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Jeunes «nini»: Nous, «ouled chaâb», et les autres…

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5661 Le 24/12/2019 | Partager
Très tôt malmenés par la vie, ils ont une vision noire du monde
Paradoxalement, à la fois sauvés et détruits par le sport!
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Grâce aux différentes activités du programme Intilaqa de Tibu, les jeunes apprennent à s’exprimer, à travailler en groupe et à s’ouvrir aux autres (Ph. ANa)

Ils ont tous grandi dans des quartiers populaires, voire des bidonvilles. Des milieux difficiles avec peu, ou pas du tout, d’exemples de réussite. De la précarité, de la violence, des addictions ou «belya»… Leur entourage est loin d’être inspirant. La soixantaine de jeunes chapeautés par l’ONG Tibu (voir article précédent) ont souvent, malgré leur jeune âge, vu la vie en noir, car tout les tirait vers le bas.

Dans leur esprit, il a toujours été question du «nous, ouled chaâb», ou enfants du peuple, et les autres. Ces riches, si fortunés qu’ils n’en dorment pas la nuit… Qui ont tellement d’affaires à gérer qu’ils en oublient l’existence des couches défavorisées. En gros, les jeunes des quartiers difficiles se sentent seuls et abandonnés à leur triste sort. A la fin de leur interview avec L’Economiste, ils se sont presque tous confondus en excuses, en un «semhi lina», lancé à la fin de la rencontre. Comme si s’intéresser à eux était une énorme concession, un fardeau…

Ce qui les a sauvés? Le sport. Il leur a inculqué le goût du défi, du dépassement de soi, de la persévérance. Les jeunes sportifs baissent difficilement les bras.

Paradoxalement, le sport est aussi ce qui les a perdus! La majorité a dû, à un certain moment de sa vie, choisir entre ses études et sa passion pour le sport. En l’absence de filières sport-études (une expérience pilote a été lancée cette année à Casablanca et Rabat), les jeunes sportifs sont contraints de sacrifier l’un des deux. Ceux interviewés par L’Economiste ont quasiment tous préféré le sport à l’école.

Sortis du système scolaire sans qualifications, ils ont très tôt été malmenés par la vie, subissant surexploitation d’employeurs malhonnêtes et humiliations. Vivre de son sport? Difficile au Maroc. Nasser Edderdak (voir page VII), 24 ans, plusieurs fois champion du Maroc et d’Afrique en Sambo, a pendant longtemps exercé de petits jobs précaires pour s’en sortir. Certains se sont transformés en Neet (ni à l’école, ni en formation, ni en emploi), jonglant entre des cycles d’oisiveté totale et de petites bricoles. Ce fut le cas de Zakaria Toto (voir page VII), 28 ans, qui a passé 4 ans dans cette spirale infernale. 

Après seulement 3 mois de formation dans le programme Intilaka de Tibu, ils ont complètement changé leur vision du monde. Ce programme, à leurs yeux inespéré, car gratuit et leur permettant de se qualifier pour vivre de leur passion, a été pour eux une véritable révélation.

Désormais,  c’est avec confiance, espoir et sérénité qu’ils appréhendent l’avenir, grâce à la main tendue de Tibu. A leur tour, ils ambitionnent de perpétuer la chaîne de solidarité, en offrant à d’autres jeunes, qui comme eux n’ont pas eu la vie facile, la possibilité de s’en sortir. C’est d’ailleurs le pacte qu’ils ont signé avec l’ONG.

                                                                                       

Grandir, et faire grandir

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Mohamed Amine Zariat, président fondateur de Tibu (Ph. Tibu)

Tout le monde veut s’associer à Mohamed Amine Zariat, la star montante des milieux associatifs et sportifs. Grands groupes, ministères, ambassades, ONG… Le jeune fondateur de Tibu (29 ans), ancien joueur professionnel de basketball, a su gagner la confiance des décideurs.

Tous ont adhéré à son rêve: faire du sport un vecteur d’éducation et de développement personnel. Fort de ses partenariats, Amine a pu monter la première académie de basketball et la première école de handibasket au Maroc. Il a aussi ouvert 18 centres de basketball dans des écoles publiques dans 14 villes (d’autres sont prévus). Ces centres, également de coaching et d’apprentissage de soft skills gratuits, bénéficient à près de 3.000 jeunes.

Ces dix dernières années, Mohamed Amine Zariat s’est dépensé sans compter. Networking, formations et coachings, voyages de découverte de nouveaux modèles dans d’autres pays… Le jeune entrepreneur social a d’abord investi en lui. Car pour faire grandir les autres, il faut au préalable développer son propre potentiel.

En 2017, il se fait repérer par le département d’Etat américain qui le choisit parmi des milliers de candidats dans le monde pour son programme IVLP (International Visitor Leadership Program) en mode «Gold star». Un voyage inspirant, en VIP, dans plusieurs Etats américains à la découverte de projets en faveur des jeunes dans le domaine du sport et de l’éducation.

En 2018, il accède au club fermé de l’un des plus grands réseaux d’entrepreneurs sociaux au monde, Ashoka, et en devient un «fellow». En 2019, il lance Intilaqa. Des projets, Amine en a encore plein la tête. Parmi eux, dupliquer la recette Tibu, en partageant son savoir-faire avec les petites ONG actives dans différents sports, et en renforçant leurs capacités.

                                                                                       

Ambitions africaines

■ Prochain défi: le 1er sommet africain de l’éducation par le sport

«Le sport doit être une vraie brique dans le modèle de développement des pays africains», pense Mohamed Amine Zariat. Le fondateur de l’ONG Tibu, spécialisée dans le développement personnel et l’éducation à travers le sport, croit au pouvoir «magique» du sport.

«Il arme les jeunes des compétences leur permettant de prendre part activement à nos sociétés. Sa force peut contribuer à l’éducation des enfants, à libérer le potentiel des personnes à besoins spécifiques, à comprendre d’autres cultures… Et à nous unir au sein d’un continent fort sur le plan économique et social», explique-t-il.

Amine souhaite œuvrer pour la promotion de sa passion, le sport, à l’échelle du continent. Pour commencer, il organise, du 4 au 6 avril 2020 à Casablanca le 1er sommet de l’éducation par le sport en Afrique. L’occasion de célébrer les 10 ans de Tibu, mais également la Journée mondiale du sport pour le développement et la paix.

L’évènement, ayant pour thème «libérer le potentiel de la jeunesse africaine grâce à la force du sport», réunira éducateurs, coachs sportifs, société civile, jeunes sportifs, opérateurs de l’industrie du sport, champions sportifs, chercheurs dans le domaine… Il sera question, entre autres, de célébrer les réussites locales recourant au sport comme outil pour résoudre des problématiques sociales, de partager les bonnes pratiques et d’élaborer un plaidoyer auprès des gouvernements.

Ahlam NAZIH

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