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    Analyse

    Soins de santé primaires: Le personnel peu motivé

    Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5393 Le 15/11/2018 | Partager
    Il souffre d’insatisfaction professionnelle et de manque d’appartenance à l’institution
    Certaines initiatives éparpillées pour motiver les troupes en interne
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    Les statistiques relatives aux performances des centres de soins de santé primaires sont liées à la motivation du personnel soignant et de son niveau d’implication. Par exemple, le Centre de Mediouna, qui assure un taux de couverture de 180% des consultations post-natales, est connu pour «le leadership du médecin-chef et sa forte maîtrise de la gestion de son personnel et son ouverture sur la communauté»

    «Le culte du chiffre est encore profondément ancré dans les esprits. Or, c’est une illusion parce que les visites de terrain ont montré que la fiabilité des chiffres pouvait être sujette à caution et parfois ces chiffres sont tout simplement inventés». C’est l’une des principales conclusions du rapport d’évaluation de l’ONDH des établissements de soins de santé primaires. Cet organisme a mis l’accent sur l’importance d’autres facteurs pour le renforcement des performances de ces établissements.

    Selon la demande de la population, consultée dans le cadre de cette évaluation, «l’enjeu est d’améliorer la situation réelle en privilégiant une véritable connaissance des conditions de vie, des ressentis et des comportements des prestataires et de la communauté». Le médecin-chef, d’habitude un généraliste, est un personnage clé dans la dynamique interne favorisant les performances.

    «Dans les centres où le médecin est absent ou instable, il se crée une véritable désintégration, voire omission de tout le reste». En face, «la bonne réputation du médecin influence fortement celle du centre. C’est un gage de confiance», est-il indiqué. L’attitude du médecin et du personnel soignant est décisive.

    Leur motivation est essentielle pour assurer une meilleure qualité des prestations. Néanmoins, selon les résultats de cette évaluation, «les personnes interrogées voient plus l’appareil, à savoir le ministère de la Santé ou la délégation provinciale, comme une source de frustration et non de motivation». L’une des principales contraintes pointées par l’ONDH concerne le statut des centres de santé.

    Celui-ci traduit «une fragilité institutionnelle et sociale, un environnement de travail stressant à cause du nombre de consultations à effectuer par un seul médecin…». Résultat: un sentiment d’insatisfaction professionnelle et de non-appartenance à l’institution. Cette situation devient un prétexte pour certains prestataires de ne pas s’acquitter correctement de leurs tâches. Ennui, routine, désespoir conduisent à une baisse de la productivité des centres de soins.

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    Au niveau de certains centres, les médecins-chefs ont pris l’initiative pour motiver leurs troupes. C’est le cas notamment d’un établissement sélectionné pour cette évaluation, dans lequel le médecin-chef a «mis en place des mécanismes de récompense matérielle ou symbolique des prestataires qui réussissent à améliorer les indicateurs des programmes dont ils sont chargés».

    Dans d’autres centres, «les médecins possèdent une autorité symbolique leur permettant de mobiliser les prestataires malgré les conditions parfois difficiles». Autre source de motivation, selon ce rapport de l’ONDH: les patients. Elle est liée à l’affiliation tribale et communautaire entre le personnel soignant et les patients, traduite par le terme fils ou fille du bled, «plus forte que l’affiliation institutionnelle au centre de santé». Ceci les pousse à «faire des sacrifices au bénéfice de l’usager».

    Cette évaluation a également mis à nu d’autres contraintes qui tuent les performances. «Au lieu de se focaliser sur le service fourni au patient, les responsables des centres de soins de santé primaires passent leur temps à collecter des chiffres, à arrondir des résultats pour essayer de s’approcher d’un objectif qu’on leur a fixé». «Le personnel médical et paramédical croule sous la profusion des données à recueillir». Ce qui se traduit par un manque de temps à accorder aux patients.

    Cela est couplé à un problème de défaillance du système d’information, qui reste peu fiable. Par exemple, pour les registres des données, «les écritures sont illisibles, les comptages sont faits en traçant des petits bâtonnets sur des cahiers…». C’est dans ce sens que l’ONDH estime que ce système est marqué par une inflation d’informations. «Au mieux, il s’agit de données partielles, peu précises ou peu fiables, et au pire, pas de données collectées et des rapports créés à la demande».

    M.A.M

     

     

     

     

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