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Culture

Une contre-attaque russe
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2666 Le 05/12/2007 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004 Entre des élections législatives aux allures de referendum et diverses décisions politiques majeures, la Russie impressionne. Son président, Vladimir Poutine, froid, calculateur, ambitieux pour son pays, est populaire. Le monde s’interroge. Il a parfois peur, peut-être à tort. Forte d’un exceptionnel capital humain, technique, scientifique, culturel, riche de son pétrole, la Russie revient au premier rang. Là est sa place, aux côtés de la Chine et des Etats-Unis, pour le plus grand profit de la planète. A condition toutefois qu’à Moscou la dictature ne prenne pas le pas sur une démocratie très menacée. A condition aussi que les trois superpuissances, au-delà de leur rivalité naturelle, parviennent à réguler l’ordre du monde. A condition surtout que Washington ne pousse pas Moscou à sortir des sentiers étroits d’une vraie coexistence pacifique.Largement anticipée, puisque le vice-premier ministre Sergeï Ivanov l’avait laissé prévoir le 23 mai dernier, la décision du Kremlin de suspendre à compter du 12 décembre sa participation au traité sur les Forces conventionnelles en Europe (FCE), a fait néanmoins sursauter les chancelleries. Le fait de l’avoir annoncée lors de la conférence annuelle de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), a ému les participants. L’OSCE est trop à l’origine de cette confiance, inédite depuis des siècles, en les intentions pacifiques des Etats européens, pour qu’une certaine inquiétude ne se manifeste pas, même si elle n’a pas vraiment lieu d’être. A l’instar des traités sur la limitation des armements stratégiques, le FCE, signé en 1990, concerne les armements conventionnels. Ainsi, les forces de l’Otan et celles de feu le Pacte de Varsovie s’étaient vues assigner des limites aux quantités d’armes qu’elles pouvaient aligner, soit, pour chaque alliance, 20.000 chars, 30.000 véhicules de combat blindés, 20.000 pièces d’artillerie, 6.800 avions de combat, 2.000 hélicoptères d’attaque. Ces limitations supposaient la destruction avant 1995 de 50.000 pièces d’armement, vérifiée lors d’inspections prévues au traité. Comme la disparition de l’URSS devait être prise en compte, le traité a été modifié en novembre 1999 pour remplacer ces limitations entre «blocs» rivaux par de nouveaux plafonds d’armements, à la fois territoriaux et nationaux. Toutefois, ce traité modifié n’est pas entré en vigueur pour cause de stationnement de troupes russes en Géorgie et en Moldavie. Ce n’est pas grave. Personne n’imagine voir disparaître les principes mêmes du traité FCE, pierre de voûte de l’architecture européenne de sécurité. De plus, les dynamiques de la Guerre froide qui avaient présidé au traité n’existent plus. Bien des Etats membres du Pacte ont rejoint l’OTAN. Les 50.000 engins détruits ne vont pas réapparaître. On voit mal la Russie se mettre à produire des milliers de nouveaux chars. M. Poutine peut suspendre la participation de son pays à un traité qui fut d’une immense signification, la sécurité européenne n’en est pas altérée. Tout juste les états-majors de l’Otan vont-ils devoir tenir compte dans leurs plans de ces nouvelles données. Les conséquences risquent d’être minces. . La riposte de MoscouCependant, Vladimir Poutine, soucieux de voir un rôle éminent dans l’espace stratégique rendu à son pays, se préoccupe de sa sécurité. Tout au souvenir de l’invasion napoléonienne puis de celle des nazis, l’URSS s’était ménagée en 1945 une gigantesque zone tampon au détriment des «démocraties populaires» et de leur liberté. La zone tampon a disparu. Nombre des Etats concernés ont rejoint l’Otan. Puis une goutte d’eau a fait déborder le vase! Moscou n’a pas supporté l’idée du bouclier antimissile américain, destiné à contrer une hypothétique menace iranienne et à mieux assujettir les alliés des Etats-Unis. Non sans mauvaise foi, Vladimir Poutine a jugé le projet préjudiciable à la pérennité d’une dissuasion nucléaire dont la pertinence est d’ailleurs moins évidente aujourd’hui qu’au temps de la Guerre froide.Le nouveau tsar contre- attaque. Les circonstances s’y prêtent. Finie la décomposition russe! La stabilisation du pays, jointe à l’enlisement américain en Irak, offre des occasions. Pris au piège de cette guerre inepte, Washington peine à contrer les manoeuvres de Moscou. Le Kremlin noue des liens avec des acteurs clés du Moyen-Orient, leur fournit des armes ou du combustible pour leurs centrales nucléaires. Certains de ces acteurs, comme l’Arabie Saoudite activement courtisée par Moscou, rêvent parfois d’un changement de grande puissance. L’Iran, quant à lui, a déjà choisi. Pour les Etats-Unis, le Moyen-Orient est un endroit sensible qui leur fait mal quand on appuie. L’Irak, l’Iran, la question palestinienne, le pétrole arabe, constituent autant de leviers utilisables par Moscou et ses compétents diplomates pour mieux contrebalancer l’entrisme américain en Europe centrale et orientale, et en limiter les inconvénients.Dans le monde multipolaire d’aujourd’hui, la probabilité que surviennent des débordements guerriers entre la Russie et les Etats-Unis est à peu près nulle. Cela ne constitue pas une raison suffisante pour qu’une administration américaine en fin de mandat se comporte de manière erratique et dispersée. La concentration des efforts n’est pas seulement un des sacro-saints principes de la guerre; elle vaut aussi en politique. A charge pour le prochain président des Etats-Unis, homme ou femme, de se désengager en toute priorité du conflit mésopotamien, pour mieux se consacrer au triomphe de la démocratie et de l’équité partout où cela est possible et donc souhaitable. La paix, la stabilité, l’équilibre stratégique de la planète n’en seront que mieux assurés.


Géostratégie russe

La géographie pose quelques problèmes à la Russie. Elle n’a ni océans pour la séparer de ses adversaires, ni barrières naturelles face à l’Europe, le Moyen-Orient ou l’Asie orientale. La Russie craint toujours d’être submergée aux plans militaire, économique, politique, culturel. Son histoire est une longue suite d’efforts pour établir des zones tampons. La fin de la Guerre froide a signifié la fin de la zone la plus vaste qu’elle ait réussi à se ménager, à laquelle a succédé le plus petit espace de sécurité jamais connu. Sa stratégie actuelle vise donc à reconstituer ses défenses, mises à mal depuis la disparition de l’Union soviétique.


Qu’est-ce que le système Poutine?

«C'est un régime hybride, mi-dictatorial, mi-oligarchique. Un mélange unique avec des éléments d’un système féodal (une autorité centralisée relayée par des caïds régionaux qui lui versent de l’argent), d’autres empruntés à l’Etat mussolinien, d’autres encore qui rappellent les dictatures militaires sud-américaines. C’est aussi un système mafieux: la loyauté constitue le critère numéro un de toute nomination. Autre caractéristique: les dirigeants pillent le pays, puis blanchissent leur argent dans le monde libre. Des centaines de milliards sont investis en Europe occidentale. Du coup, le système Poutine est face à un dilemme insoluble: une dictature ne peut plus y prendre le visage d’un totalitarisme stalinien. Le problème de Poutine, c’est qu’il veut régner comme Staline, mais vivre comme le milliardaire Abramovitch! Il a le cul entre deux chaises…»Garry Kasparov, Ma bataille de Russie, Le Nouvel Observateur, n°2247, 29 novembre - 5 décembre 2007.

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