Régions

Tuberculose au CHU de Marrakech: La faute aux déplorables conditions sanitaires?

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5369 Le 11/10/2018 | Partager
13 cas de tuberculose identifiés à ce jour
Le service des urgences de l'hôpital Errazi fermé pour 6 mois
Les médecins parlent de négligence
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Suite aux cas de tuberculose détectés au CHU Mohammed VI de Marrakech, les conditions de travail du personnel du service des urgences ou l'efficacité du système de dépistage et de traitement de la tuberculose dans le pays refont surface (Ph. Mokhtari)

Une histoire qui n’est que la partie apparente de l’iceberg? En juin dernier, coup de tonnerre au CHU Mohammed VI de Marrakech quand 8 cas de tuberculose ont été détectés parmi le personnel du service des urgences de l'hôpital Errazi. Depuis, ce sont 13 personnes identifiées porteuses de cette maladie millénaire jugée prioritaire.

Un chiffre qui risque fort d’augmenter. Le secrétaire général du CHU, Ali Arqoubi, a expliqué à nos collègues de TelQuel que la cause de la contamination était due à l’absence de climatisation dans ce service, pour des raisons de coupes budgétaires.

«La climatisation, c’est une chose, mais ce que nous voulons déjà ce sont des fenêtres!», explique Anas Oulmidi, médecin résident en ophtalmologie au CHU et vice-président de l'Association des médecins internes de Marrakech, qui présente lui-même les symptômes de la maladie.

Deux fois depuis l’ouverture du centre hospitalier, les médecins avaient interpellé la direction sur les conditions insupportables de leur  garde. «Le service des urgences est à la fois peu éclairé, sans aération, où la promiscuité règne, autant de conditions pour que la tuberculose se propage. Nous assumons, en tant que médecins, le fait d’être exposés aux maladies de nos patients, mais ici nous ne parlons pas de risque du métier.

Nous travaillons dans un lieu contaminé par défaillance, où les conditions sanitaires de base ne sont pas assurées», ajoute Oulmidi. Pour le traumatologue Jamal Dine El Ahmadi, président du Cercle des amis de la connaissance Marrakech, «le premier problème a été de fermer les services dédiés à l’hospitalisation des tuberculeux contagieux quand le CHU a été construit, ce que l’on appelle les sanatoriums».

Résultat, plus d’isolement possible. Rappelons là que la tuberculose est une maladie hautement contagieuse qui, en raison d’un microbe devenu multirésistant, doit être traitée par l’association de 5 médicaments pendant plusieurs mois. Le coût est donc important. Sans parler des autres maladies, des sur-infections, qui peuvent en découler.

Les premiers cas détectés en juin au CHU ont été 4 internes, qui, au passage, ont eux-mêmes financé le dépistage avec leur 3.000 DH de salaire mensuel. Très vite, une femme de ménage, une infirmière… du même service se sont avérées porteuses. «Contrairement à ce qui a été dit, ce n’est pas le ministère qui a décidé de fermer le service mais la direction du centre hospitalier», tient à préciser Oulmidi.

Sauf que, comme le soutient Ahmadi, «il ne suffit de le fermer pour enrayer la maladie. Il faut reprendre les fondamentaux en cas d'épidémie avérée, c'est-à-dire remonter la chaîne pour déterminer le cas zéro et attaquer le foyer». Car en effet, quid de tous ceux qui sont passés par l'hôpital Errazi depuis la découverte des premiers cas, et repartis chez eux sans être sûrs de ne pas avoir été touchés eux aussi? Sachant également que le réservoir des cas de tuberculose est le cheptel bovin, dont l’atteinte chronique varie entre 10 et 40%, les services d’hygiène et le ministère de l’Agriculture ne devraient-ils pas entrer en ligne de compte dans cette affaire?

«Je me demande aussi ce que l’on fait avec les vendeurs de petit lait dans la rue sans aucune mesure d’hygiène», avance le traumatologue. Plus largement, force est de constater que cette épidémie met sur la table des questions comme les conditions de travail du personnel de ce service à Marrakech, ou l'efficacité du système de dépistage et de traitement de la tuberculose dans le pays.

«Une approche multidisciplinaire est appropriée et le renforcement de l’hygiène publique s'impose», ajoute Ahmadi. A défaut, les conséquences peuvent être à la fois économiques, sociales et humaines pour toute la région, mais aussi pour l’ensemble du Royaume.

De notre correspondante permanente, Stéphanie JACOB

 

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