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Culture

Plantu: «Je pense en image, c’est énervant...»

Par Aïda BOUAZZA | Edition N°:5002 Le 13/04/2017 | Partager
La légende vivante du dessin de presse était à Rabat
Une carrière exemplaire dans l’univers de la caricature
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Pour Plantu, «un dessin doit être compris en 3 secondes» (Ph Bziouat)

Beaucoup d’humour et de dessins réalisés en direct par Plantu ont ponctué la conférence du célèbre caricaturiste qui a eu lieu devant une salle comble mardi à la Bibliothèque nationale à Rabat. Présent dans le cadre de l’exposition «Tsawar m3aya»  qu’il a inaugurée, le dessinateur de presse est revenu notamment sur les illustrations qui ont marqué sa carrière qui a débuté en 1972 dans le journal Le Monde dont il fera la Une au quotidien depuis 1985. C’est un colloque qu’il organise avec Kofi Annan en 2006 qui sera à l’origine de la création de l’ONG Cartooning for Peace qu’il préside. Aujourd’hui, il a plus de 60 recueils de ses dessins à son actif.

- L’Economiste:Pensez-vous qu’aujourd’hui on peut moins rire qu’avant?
- Plantu:
Heureusement non. Nous pouvons dire énormément de choses par le dessin et les sketchs. Il existe beaucoup de personnes qui font du stand-up un peu partout notamment au Maghreb. Lorsque par exemple j'étais en Côte d’Ivoire, je ne comprenais pas toujours tout. Bien que les spectacles étaient en français, il y avait plein d’allusions et le public était mort de rire. C'était salvateur et cela faisait du bien. Je ne suis pas très pessimiste sur l’avenir du rire. Vous vous rappelez les fameuses caricatures danoises sur le Prophète pour lesquelles un des dessinateurs a eu de sérieux ennuis. J’avais déjà entendu l’une de ces idées sous forme de blague en Egypte. Seulement en image, les choses vont plus loin. Mais, je ne suis pas très inquiet. Le rire a de l’avenir et c’est très bien comme ça.

- Quelles sont vos lignes rouges?  Ont-elles changé?
- Ma vie privée a changé en tant que dessinateur car aujourd’hui nous sommes protégés, suite à l’attaque contre Charlie Hebdo. Mais en tant que créateur de dessin dans un journal comme Le Monde, les choses sont pareilles. Lorsque j’interpelle dans un dessin un salafiste de Brest qui fait croire à ses fidèles que s'ils se mettent à chanter, ils vont se transformer en cochons, je me moque simplement de lui.
A travers mes dessins, je dénonce toutes les formes d’intolérance. Quant à ma vie privée, c’est autre chose. Mais en tant que dessinateur lorsque je prends mon crayon, c’est exactement comme avant. Je ne touche pas à la vie privée d’un homme ou d’une femme politique. J’ai toujours revendiqué cela.

- Qu’est-ce qui vous inspire en ce moment?
- Hier matin à Rabat, j’ai réalisé un dessin sur la peine de mort en Chine. Elle recule partout ce qui est une bonne nouvelle, sauf chez les chinois. La vie me passionne et le monde politique aussi. Et comme je pense constamment en image, je n’ai qu’à raconter ma passion de cette façon qui me vient tout naturellement. Je parle avec des mots, mais en ce moment j’ai envie de vous raconter des images. Je pense en image, c’est énervant (rires).

- Quelles sont les qualités d’un bon dessinateur de presse?
- De faire réagir, d’être efficace. Le dessin doit être compris en 3 secondes. C’est ce qui fait qu’il remporte la palme. S'il faut mettre 2 heures à capter le message, c’est que ça ne marche pas. Lorsque j’ai un rédacteur en chef qui ne comprend pas mon dessin et que pour un deuxième c’est pareil, et au final ils sont 4 à me dire la même chose. Alors, mon dessin est mort.

- Votre meilleur et votre pire dessin…
- Il n’y a pas très longtemps je me suis moqué du Pape et j’ai eu un procès. J’ai quand même été mis en examen pendant 2 ans et ensuite relaxé. Le meilleur souvenir, c’est lorsque par chance j’étais à Tunis en 1991 et Yasser Arafat a voulu me rencontrer. Alors qu’il n’était pas capable de reconnaître Israël, il l'a fait avec des feutres et des crayons.
Par la suite, j’ai emmené ce même dessin à Jérusalem. J’ai posé la même question avec le même dessin à Shimon Peres, et les deux dirigeants ont en quelque sorte dialogué à travers cette caricature.  C’était magique.  L’impact de cette illustration m’a complètement échappé et c’est très bien comme ça.

- Et si vous deviez garder un personnage à dessiner…
- Sarkozy et Trump qui sont eux-mêmes des caricatures, et même de dos, c’est incroyable! Les caricaturistes leur doivent une fière chandelle, car ce sont des personnages qui vous facilitent les choses. Mais ce n’est pas parce que le travail est plus aisé que c’est bon pour la démocratie. Un homme ou une femme politique qui est un exemple facile pour la caricature, c'est bon pour la dérision mais pas pour la démocratie.

Propos recueillis par
Aïda BOUAZZA

 

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