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    Politique Internationale

    Une nouvelle loi adoptée pour l'insertion sociale des handicapés

    Par L'Economiste | Edition N°:13 Le 23/01/1992 | Partager

    Les handicapés, selon les estimations de l'O.M.S représenteraient 10% de la population et donc près de 3 millions au Maroc.La chambre des représentants a adopté à l'unanimité le 25 Décembre 1991 une proposition de loi relative au droit de l'homme handicapé. Par cette loi l'éducation de l'handicapé, son enseignement, sa formation et son insertion au sein de la société est une responsabilité nationale.La proposition était présentée par M. Abdelaziz Lemsioui, president de la commission de l'information et de la culture au parlement qui souhaite, par ailleurs, que les handicapés assument leurs obligations d'intégration sociale.


    LA nouvelle loi définit l'handicapé comme étant toute personne se trouvant dans l'incapacité physique, partielle ou totale, découlant d'une diminution ou incapacité l'empêchant d'exercer toute fonction.
    Elle ajoute qu'il n'existe aucune différence entre un handicapé congénital et celui qui l'est devenu au cours de son existence.
    La loi est constituée de six textes relatifs notamment à la prévention, à l'hospitalisation, à l'enseignement et à la formation des handicapés, ainsi qu'à leur droit au travail, à l'indemnisation aux priorités et aux prérogatives dont ils doivent disposer.
    Cette loi garantit aussi aux handicapés un enseignement et une formation qui leur permettront d'exercer une activité où ils feront appel à leurs capacités profesionne-lles ce qui facilitera leur insertion au sein de la société.

    Encourager et renforcer le sport des handicapés


    Par ailleurs, selon l'article 15 de la proposition de loi, l'Etat veille, selon ses possibilités, à encourager et renforcer le sport des handicapés par la construction de nouveaux centres sportifs, la formation d'entraîneurs et l'octroi de primes aux associations intéressées par le sport des handicapés, conformément aux conventions citées à l'article 9.
    En effet, l'Etat et les collectivités locales doivent encourager toute initiative, provenant notamment des organisations internationales et des instances nationales, pour le bien-être des handicapés et ce, en mettant à leur disposition une aide technique et matérielle, dans la limite des possibilités, et ce, dans le cadre d'une politique contractuelle.
    La proposition de loi prévoit en outre, pour les handicapés, le droit d'accéder aux bureaux et guichets des administrations publiques, la réduction spéciale des prix dans les moyens de transport public.
    De plus, la personne qui accompagne habituellement l'handicapé doit bénéficier aussi de ces avantages.
    Par ailleurs, dans le but d'intégrer les handicapés dans la société, la nouvelle loi met en relief la nécessité d'organiser des campagnes régulières de sensibilisation sur les périodes antérieures et postérieures à l'accident ayant engendré son infirmité.

    2 ans d'élaboration et 4 ans de «militantisme»


    Cette proposition de loi, selon M. Lemsioui, a nécessité deux ans d'élaboration en étroite collaboration avec un grand nombre d'associations et quatre ans de «militantisme» pour convaincre les partis politiques, les groupes parlementaires et le gouvernement.
    «Etant moi-même handicapé moteur, j'étais donc impliqué», dit M. Lemsioui.
    Pour lui, «ce n'est pas l'idéal, mais c'est déjà un grand pas». De plus, M. Lemsioui avait, selon son expression, «fondé beaucoup d'espoir sur quelques articles qui n'ont pas été acceptés», par exemple, l'exonération des droits de douane des matériels pour handicapés.
    Un autre article supprimé est relatif à de petits douars ou petites villes où la construction de lieux spécialisés pour les handicapés (qui y sont peu nombreux) est onéreuse.

    M. Lemsioui avait suggéré l'idée pour les familles prêtes à parrainer ou adopter un handicapé, moyennant un versement par l'Etat, d'une indemnité, afin d'éviter la construction d'un lieu spécialisé.
    Pour M. Lemsioui, «cette loi n'est pas une chose nouvelle, c'est la concrétisation de toute cette éducation marocaine.
    En effet, notre société porte beaucoup d'intérêt aux handicapés, contrairement à ce qui se passe en Europe».
    Par ailleurs, révolté, il se dit être «contre toutes ces agglomérations d'handicapés». Selon lui, l'handicapé doit assumer ses responsabilités, s'intégrer et s'imposer.
    «Il doit militer pour ses droits mais doit aussi accomplir son devoir, c'est-à-dire s'intégrer». Cette «obligation» est, bien entendu, limitée pour une certaine catégorie, les handicapés mentaux.
    Dans ce cas, la responsabilité de l'Etat et de toute la société est totale.
    M. Lemsioui conclut en disant que «l'handicap, c'est comme le chômage, on peut l'atténuer mais on ne peut jamais y mettre fin»...

    Trois millions d'handicapés marocains


    D'après un sondage réalisé par l'Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S), environ 10% de la population présente un handicap quelconque, soit à peu près 3 millions de marocains.
    Actuellement, bien qu'elle n'y parvienne qu'imparfaitement, la société s'efforce de trouver un mode d'insertion convenable pour les handicapés.
    La notion d'aide, de bénévolat commence à pénétrer dans la conscience collective.
    C'est ainsi que l'on assiste, de plus en plus, à la création d'associations, d'établissements spécialisés, de centres de formation.
    Dans tous les cas, les objectifs sont multiples: affirmer une solidarité de fait et de droit, pratiquer l'entraide, mais encore et peut-être surtout, ces organismes sont une voie d'élection pour la réadaptation.
    A Casablanca, il existe environ une dizaine d'associations qui conjuguent leurs efforts et oeuvrent pour apporter aux handicapés «une vie normale»: elles organisent des galas dont les bénéfices servent à aménager des locaux spéciaux, à recruter un personnel compétent, campagnes de sensibilisation...
    De leur côté, les centres de formation ont pour objectif de donner un enseignement primaire et professionnel aux handicapés.

    Tel est le cas du centre de formation des enfants handicapés physiques de Hay Mohammadi à Casablanca qui a également pour objectif l'intégration de ces handicapés au sein de la société.
    Créé en 1972 par l'Entraide Nationale, le Lion's Club Doyen et Save the Children Fund, ce centre compte actuellement 308 enfants (filles et garçons) dont 197 recevant un enseignement primaire public et 111 une formation professionnelle. Cette formation comprend la menuiserie, la cordonnerie, l'orthopédie, la confection, la couture, la broderie et la soudure.
    De plus, le centre dispose d'un atelier orthopédique d'un service de kinésithérapie qui fonctionnent à titre gracieux au profit des élèves du centre et à titre onéreux au profit de particuliers.
    Par ailleurs, phénomène nouveau, les handicapés décident de plus en plus de se réunir de leur propre initiative en associations pour affirmer leur solidarité, défendre leurs droits, élargir leur audience et affirmer leur pleine humanité.
    Il en est ainsi de l'Amicale Marocaine des Handicapés (A.M.H), fondée et administrée par des handicapés avec la collaboration de non handicapés.
    Cette association à caractère non lucratif gère les problèmes généraux et déterminés des handicapés moteurs au sein de la société.

    Il s'agit donc d'une association de solidarité et d'action sociale pour et au service des handicapés physiques, «ceux qui ne veulent plus vivre en marge de la société mais cherchent simplement à faire accepter leur différence et retrouver leur dignité. Et ce, en arrivant à sensibiliser l'opinion publique, à responsabiliser tous nos concitoyens et à donner une image positive des handicapés pour leur pleine intégration», tels sont les principes de l'association.
    Par ailleurs, «au Maroc, on intègre à la fois facilement et difficilement, à la différence par exemple de l'occident où il y a une forte spécialisation de la société au sein de laquelle celui qui ne peut pas faire quelque chose fait immédiatement l'objet d'un ostracisme», déclare M. Rifaï, responsable du sociétariat au sein de la Banque Populaire.
    M. Rifaï est non voyant. Il a, avant d'intégrer la Banque Populaire, travaillé au sein d'une Banque Internationale en France durant une année.
    Pour exercer son métier, M. Rifaï dispose, outre du braille, d'un micro-ordinateur spécifique composé d'un clavier en braille et d'une synthèse vocale (sorte de machine à lire parlante).
    Interrogé à propos de la proposition de loi, M. Rifaï estime que «l'habillage du droit de l'homme handicapé est un habillage d'actualité».
    Pour lui, la première chose pour un handicapé est de se prendre en charge et «c'est à lui de réaliser son intégration car il n'existe pas chez nous de structure intégrante», déclare t-il.
    Selon M. Rifaï, il aurait mieux fallu commencer par des mesures partielles et bien les appliquer.
    De plus, l'intégration des handicapés nécessite la mise en place de structures et de personnes formées pour les faire fonctionner conclue t-il.

    Meriem OUDGHIRI

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