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Tribune

Leçons du Covid: Un Etat partout et pour tout?

Par Mohammed GERMOUNI | Edition N°:5767 Le 22/05/2020 | Partager

Le Pr. Mohammed Germouni est économiste et politologue, qui a exercé dans le secteur de la Banque, de la haute administration et enseigné dans plusieurs établissements universitaires au Maroc et à l’étranger. Il a publié quelques ouvrages dont notamment «Le protectorat français au Maroc, un nouveau regard» éditions L’Harmattan, Paris, 2015, et récemment, «Economies et Sociétés du XXIe siècle, en forme de chroniques», édition Maroc Livres, Casablanca, 2019. Ce livre regroupe les chroniques publiées dans le journal L’Economiste. Dans le contexte actuel, on se reportera spécialement à la chronique du 4 octobre 2006, qui traitait (déjà!) de la difficulté d’être le patron des patrons (Ph. MG)

Dans le monde, les décideurs politiques se sont résignés au confinement de leur population. C’est la seule solution minimisant les pertes, quand les équipements sanitaires sont insuffisants. Mais c’est une mesure politique aux conséquences économiques lourdes.

Une partie non négligeable de l’économie de la santé et en général celle s’intéressant au bien-être y trouve sa justification pour consolider une démocratie adossée à une justice sociale. Cette interférence du sanitaire, du médical et de l’économique est encore plus réelle dans un contexte de pandémie, aux conséquences économiques et sociales mondiales d’une ampleur inégalée.

Le «plan-marché»

La population qui a expérimenté la fragilité de l’environnement sanitaire, voudra que les autres choix (instruction, formation, production, consommation, investissement, fiscalité...) s’inscrivent dans la ligne sanitaire.

Après la pandémie, les grands choix d’investissements sectoriels en vue d’optimiser des ressources limitées, plaident en faveur d’un cadre «plan-marché». Il renoue avec une expérience publique qui ne fut pas toute négative loin s’en faut.
Une administration technique et efficace ne s’improvise pas. Faire appel temporaire à certains de ses anciens cadres, pourrait accompagner et sécuriser la reprise des principales activités.

La vie n’aurait pas de prix, mais elle a un coût que l’on trouve dans la pratique budgétaire et les projections financières. Pour preuve la charge jugée lourde jusqu’ici si on devait assurer une protection médicale minimale de l’ensemble de la population.

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L’Ecole latino-américaine de médecine à Cuba. Compte tenu des ressources humaines et financières limitées, des cadres sanitaires, dans de rares pays en développement (Cuba, Vietnam), assurent une protection médicale correcte à leurs populations. Ils peuvent inspirer un profil technique au moindre coût (Ph. OMS)

Une répétition de crise sanitaire induisant un chômage massif, aurait un coût financier réel élevé à peine envisageable. Il n’est guère d’Etat pour y faire face, si ce n’est en s’appuyant d’abord sur des infrastructures sanitaires et un approvisionnement alimentaire sécurisés.

«A long terme nous sommes tous morts» a écrit Keynes: parer aux urgences d’abord et le long terme ne sera ainsi que mieux préparé. Certes, les échanges intéressants ayant circulé entre penseurs et observateurs avisés imposent une certaine humilité face à tant d’incertitudes, pour inciter à repousser à des temps moins troubles et plus sereins divers scénarios utiles à long terme.

Du boulot pour l’Etat

Les fonctions d’un éventuel Etat «partout et pour tout», solution apparemment facile dans l’abstrait mais fort complexe à mettre en œuvre.
Même pour une courte période, dans le cas d’une économie ouverte et une société ayant un lien constant et multiple avec l’extérieur pour ses produits, les services, les divers approvisionnements essentiels ainsi que de ses rapports humains avec le reste du monde. A cet égard, il apparaît plus approprié d’insister sur une nécessaire et judicieuse combinaison des mécanismes du marché avec un processus de souple planification étatique.

Revenir à l’ancienne «Direction économique»?

La dépression induite par le confinement devrait en principe être moins violente et peut être moins longue que les crises financières ou économiques.
 On peut anticiper diverses mesures budgétaires et financières, sociales pour limiter les effets. Le confinement étant difficilement renouvelable, il dicte la priorité d’une politique réaliste de couverture médicale et de protection sanitaire des populations qui ne peut s’improviser, constituant à elle seule, par exemple, un important marqueur du modèle social de croissance.
L’urgence est le déploiement d’efforts conjugués et de proximité en vue de gérer les raretés. Des situations difficiles se développent à court terme: niveau élevé de faillites prévisibles de petits et moyens commerces de proximité, absence de revenus alternatifs d’une majorité de ménages, approvisionnement régulier des chaînes alimentaires… tout en luttant contre la spéculation.
Un département technique auprès du chef de gouvernement, en charge de cette mission jusqu’à l’achèvement réussi de sortie du confinement, en assurerait le suivi.

                                                                                 

Mondialisation re-modulée

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Le bâtiment de la BCE, à Frankfort, qui est avec les autres banques centrales, prêteur en dernier ressort, sur le Vieux continent. Le Maroc dispose d’un appareil de production intact, d’une main-d’œuvre disponible et d’un stock alimentaire qui n’ont pas trop souffert de la pandémie.  Celle-ci impose à l’Etat de devenir le prêteur en dernier ressort, afin de préserver la viabilité du secteur bancaire et financier, en raison des risques encourus. L’Etat sera aussi assureur du retour progressif à l’emploi de plusieurs franges de la population active. Il devient fournisseur de fait de biens et services temporairement rares comme les masques, le matériel médical, les médicaments et vaccins dans un cadre hors marché

La mondialisation des échanges ne s’arrêtera pas de façon abrupte. Il se poursuivra lentement et de façon sélective: la relocalisation de chaînes de production n’est pas chose aisée à court terme.

La reprise de certains secteurs comme le tourisme, et son transport aérien, requerra un rythme plus lent que celui du transport de marchandises.

Le «repli sur soi» ne peut être recommandé que par d’imprudente surenchère patriotique car éloigné des réalités. Le protectionnisme sied davantage à l’autosuffisance momentanée de certaines grandes puissances et ensembles économiques.

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Retiré en fac-similé de 2013, mais toujours particulièrement rare, une somme des mesures à prendre en cas d’épidémie. Ibn Sina, il y a plus de mille ans, pensait que la prévention devait être primordiale. L’isolement fera école même auprès de la plupart des démocraties actuelles

Dans le cas du Maroc, il ne peut faciliter ni une sortie réussie de la pandémie ni de la crise. En effet, l’essentiel des équipements industriels, des matières et demi- produits nécessaires à des productions locales, sans parler des produits alimentaires de base dépendent et dépendront longtemps de l’extérieur. Sans omettre les intrants médicaux. Jusqu’à preuve du contraire, aucun laboratoire du Maroc n’est en mesure d’être dans la compétition du médicament ou du vaccin.

 

 

 

 

 

 

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