Economie

Capital humain: Une vision globale en préparation au Maroc

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5368 Le 10/10/2018 | Partager
Le gouvernement y travaille depuis des mois avec la Banque mondiale
Cohérence des stratégies et mise en œuvre des politiques, là où le bât blesse
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Marie Françoise Marie-Nelly, directrice des opérations pour le Maghreb et Malte à la Banque mondiale: «Le Maroc pourra bénéficier des expériences réussies d’autres membres, et poursuivre cet élan vers une vision intégrée, où les politiques de santé publique convergent avec celles de l’éducation nationale, de la petite enfance et de la protection sociale pour, in fine, construire le capital humain de demain» (Ph. M. F.)

- L’Economiste: Le Maroc dispose-t-il, à votre avis, d’une vision claire pour le développement de son capital humain?

- Marie Françoise Marie-Nelly: Le Royaume possède de bonnes stratégies sectorielles avec des objectifs clairs et pertinents. Un effort doit, cependant, être mobilisé au niveau de la mise en cohérence de ces stratégies, dans la priorisation des mesures et dans la mise en œuvre des politiques. Au cours de ces derniers mois, nous avons travaillé étroitement avec le gouvernement marocain pour mettre au point et affiner une vision globale pour l’épanouissement du capital humain. Ceci à la lumière des chiffres de l’indice que nous lançons, des ambitions du pays et des résultats de recherches sur le sujet.

- Qu’en est-il de la part de ce capital dans la richesse des pays de la région Mena?
- Il existe des variations notoires entre les pays. Certains ont pris une longueur d’avance en investissant substantiellement, mais de manière équilibrée, afin de préserver la qualité des services offerts.
Le Liban, par exemple, a su bâtir un capital humain relativement solide au cours des dernières décennies. La contribution du capital humain dans sa richesse nationale s’élève à 65%, un taux presque comparable à celui des pays industrialisés. La Jordanie et la Tunisie se situent à 55%. Le Maroc, lui, affiche un taux de 41%, selon des chiffres de 2014.
Un facteur important doit être pris en compte: l’impact des conflits et des instabilités politiques sur le rendement et la qualité du capital humain. Des pays comme le Yémen ou la Syrie ont accumulé des décennies de retard en raison de la guerre. L’Indice du capital humain révèlera des chiffres estimatifs pour certains, car la collecte des données y est beaucoup plus difficile. Je dirais que l’indice de la région risque d’être nettement affecté par les contre-performances de ces pays. Les résultats qui seront publiés le 11 octobre nous confirmeront cette tendance.

- L’éducation accapare près de 6% du PIB au Maroc, mais en vain. Où se trouve l’erreur?
- La part du budget du secteur en pourcentage du PIB n’a, en effet, rien à envier à celle des pays les plus avancés, même si des financements additionnels pourraient être les bienvenus sur certains points clés. Mais là où le bât blesse, c’est probablement dans la mise en œuvre des politiques éducatives, au demeurant très bonnes. La politique de généralisation de l’éducation a atteint son objectif, à savoir un accès quasi universel à l’éducation primaire. Cependant, elle n’a pas été accompagnée dès le départ par des mesures systématiques pour préserver la qualité des enseignements.

- Les enseignants, non plus, ne sont pas suffisamment préparés…
- C’est également un défi majeur. Selon l’ONDH (2017), les enseignants du primaire maîtrisent en moyenne moins de la moitié du curriculum standard de français et d’arabe de 4e année. Il existe donc un déficit majeur dans la préparation des enseignants qui ne peuvent transmettre ce qu’ils ne maîtrisent pas eux-mêmes.
Autre défi important, celui de la capacité de mise en œuvre des réformes et politiques publiques. Vous savez, un système éducatif est comme une entreprise complexe qui doit délivrer des services de qualité, chaque jour de l’année, aux quatre coins du pays. Cela suppose une organisation exemplaire. Il faut aussi moderniser les modes de gestion, notamment en renforçant la capacité et l’autonomie des académies régionales, mais aussi en professionnalisant et responsabilisant tous les maillons de la chaîne, depuis le niveau central jusqu’aux écoles.
Notre expérience à travers le monde a montré qu’améliorer les résultats dans ce domaine est possible. Cela implique, toutefois, une attention et une rigueur constantes. Le recours aux nouvelles technologies peut permettre au système de faire un bond qualitatif important dans une période limitée.

Soucis statistiques

Le projet de la Banque mondiale sur le capital humain s’appuie sur les statistiques de plusieurs départements: les enquêtes du HCP, le système de gestion scolaire Massar, et l’Enquête nationale sur la population et la santé familiale. «Cependant, certaines déficiences ont été relevées en cours de route», regrette Marie Françoise Marie-Nelly. «Pour l’éducation, les équipes marocaines ont noté la nécessité d’améliorer la couverture du système Massar, afin de mieux refléter la situation des enfants du préscolaire», poursuit-elle. Pour mesurer la qualité de l’éducation, l’Indice de la qualité du capital humain de la Banque s’appuie sur des tests internationaux, comme TIMSS. Et pour cause, le programme d’évaluation national, le PNEA, est «réalisé de manière peu fréquente». La Banque compte travailler avec le gouvernement pour affiner la collecte de données «fiables et à jour».

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

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