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Tribune

Le virus prépare une révolution monétaire

Par M’Fadel EL HALAISSI | Edition N°:5776 Le 05/06/2020 | Partager

Administrateur de nombre de sociétés du groupe d’Othman Benjelloun, Finances.com, directeur général délégué de Bank of Africa, M’Fadel El Halaissi a gardé de ses premières armes professionnelles dans la recherche en France le goût de la réflexion académique productrice de systèmes et de concepts. Revenu au pays, il a fait toute sa carrière marocaine au sein de la BMCE, devenue Bank of Africa, pour marquer ses ambitions continentales. Il s’exprime à titre personnel (Ph. Privée)

Le système «mono-doctrinal» dominé par les Etats-Unis, produit des dérives économiques. La présente crise sanitaire Covid-19 précipite inéluctablement sa déchéance et annoncera l’avènement d’un nouvel ordre économique mondial, conduit par une autre nouvelle puissance: la Chine.

L’économie de marché se développe et prospère davantage dans une économie mondiale équilibrée, où la règle fondamentale de l’adéquation de l’offre à la demande est relativement respectée.

Le dé-tricotage du désordre économique mondial débutera nécessairement par le retrait des privilèges que s’octroyait l’économie américaine, à travers la domination de sa monnaie: le dollar. Valeur de référence d’échanges internationaux dans l’ordre économique, taillée à la mesure et aux intérêts de l’économie américaine, le dollar a régné en maître absolu.

En fonction des intérêts américains

En effet, tout au long de la seconde moitié du siècle dernier à ce jour, les mécanismes de fonctionnement de l’ordre économique mondial ont connu des évolutions successives au gré des conjonctures et selon les intérêts de l’économie américaine.
Passons sur les multiples avatars de ce système, entre 1945 et 1989, avatars qui ont permis aux Etats-Unis de maintenir leur domination.

En toile de fond: dès le début des années 80, l’ouverture de la Chine aux règles de l’économie de marché, lancée par le président Deng en 1979, conjuguée à la politique dite la Perestroïka engagée en URSS en 1985 par le président Gorbatchev, l’ordre économique mondial change radicalement de paradigme.
La mondialisation des systèmes économiques est irréversiblement engagée, un nouvel ordre économique s’impose.

Paradoxalement, c’est au cours de cette période de globalisation que l’ordre économique fut le plus chaotique et le plus désordonné. Dans ce désordre, la richesse mondiale exprimée en augmentation du PIB a enregistré une progression géométrique inégalée dans l’histoire de l’Humanité, en dépit des tensions régionales, voire des guerres.

En conséquence, les crises

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Le mur de Berlin (1961-1989) lors de la visite du président Kennedy, en 1963. On ne devinait pas à l’époque que les USA imposeraient leurs règles et tissent un ordre économique mondial sans contre-pouvoir et à sens unique. La conséquence est un désordre économique mondial sans précèdent. Le désordre économique pathétique, nous conduit vers l’impasse et la fatalité d’une profonde crise (avant sa transformation), validant ainsi la théorie économique de la destruction créative au sens schumpétérien du terme (Ph. AP)

Les conséquences économiques de ce désordre se sont traduites par des crises singulières en termes d’intensité, mais dont le corollaire et le dénominateur commun se cristallisent essentiellement sur l’accumulation des distorsions créées par le système monétaire (valeur du dollar, taux d’intérêts, masses monétaires) qui finissent par éclater en crise économique.

Le poids mondial du dollar n’est plus en adéquation avec le poids économique des USA: le PIB américain compte pour 15% du PIB mondial. Selon le rapport du FMI de 2019, 61% des réserves des banques centrales du monde sont en dollars. Selon

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La première puissance économique mondiale, la Chine, exprime, avec légitimité, un sentiment d’iniquité. Avec un PIB de plus de 16% du PIB mondial à elle seule, et un espace économique d’influence sur le continent asiatique, Pékin enrôlera sous sa bannière plus de la moitié de la population mondiale, pour ériger un nouveau modèle d’ordre économique «taillé à sa mesure», sans référence au dollar  (Dessin DR)

la même source, 88% des devises traitées sur les marchés de changes sont en dollars, c’est juste insoutenable!

La mutation vers un ordre respectant les principes d’équité et d’équilibre des rapports de forces économiques, passera inéluctablement par l’abandon de l’hégémonie du dollar dans toutes ses relations marchandes. Cette transformation se fera graduellement. Mais beaucoup plus vite que nous pouvons l’imaginer. Elle passera par une révolution monétaire. La seule puissance économique actuellement capable d’amorcer cette bataille, c’est la Chine.

La crise sanitaire Covid-19 apportera certainement dans ses sillages de fortes transformations.

D’aucuns avancent que celle-ci n’était peut-être qu’une diversion pour créer l’effet de surprise, en vue de l’adoption d’un nouvel ordre économique mondial.

                                                                           

Les sept déséquilibres

Au cours des dernières décennies, le système économique mondial subit de flagrantes inadéquations et déséquilibres abyssaux.
1- Déséquilibre dans la répartition des richesses entre les nations et à l’intérieur de chaque pays. Créant ainsi un déséquilibre entre la consommation et la production.
2- Déséquilibre dans l’affectation de l’épargne mondiale, vers les pays les plus riches - déjà suralimentés en capitaux - au détriment des pays pauvres, en carence structurelle d’infrastructures.  La croissance en a souffert. Pis, le gavage des places financières des pays riches a conduit à la crise financière de 2008/2009.
3- Déséquilibre entre le niveau de l’endettement des Etats et la capacité de leurs économies de secréter des richesses, en adéquation avec l’évolution de leurs taux d’endettement. Il est passé de 200%  du PIB en 2008 à 230% en 2018.
4- Inadéquation entre les valeurs boursières et la valeur réelle des économies. Cette déconnexion a été exacerbée par les flux financiers massifs de l’épargne mondiale et la surliquidité entretenue par des politiques monétaires de conjoncture.
5- Inadéquation entre les masses monétaires injectées sur le marché mondial et la valeur des économies réelles. Cette déconnexion achèvera fatalement la confiance des investisseurs dans le choix entre la détention des actifs financiers et actifs réels. La meilleure illustration se voit dans l’incapacité de la BCE de relancer l’économie européenne après la crise de 2008, malgré l’injection de plus de 2.600 milliards d’euros, soit l’équivalent du PIB de la France!
6- Déséquilibre dans les rapports de force, influant sur l’orientation de l’ordre économique mondial, et leurs poids réels dans l’économie mondiale.
7- Déséquilibre insoutenable dans ce désordre mondial, accordant des privilèges incommensurables au dollar au détriment du reste du monde. Cette hégémonie reste le pivot et la pierre angulaire de l’édifice de l’ordre économique international.

                                                                           

Révolution, mode d’emploi

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La composition de l’Organisation de coopération de Shanghai. L’OCS compte 3,2 milliards d’habitants, 42% de la population mondiale, 20% des ressources mondiales de pétrole, 38% du gaz naturel, 40% du charbon, et 30% de l’uranium (carte officielle)

Le détricotage de l’actuel «désordre mondial» pourrait cheminer comme suit:
- d’abord une déconnexion du dollar au prix du baril de pétrole, mettant définitivement fin au règne des pétrodollars.
- ensuite l’adoption de l’abandon du dollar comme monnaie de référence, dans l’espace économique de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS, créée en 2001). Les principaux membres sont la Chine, la Russie, le Kazakhstan, l’Inde, le Pakistan et d’autres républiques de l’Asie centrale.
D’autres pays déjà observateurs ou «en dialogue» se joindront aisément à cet espace, notamment la Turquie, l’Iran, l’Afghanistan, et l’Azerbaidjan.
- enfin, élargir le modèle ainsi érigé au reste du monde.
Cette stratégie est probablement déjà dessinée selon l’option, soit d’imposer le yuan comme monnaie de référence aux côtés du dollar/euro, soit d’engager le monde vers l’ère de la monnaie unique comme référence internationale, telle la monnaie digitale universelle.

 

 

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