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    Culture

    Abdelkader Damani: Réécrire l’histoire de l’art

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5598 Le 23/09/2019 | Partager
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    Abdelkader Damani a été commissaire de plusieurs expositions internationales, notamment la biennale de Dakar (Our Common Futur, DAK'ART 2014) ambitionne pour cette première édition à Rabat de proposer une réécriture de l’histoire de l’art qui tienne compte des spécificités culturelles maghrébines (Ph. DR)

    Egalité, droits humains, réchauffement climatique... La première édition de la Biennale de Rabat débute mercredi 25 septembre et s’installera pour deux mois dans différents endroits de la capitale. L’évènement organisé par la Fondation nationale des musées sous la direction artistique de Abdelkader Damani, dévoile une exposition majeure regroupant 60 artistes femmes sous le thème «Un instant avant le monde». Rencontre avec l’architecte de cette première édition.

    - L’Economiste: Vous avez choisi le thème «Un instant avant le monde» pour cette première édition de la Biennale de Rabat, Est-ce que vous entendez par là: Un instant avant la création?
    - Abdelkader Damani:
    Oui exactement. Il y a une double ambition dans ce titre. Le premier est celui de prendre le risque, en tant que commissaire de l’exposition, de donner une définition de l’art et de prétendre que chaque artiste, consciemment ou inconsciemment, fait le voyage vers cet inconnu. C’est très manifeste d’ailleurs dans la manière avec laquelle les artistes travaillent. Ils commencent avec une forme, ils la déstructurent, la détruisent puis la reconstruisent… Je suis arrivé à cette phrase donc comme définition de l’œuvre. La deuxième intention, et c’est aussi l’ambition de cette biennale, à savoir de devenir une plateforme où peut s’écrire une histoire de l’art d’une manière différente. Une histoire qui tienne compte de deux comportements. Le premier dans le Nord où s’écrit une histoire de l’art faite de ruptures, alors que chez nous dans le Maghreb, nous avons une autre forme de l’obsession qui est celle de la filiation. Nous faisons des bonds dans l’histoire pour réécrire et affronter le monde moderne.

    - Vous voulez dire que cette modernité a toujours existé et que nous n’avons pas besoin de la réinventer?
    - Tout à fait. Je crois vraiment que nous avons été co-éditeurs de cette modernité depuis le début. Je peux citer, même si c’est une porte ouverte, Farid Belakhia, qui part toujours de la forme la plus première pour devenir le plus moderne des artistes.

    - L’exposition principale de la biennale est exclusivement féminine. Ne craignez vous pas que l’on vous reproche de renforcer un certain cliché?
    - Je pense que les gens ont tout à fait le droit de me reprocher cela, mais j’ai le devoir de résister à ces reproches, mais surtout d’expliquer de quoi il s’agit. Je disais que nous avions l’intention d’une réécriture de l’histoire de l’art. Car les femmes y sont invisibles, elles ne sont pas «écrites». Je cite toujours ce mythe qu’on trouve chez Pline L’ancien qui raconte l’histoire d’un potier qui aurait le premier portrait de céramique en le cuisant avec sa poterie, inventant par ce geste la sculpture. Or nous savons que c’est la fille du potier qui a fait le dessin. C’est elle qui a produit le concept, qui conçoit l’œuvre et l’Histoire retient le personnage du potier et non sa fille.  Donc il est urgent d’oser cette réécriture.

    - Et comment procédez-vous?
    -  Les moyens que nous nous sommes donnés sont les suivants : Il y a d’abord cette notion d’archipel qui s’ouvre sur plusieurs initiatives qui discutent entre elles et qui peuvent parfois s’entrechoquer. Il y a également la question de la pluridisciplinarité qui est fondamentale et qui sera à la fois dans l’exposition principale et les autres évènements. C’est pour cela que nous avons invité 60  femmes pour l’exposition principale, en se disant «prenons cela comme un acte fort » parce que cela nous permet de revisiter notre lecture de l’histoire de l’art. Je dirais aussi que nous sommes aujourd’hui dans une quête globale de l’égalité, qui se décline sur plusieurs plans. Il y a la question climatique avec l’équation suivante: Sommes-nous en tant qu’être humains, les égaux d’un arbre ou d’un animal? Avons-nous plus de valeurs que le reste de la faune et de la flore sur terre? La deuxième question sur l’égalité se pose par rapport aux émigrés et aux autochtones. Cette question se retrouvera également dans certaines œuvres tout comme la question, plus anthropologique, plus ancienne qui est celle de l’inégalité entre les hommes et les femmes.

    - Cette réflexion que vous avez engagé sera-t-elle discutée, débattue?
    - Oui bien sûr. Nous avons engagé avec l’Université de Rabat, certains critiques d’arts… pour avoir une série de tables rondes et de discussions notamment sur le thème «agir sur la définition de l’art». Nous sommes au Maroc où il y a un marché de l’art, un réseau de galeries de très bonne facture, quelques structures, quelques revues, des journalistes spécialisés… Il y a un arsenal avec lequel nous pourrons peut-être proposer une alternative à la définition de l’art qui se partage à travers le monde. La première discussion qui va durer du 24 septembre jusqu’au 18 décembre sera consacrée à alimenter une base de données avec des collaborations de philosophes, de critiques, de journalistes… Offrir à des étudiants en master ou en parcours de doctorat, par exemple, ce corpus de travail,  pour nourrir la recherche et en avoir la restitution lors de la prochaine édition serait une excellente initiative.

    Propos recueillis par Amine BOUSHABA

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