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Dossier Spécial

Dans l’antichambre de la blockchain

Par Dr Mohamed BENABID | Edition N°:5657 Le 18/12/2019 | Partager
Avant d’être une technologie, un mouvement, une idéologie
L’aboutissement d’une succession d’avancées dans les recherches en cryptographie
Une vie en dehors des cryptomonnaies, des risques aussi

Il était une fois la blockchain... une vieille histoire de famille. Avant de devenir un sujet en construction aux implications économiques, juridiques et sociétales, et où il faut encore beaucoup d’effort de pédagogie, les premiers chapitres sont à explorer du côté de travaux conduits depuis les années 90 par un groupe d’informaticiens qui nourrissaient collectivement des rêves d’idéal.

Les uns étaient motivés par des velléités de protection des libertés fondamentales, des données personnelles. D’autres avaient des ambitions politiques dans une variante qui se revendiquait crypto-anarchiste qui voulait se soustraire au contrôle des grandes entreprises, des propriétaires d’infrastructure et des Etats. Le plus gros de l’effort est porté par le mouvement dit cypherpunk qui travaille à la démocratisation des outils de cryptographie.

Les ambitions étaient retardées par le chaînon manquant: la composante système de paiement. L’avènement de la cryptographie dite asymétrique ou à double clé allait alors ouvrir de nouveaux gisements qui se traduisent par la multiplication de scénarios de cryptomonnaies toujours autour du mouvement cypherpunk. Il convient de préciser que jusqu’à l’avènement du bitcoin, la plupart sont restés à l’état de prototypes.

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Les cypherpunks ont  aussi leurs stars comme Tim May (décédé en 2018), ex-cadre chez Intel, considéré comme l’inspirateur du bitcoin et qui fut l’auteur, en 1988, du Manifeste Crypto Anarchiste (The Crypto Anarchist Manifesto), texte de référence du mouvement. En 1993, il fera la Une (Une devenue légendaire dans le milieu) avec deux autres geeks, Eric Hughes et John Gilmore, du magazine californien Wired.  May et ses collègues cherchaient alors à réitérer leur combat pour une démocratisation des droits civils à l’utilisation de la cryptographie tout en restant vigilants sur les éventuelles dérives. La même année, l’administration Clinton avait en effet dévoilé son intention de déployer de nouveaux procédés cryptographiques, à travers un microprocesseur développé par l’agence de sécurité nationale (NSA), au nom de puce Clipper, et qui seraient installés dans l’ensemble des équipements télécoms. Ce qui a été vécu par l’opinion publique américaine comme une menace techno-sécuritaire à la Big Brother

En 1989, un projet, DigiCash, voit le jour mais n’est pas plébiscité car son fonctionnement est adossé au système financier classique et il s’agissait in fine de retirer des billets électroniques auprès des banques. Il faudra attendre quelques années avant que la deuxième initiative ne voit le jour, Hashcash, un scénario de monnaie électronique rendu public en 1997 et qui propose de mobiliser la puissance des processeurs sur le principe informatique de la preuve de travail (proof of work), une procédure imaginée au départ comme un dispositif de lutte contre les spams en augmentant les coûts de ces derniers.

Une année plus tard, les cypherpunks enchaînent avec B-money, dont l’architecture de paiement déployé sur des réseaux peer to peer (sur le mode de fonctionnement de la plateforme Napster qui permettait le partage de fichiers audio au début des années 2000) et fonctionnant là aussi sur le principe du proof of work. En 1998, Nick Szabo, cryptographe également du mouvement cypherpunk imagine un autre modèle de monnaie virtuelle le BitGold. Celui-ci reprend certaines caractéristiques de la B-money par le fait de s’appuyer sur le principe du proof of work, mais s’en distingue par l’ouverture de possibilités d’enchaînement en format différé (ou asynchrone) pour les transactions.

Un pas supplémentaire est franchi dans les dispositifs de sécurisation et surtout les nouveaux modèles travaillent à contourner ce qui est resté longtemps l’un des principaux freins: le problème de la double dépense ou comment s’assurer qu’un même montant ne soit pas utilisé pour deux transactions différentes. La créativité des cypherpunks ne s’arrête pas pour autant.

En 2004, B-money et BitGold inspirent la création de la première monnaie virtuelle à l’initiative de Hal Finney. Finney innove en ayant recours à des jetons (token) comme preuve de la quantité de travail (proof of work) à associer à un utilisateur unique. Ces tokens sont de plus transférables d’où l’appellation de «preuve de travail réutilisable». Cependant, Finney ne solutionne pas vraiment le problème de l’autorité de confiance.

Et Nakamoto arriva

C’est là où va intervenir le bitcoin à travers l’article fondateur de Nakamoto. Le nom Nakamoto (que certains soupçonnent d’être Nick Szabo, inventeur du BitGold), n’est jamais loin de la littérature sur la blockchain. Nous sommes alors en 2008, en

pleine crise des subprimes.

Le contexte a créé un climat de défiance à l’égard du système financier international. Notre Nakamoto, personnage ou groupe de personnes, dont l’identité n’a jamais été prouvée, rend alors public un livre blanc où il décrit une nouvelle technologie, la blockchain laquelle sous-tend le fonctionnement du bitcoin. Celle-ci laisse entrevoir la possibilité de création monétaire sans avoir besoin des fameux «intermédiaires de confiance».

La notion d’intermédiaire ou tiers de confiance est décisive pour le fonctionnement du système financier et pour tout système comportant un échange. Ce rôle est habituellement dévolu à des institutions (banques) qui vont valider un transfert d’actifs dans le cas de transactions financières ou aux professions réglementées (notaires, avocats) qui vont authentifier un acte juridique.

Dans les propositions de Nakamoto, c’est la technologie et la cryptographie qui jouent le rôle du tiers de confiance. Concrètement, le procédé suppose l’existence d’un registre de compte partagé, plus connu sous le nom de ledger, où toute personne qui se connecte peut accéder aux informations sur les échanges. Le système est verrouillé dans la mesure où chaque utilisateur est doté d’une double clé: l’une, publique, sert à l’identification de l’auteur d’un message, l’autre, personnelle, est secrète et garantit la signature numérique sur le registre (voir aussi infographie).

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 La blockchain est assimilée à une sorte de système centralisé qui permet de réaliser des transactions à travers un registre que se partagent les acteurs d’un réseau. Le registre est unique et réputé être infaillible et infalsifiable. Chaque utilisateur se voit associer une clé privée unique et chaque transaction génère une signature électronique, elle aussi unique. Celle-ci prouvant que l’usager a bien validé la transaction. Le registre est consultable par l’ensemble des utilisateurs du réseau et n’a pas besoin d’une autorité de contrôle (tiers de confiance). La vérification est en effet assurée par les procédés de cryptage qui intervient à la fois pour les données des transactions et pour les besoins de vérifications des autres utilisateurs du réseau. Les droits d’accès au registre peuvent être contrôlés (il est alors question de blockchain privée).
Dans le domaine du paiement électronique, le principal apport de la blockchain se rapporte à la notion de consensus qui permet de contourner le problème de la double dépense. Jusqu’au fameux article de Nakamoto, la plupart des expériences de paiement électronique avaient en effet échoué à montrer que la monnaie utilisée dans une transaction (entre A et B comme pour l’exemple ci-présent) n’avait pas déjà été dépensée.

Le nom de Nakamoto, devenu depuis une sorte de Tony Montana, l’anti-héros de Scarface, dans l’imaginaire du monde de l’algorithme, sera idolâtré par les jeunes geeks de la planète. Début 2009, le livre blanc va déboucher sur le lancement du logiciel de création des premiers bitcoins.

Là où le bitcoin a déçu par rapport à son incapacité à se positionner dans des fonctions monétaires classiques (avec dans la foulée quelques scandales et affaires de délinquance financière, où viennent parfois fricoter les transactions louches du darkweb), la blockchain et plus généralement les technologies dites de registre distribué rassurent sur leur potentiel qui va bien au-delà des questions de paiement électronique.

Le fait d’avoir pu contourner la contrainte du tiers de confiance à travers une empreinte numérique qui peut sécuriser tant une transaction financière, un document, une identité, ouvre des perspectives pour l’ensemble des secteurs et des professions(1). Sans pour autant faire l’économie des impératifs de réajustement ou de régulation par rapport aux risques qui persistent.

Zones de vulnérabilité

D’aucuns estiment que le tiers de confiance ne disparaît pas avec la blockchain, mais qu’il est simplement réaffecté vers des processus technologiques ou des algorithmes. Les défenseurs de cette thèse considèrent que l’idéal d’indépendance et de démocratie que raconte le storytelling originel de la blockchain et du bitcoin ne résiste pas à l’examen si le pouvoir s’avère en réalité concentré entre les mains de quelques codeurs. Une autre préoccupation tient à l’impossibilité d’identifier les responsabilités juridiques de sécurité en raison de la décentralisation du système de confiance. En effet, contre qui se retourner pour le remboursement en cas de défaillance ou de fraude? Un autre problème répertorié pour la blockchain porte sur la notion dite de scalabilité: c’est-à-dire sa capacité à gérer des volumes importants de données sans compromettre les délais de traitement (qui restent assez élevés pour l’instant) et sans affecter la confidentialité. Comment aussi trouver le bon compromis entre les impératifs d’ouverture du réseau à un groupe d’utilisateurs sur le modèle de la blockchain et les besoins de confidentialité ou de secret des affaires auxquels tiennent régulièrement les milieux de la finance? Pour contourner ce problème, la tendance est de converger vers des formules de blockchains privées qui permettent à l’institution instigatrice de garder la main sur l’accès au registre distribué.

M.B.

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(1) En Australie, l’autorité de la Bourse (Australian Securities Exchange) a chargé la fintech Digital Asset Holdings de concevoir, à partir de la technologie blockchain, un système de règlement-livraison pour son marché actions. Foxley William, «The Australian Securities Exchange (ASX) is teaming up with fintech firm Digital Asset and VMWare to move its current exchange platform onto distributed ledger technology», coindesk.com, 26 août 2019

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