dans les pays supposés être partenaires, et par la même occasion, à la mise à mort de nos PME

Mise à mort programmée des PME

Au niveau industriel, le secteur a pâti d’une multitude d’ALE signés sans réelle protection du tissu productif national. Ces accords ont dans leur majorité contribué au financement de l’emploi dans les pays supposés être partenaires d’une part, et à la mise à mort de nos PME (près de 9.000 en 2019) de l’autre, et bien entendu, à la mise au chômage de milliers d’actifs. Entre 2010 et 2019, nous avons importé pour presque 240 milliards de DH (Office des changes) de produits que nous fabriquions, que nous continuons à fabriquer insuffisamment, ou plus du tout. Une grande partie de ces importations provient de pays avec lesquels nous avons signé des ALE, et ne génère donc pas de recettes douanières.
D’un autre côté, notre offre exportable reste pauvre. Elle n’est constituée que de 38 familles de produits, contre 99 pour la Tunisie et 148 pour la Turquie. Et seules 500 entreprises exportent de façon régulière. Dès le départ, nous devions savoir que la partie était perdue d’avance. Nous avons ainsi désindustrialisé l’économie nationale.

Une redéfinition urgente de la stratégie industrielle

Tout d’abord, il serait souhaitable de trouver des moyens de sauvegarde et de développement des nouveaux métiers mondiaux du Maroc s’intégrant dans l’ancien modèle de mondialisation: automobile, aéronautique, offshoring… Ensuite, adopter une politique d’import-substitution  «protégée», et redynamiser les anciens métiers mondiaux (textile habillement, chaussures, cuir, agroalimentaire…). Une politique qui permettrait de réduire considérablement nos importations de biens de consommation, d’économiser des devises et de générer des milliers d’emplois. La sauvegarde de ces anciens métiers du Maroc s’impose sans pour autant dénoncer les ALE (pour l’instant, car le processus prendrait du temps que nous n’avons plus). L’adoption de barrières non tarifaires draconiennes, pratiquées par de nombreux pays, permettrait de mieux protéger la production locale. Cela implique, par ailleurs, d’autres stratégies-produits axées sur la qualité. Ce sont les PME qui seraient le fer de lance de cette stratégie. Le Made in Morocco devrait, toutefois, impliquer une qualité similaire si ce n’est supérieure à celle des produits importés.
La réussite d’un tel modèle suppose un financement approprié aux PME. Un financement qui gère autrement les règles prudentielles de Bâle I, II et III, et qui assouplit les conditions d’éligibilité d’accès au crédit. Le concours de l’Etat, son soutien en matière d’accès au foncier, au financement … s’avèrerait indispensable.

                                                                

Consommer Made in Morocco

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(Ph. L’Economiste)

La demande intérieure pourrait devenir l’un des moteurs de la croissance des activités industrielles locales. Cette demande serait d’autant plus importante si la qualité des produits s’améliorait. Des mesures doivent être prises pour inciter à consommer du Made in Morocco.

L’Afrique subsaharienne, et plus particulièrement l’Afrique de l’Ouest, pourrait constituer un débouché extrêmement important pour ces produits. A titre d’exemple, le textile-habillement d’origine marocaine représente une infime partie des importations de l’ensemble des pays d’Afrique subsaharienne (près de 2%). Il en est de même pour les produits agroalimentaires. Les exportations marocaines vers cette région représentent moins de 0.5% de ses importations globales. Jusqu’à présent, seuls le secteur bancaire, l’industrie pharmaceutique, le BTP, l’énergie… ont pu se développer en Afrique.

En d’autres termes, seules les grandes entreprises ont pu y acquérir des parts de marchés, au demeurant relativement faibles, eu égard à l’importance du potentiel africain. La dynamisation des anciens métiers mondiaux du Maroc axée sur des PME performantes, bénéficiant d’un accompagnement efficace, permettrait d’acquérir des parts de marché conséquentes, grâce en partie à l’établissement de partenariats avec des entreprises locales. Cette dynamique pourrait enfin bénéficier d’un atout majeur: la présence en Afrique subsaharienne des principales banques marocaines.

L’Europe du Sud, aussi, recèle un potentiel pour le Made in Morocco. La Grande-Bretagne, suite au Brexit, présenterait des opportunités pour les entreprises marocaines. Le Maroc pourrait enfin constituer un pont entre l’Europe et l’Afrique, voire entre la Chine et l’Afrique, un hub commercial  et/ou industriel, grâce à une véritable diplomatie économique.

 

 

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