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Culture

Driss Chraïbi: Un passé pas si simple que ça

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5002 Le 13/04/2017 | Partager
L’écrivain est décédé le 1er avril 2007, laissant une œuvre d’une étonnante actualité
Un hommage lui est rendu par l’Université Hassan II de Casablanca
Colloque, projection de film, témoignages, représentation théâtrale du 11 au 13 avril
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Driss Chraïbi restera dix ans après sa disparition, un auteur d’une grande pertinence et d’une grande acuité. Ses travaux n’ont pas fini d’intéresser les chercheurs tant son œuvre est intemporelle
(Ph. L'Economiste)

Il y a 10 ans, Driss Chraïbi  quittait ce monde, dans le sud-est de la France, sans tambour ni trompette, à l’âge de 81 ans. Et c’est l’Université Hassan II de Casablanca qui prend l’initiative de rendre hommage à celui qui est considéré comme le plus grand écrivain maghrébin d'expression française. «Driss Chraïbi Lectures et relectures», c’est le thème du colloque international qui se déroule à la médiathèque de la fondation de la Mosquée Hassan II. Séminaire, projections de film, exposition, adaptations théâtrales et témoignages s’y déroulent du 11 au 13 avril, avec la participation de chercheurs, traducteurs, écrivains et artistes de différents pays (Maghreb, France, Espagne, Italie, Allemagne, USA).

«L’essentiel n’est pas tant de faire un état des lieux de l’œuvre de Chraïbi que  de lancer de nouvelles pistes de recherches, tellement son œuvre défie le temps», dira Idriss Mansouri, le président de l’Université Hassan II lors de l’ouverture du colloque. C’est en effet  sur le côté universel et avant-gardiste de l’écrivain que s’est porté l’argumentaire développé par Kacem Basfao, universitaire, professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Aïn Chock, critique littéraire spécialiste de la littérature maghrébine de langue française et cheville ouvrière du colloque.

Kacem Basfao souligne en effet la résistance de l’œuvre de Chraïbi «aux changements de contextes qui révèlent sa pertinence visionnaire, et les générations successives de lecteurs y trouvent chacune de la matière pour aborder son passé et son présent…». Celui qui a fait une entrée fracassante en littérature avec la parution de son premier roman «Passé simple» en 1954 s’était très vite insurgé contre les pesanteurs de la société traditionnelle et conservatrice marocaine, réglant par la même occasion ses comptes avec un père incarnant la grande bourgeoisie et ses abus de pouvoirs dans un Maroc pré-indépendant. Ebranlant bien des certitudes, l’œuvre fait scandale et l’auteur rebelle, exilé volontaire, gardera un rapport très ambigu avec son pays: «Je suis l’un de ceux que l’idée même de sol durable effraie. 35 ans d’absence de mon pays natal et j’y suis revenu pour retrouver pire que la routine: l’usure.

L’usure d’un monde auquel j’étais attaché durant tant d’années, mais qui se renouvelle d’autant moins que l’âge gagne et que l’être humain, s’il ne change plus, ne voit plus rien changer», écrivait-il en novembre 1987. Driss Chraïbi ne sera pas pour autant conciliant avec son pays d’adoption la France. Son livre-brûlot  «Les boucs», paru en 1955, est une dénonciation au vitriol du sort réservé aux travailleurs maghrébins dans l’hexagone: «les Boucs, parqués en marge de notre monde et qui, à raison de 69 kilos par Arabe, représentent, dans les années cinquante, 20.000 tonnes de souffrance».

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Driss Chraïbi restera encore aujourd’hui, à l’instar d’un Mohamed Khaïr-Eddine, un rebelle de la littérature maghrébine, ayant eu un effet libérateur sur toute une génération

62 ans après sa parution, le roman de Driss Chraïbi reste d'une poignante actualité, comme le précise Driss El-Yazami «Ce livre est certainement l’œuvre la plus forte de Chraïbi et d’une modernité rare. La place de l’étranger suscite aujourd’hui beaucoup d’interrogations dans le monde, en Europe mais également chez nous. La lecture de Driss Chraïbi peut nous aider aujourd’hui à nous situer dans notre universalité». Il en est de même pour l’ensemble de l’œuvre de Driss Chraïbi qui soulève à chaque fois des questionnements en des termes inédits au moment de leur publication, sans jamais perdre de leur pertinence et de leur acuité.

Chraïbi restera encore aujourd’hui, à l’instar d’un Mohamed Khaïr-Eddine, un rebelle de la littérature maghrébine, ayant eu un effet libérateur sur toute une génération. S’il a toujours dénoncé les travers de la société marocaine, Chraïbi a surtout employé sa plume à défendre différentes causes dans sa vingtaine d’ouvrages. Que ce soit l’émancipation de la femme dans «La Civilisation ma mère» publié en 1972 ou encore, et bien avant l’heure, la culture amazighe dans «Mère du printemps» en 1982, tout comme il condamnera à travers  ses écrits les valeurs obscurantistes et les pesanteurs religieuses. L’Histoire retiendra  de l’enfant terrible de la littérature marocaine, une  farouche volonté d’exprimer contre vents et marées son humanité et sa liberté de penser.

 

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