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Jeunes «nini»: Ils sont sortis de leur spirale de désespoir!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5661 Le 24/12/2019 | Partager

Triste sort pour la jeunesse marocaine. Le quart des 15-24 ans est au chômage et près de un sur trois est un nini (ni à l’école, ni en formation, ni en emploi). Ceux qui travaillent exercent à environ 80% sans contrat, et sans protection sociale. Pour beaucoup d’entre eux, l’ultime accomplissement serait de décrocher tout simplement un CDI.

A leur naissance déjà, ils sont privés de la moitié de leur potentiel de compétences, faute de services d’éducation et de santé de qualité, selon l’indice du capital humain de la Banque mondiale de 2018. Un énorme gâchis.

Amina, Fatima-Ezzahra, Nasser, Rachid, Toto et Mouad font partie de cette jeunesse oubliée, née dans des milieux difficiles et se battant pour exister. Après seulement 3 mois de formation et de coaching dans le cadre du programme Intilaqa de l’ONG Tibu (voir article pages V et VI), ils se sentent petit à petit armés pour conquérir le monde. Témoignages.

                                                                           

Un champion laissé pour compte

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Nasser Edderdak, 24 ans

Nasser est champion du Maroc (2018) et deux fois champion d’Afrique (2017 et 2019) en Sambo (un art martial), classé dans le top 20 du championnat du monde de la même discipline. Cette année, il a aussi remporté le championnat arabe de judo. Sa gloire sportive ne lui a, cependant, pas permis d’améliorer sa condition. Cela fait quelques années qu’il est réduit à effectuer des «bricoles», selon ses propres mots, pour gagner sa vie: vendeur de tissu à Derb Omar, gardien de barrière dans des festivals, ouvrier dans un atelier fabricant des sacs, revendeur de matériel sportif, coach temporaire en salle de sport…
Les arts martiaux, ce fils de la médina de Casablanca en rêvait depuis tout petit. Faute de moyens, ses parents ne pouvaient l’inscrire dans une salle spécialisée. Après le décès de son père en 2008, Nasser, l’aîné de ses quatre frères, passe par des moments difficiles. Sa mère accepte de lui payer, tant bien que mal, son inscription:100 DH/mois. Il avait 14 ans. «Je me suis entraîné trois mois, j’ai participé au championnat national et je me suis classé 3e! Ce fut pour moi une formidable motivation», se rappelle le jeune homme.
Côté études, Nasser a quitté sa scolarité à la 2e année du lycée. «Je n’ai jamais réussi à me concentrer à la fois sur mes études et mes entraînements. J’ai toujours passé le sport en priorité», explique-t-il. Néanmoins, il s’inscrit par la suite dans un centre de formation professionnelle et obtient, cette année, un diplôme de technicien en électromécanique.
Le programme Intilaqa, il le découvre sur les réseaux sociaux. «Je n’avais encore jamais vu un tel concept. C’est exactement ce que je cherchais», se réjouit Nasser. Fort de ses nouveaux apprentissages, le jeune champion se voit à l’avenir à la tête de sa propre salle d’arts martiaux.

                                                                           

Sportif, chanteur, cuisinier et bien plus encore

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Zakaria Toto, 28 ans

Malgré ses multiples déboires, Toto continue de garder espoir en un avenir meilleur. Ce jeune de Derb Soltan, et plus exactement de Derb Chorfa, en a bavé. Durant les quatre dernières années, il a alterné petits jobs et périodes d’oisiveté. Il a été voiturier, agent de sécurité, cuisinier, intérimaire dans une société de catering aérien, porteur déchargeant des remorques, il a distribué des flyers… Toto a tout fait pour gagner sa vie, dignement. Il a aussi été chanteur dans un restaurant. Mais il préfère garder le chant comme simple loisir. «Mon grand-père était fqih, mon père est imam de mosquée. Comment devenir artiste? Hchouma… Je dois marcher sur leurs traces», estime-t-il. Son histoire avec le sport commence au collège, grâce à son enseignant, Hafid Bennouna, qu’il considère comme un deuxième père. Son enseignant était également entraîneur des minimes de handball du Raja. Il l’intègre alors en tant que gardien de but. Arrivé au baccalauréat, Toto échoue deux années de suite. «J’étais peu concentré sur mes études. Le sport comptait plus à mes yeux», avoue-t-il. En 2011, il est sélectionné pour jouer dans l’équipe nationale, en tant que 3e gardien. En même temps, il suit une formation professionnelle en hôtellerie pour devenir cuisinier.  Dans le club du Raja, il gagnait 300 DH par mois.
En devenant 2e gardien de but, sa rémunération monte à 800 DH. Un incident le pousse à laisser tomber définitivement sa carrière de joueur professionnel de handball. Pendant qu’il préparait son diplôme de cuisiner, il obtient de son entraîneur la permission de s’absenter pour assister aux cours. Entre-temps, ses collègues, non rémunérés pendants 4 mois (au même titre que lui), font grève. Ils finiront par recevoir 3 salaires et 3 primes. Seul Toto est exclu en raison de… ses absences. Se sentant discriminé, il quitte son club. Quatre ans passés, il postule pour Intilaqa, sans vraiment y croire. Il finira par être admis. «Je découvre de nouveaux horizons grâce à ce programme. Le passé je l’ai déjà oublié. Là, une nouvelle chance m’est donnée», s’enthousiasme Toto. Il prévoit désormais de devenir préparateur physique international, avant d’ouvrir son propre club sportif.

                                                                           

Il veut devenir… chef du gouvernement!

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Rachid Aït Oumghar, 24 ans

Rachid rêve grand. Même s’il a été élevé dans un milieu populaire à Zenata, là où des enfants de quartiers difficiles et de bidonvilles se côtoient, où à chaque 50 mètres des jeunes s’adonnent à leur belya (addictions) … Il ne s’est jamais laissé tirer vers le bas. Rachid s’est promis de s’en sortir. Son ultime projet, devenir chef du gouvernement. Rien que ça! Et il y croit très fort. «Si je n’y arrive pas, mon fils y parviendra. Et comme tout le monde se détourne de la politique, il devient plus facile de s’y faire une place», déclare-t-il.
Très jeune, il encadre des enfants dans des colonies de vacances, participe à des conférences de la jeunesse de partis politiques, adhère à des associations qui travaillent avec des ministères… Il fait tout pour se rapprocher de son rêve. Après un bac en SVT, il opte pour le droit en arabe. Toutefois, après 2 ans, il abandonne, sans diplôme. Et pour cause, Rachid a flairé une autre opportunité au… Rwanda, où son frère travaille dans le bâtiment. Il s’inscrit dans un centre de l’OFPPT et obtient, l’an dernier, un diplôme de technicien spécialisé en construction métallique. «Le secteur est en plein boom là-bas, on peut donc y décrocher de bonnes affaires», explique le jeune homme. En découvrant Intilaqa, il change encore d’orientation. Rachid y sera admis de justesse, car le programme ne couvrait pas sa région. Le sport, c’est son autre passion. Petit, il était obnubilé par le football. Une blessure au genou brisera son rêve de devenir joueur professionnel. Pour ne pas s’éloigner du ballon rond, il forme une équipe de 16 enfants et devient entraîneur à seulement 20 ans. «J’ai réussi à gagner la confiance de leurs parents, ce qui est très difficile dans un quartier populaire», s’enorgueillit Rachid. A sa première participation au championnat des quartiers, il arrive en demi-finale, ce qui l’encourage à persévérer dans cette voie.
Après Intilaqa, il envisage de monter la 1re académie de foot professionnelle de Zenata. Et pourquoi pas, finir son parcours d’entraîneur au Rwanda! «Puisque là-bas, tout reste à faire»… Son rêve de politique, il ne compte pas l’abandonner. «Je ne resterai pas éternellement au Rwanda!» assure-t-il.

                                                                           

Pour le sport, prête à tous les sacrifices

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Fatima Ezzahra Rebbouhi, 19 ans

Fatima Ezzahra est une fille courageuse, indépendante et persévérante. Des qualités qui lui ont permis de s’en sortir durant les moments difficiles. Elle est aussi passionnée par le volleyball, qu’elle a découvert à l’âge de 13 ans. «Au collège, je profitais des pauses entre 12h et 14h pour m’entraîner. J’ai ensuite commencé à sécher les cours pour mes entraînements», confie la jeune sportive. «Je rêvais de devenir championne du monde de volleyball», justifie-t-elle.
A travers son école, elle accède gratuitement à un club sportif professionnel. Pendant trois ans, elle se rend de Sidi Moumen, où elle habite, à Aïn Sebaa, où se trouve son club, à pied. Un trajet pour le moins risqué. Elle sortait de chez elle à 18h30 pour arriver à 19h45, soit 15 minutes avant le début des entraînements. «Mon rêve était mon moteur», livre-t-elle. Fatima Ezzahra supporte aussi les humiliations de son entraîneur. «Il traitait les filles issues de quartiers populaires avec dédain, contrairement à celles appartenant à des classes aisées», se rappelle-t-elle avec amertume.
A la 1e année du lycée, elle abandonne ses études pour mieux se concentrer sur le sport. Au même moment, son père est contraint d’arrêter de travailler pour des raisons de santé. Sa mère prend la relève avant de déclarer forfait. Ses grands frères se chargent alors d’entretenir la famille.
Fatima Ezzahra se trouve elle-même obligée de travailler à plein temps. Elle trouve un poste au sein d’un atelier de couture à proximité de son domicile. Acharnée, elle apprend à manipuler toutes les machines de l’atelier. Son salaire passe rapidement de 250 à 500 DH par semaine. Profitant de son dynamisme, son patron lui confie les tâches de quatre employés, mais pour la même rétribution. La jeune fille travaillait de 9h à 22h.
Un rythme infernal. Après le déménagement de sa famille à Aïn Sebaâ, elle ne pouvait continuer de travailler, en raison des frais de transport et de restauration élevés. Epuisée, malade, elle jette l’éponge et quitte à la fois son travail et son club sportif. Fatima Ezzahra reste chez elle un an, avant de découvrir Intilaqa. «J’ai enfin trouvé la clé d’une porte que je cherchais depuis longtemps», témoigne-t-elle. Son projet: devenir coach et ouvrir une salle de sports, avec un focus particulier sur le volleyball.

                                                                           

Après la dépression, la renaissance

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Amina Karam, 18 ans

La jeune fille souriante et confiante qu’elle est devenue n’a rien à voir avec celle qu’elle était il y a encore quelques mois, réservée, démotivée et perdue. Après deux années de calvaire, Amina, 18 ans, peut enfin évoluer dans le domaine qui l’a toujours passionnée, le sport, grâce au programme Intilaqa. Elle parvient également à s’affirmer et à s’ouvrir aux autres. Une attitude qui surprend et ravit ses proches.
Toute petite, elle rêvait de devenir une gloire sportive, dont le nom résonnerait bien au-delà des frontières du Maroc. Aujourd’hui, elle change de cap. Son avenir est déjà tout réfléchi: Devenir coach de basketball, pour ensuite ouvrir une académie où l’on peut exercer tous types de sports. «Je l’appellerai Association sportive Rahhal, comme le prénom de mon père», livre Amina.
La basketteuse, issue de Sidi Moumen, a bien failli passer à côté de sa vocation. Après un parcours scolaire normal, tout bascule au baccalauréat. Ne supportant pas le stress des examens et la pression de son entourage, elle développe une paralysie hystérique. «C’était le ramadan, je mangeais très peu et je travaillais sans relâche, jusqu’au jour où je ne pouvais plus bouger mon corps. Tout ce que j’avais appris s’était également effacé de ma mémoire», raconte Amina. Ne souhaitant plus revivre ce cauchemar, elle abandonne. Sa famille choisit pour elle une formation professionnelle, celle d’infirmière. Une spécialité qu’elle n’a jamais appréciée. Son diplôme en poche, elle passe des stages non rémunérés, avant de découvrir Intilaqa.  
Auparavant, elle avait tout tenté pour mener une carrière dans le sport, sans succès. Elle avait réussi à intégrer un club de basketball professionnel, mais sans jamais obtenir une chance de quitter le banc de touche. Pour gagner en expérience, elle payait des coachs professionnels pour l’engager comme aide-coach, à titre bénévole, proposait ses services d’infirmière gratuitement à des équipes sportives pour l’intégrer… Rien ne marchait vraiment. Désormais, c’est de l’histoire ancienne.

                                                                           

«J’ai enfin trouvé ma voie»

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Mouad Naanaa, 21 ans

Au collège, Mouad a vécu une séparation déchirante avec sa mère et le quartier qui l’a vu naître, Derb Soltan. Contraint de déménager à Salé avec son père et son frère, il se réfugie dans le sport. «C’est ce qui me permettait de respirer», explique-t-il. Callisthénie, course, kick-boxing… il s’entraîne pendant trois ans. Le sport prend, cependant, le dessus sur ses études. A la 1e année du lycée, il échoue et décide de retourner à Casablanca. Il arrête le sport pendant un an, avant de reprendre à la 2e année lycée, en pratiquant du kick-boxing dans un jardin avec un ami. En 2017, il se prépare à un championnat de sambo. Un accident l’oblige à annuler son projet. L’année du bac, il s’inscrit dans une salle de MMA (arts martiaux mixtes). Encore une fois, il rate son année scolaire. «Je voulais travailler dans le domaine du sport, mais je ne savais pas comment m’y prendre. J’ai fini par m’inscrire cette année dans un centre de formation professionnelle pour devenir déclarant en douane», raconte le jeune sportif. Juste après son inscription, il découvre Intilaqa à travers un ami. Séduit par le concept, il défie sa famille, qui avait déjà payé pour sa formation, postule pour le programme et y décroche sa place.
Dès le premier mois d’Intilaqa, le jeune homme ressent du changement dans sa personnalité. «J’ai gagné en maturité, en confiance et en ouverture sur les autres», partage Mouad. Sa manière de penser aussi évolue. «Avant, je n’étais pas très optimiste. Aujourd’hui, j’apprends à garder un esprit positif», relève-t-il.
Pour les deux prochaines années, il prévoit de s’entraîner pour appréhender des championnats de MMA. Plus tard, son objectif est d’ouvrir une salle de MMA respectant tous les standards de qualité. «Très peu au Maroc sont professionnelles», regrette-t-il.

Ahlam NAZIH
 

 

  

 

 

 

 

 

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