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Culture

Le modèle religieux marocain: Une politique publique du champ religieux
Par Hakim EL GHISSASSI

Par L'Economiste | Edition N°:2666 Le 05/12/2007 | Partager

Entrepreneur en France, Hakim El Ghissassi est ancien directeur de la revue La Medina. Il a déjà lancé le site Web Sézame, ainsi que deux magazines, en français et en arabe, Sézame et Madarik. Il est auteur de «Regard sur le Maroc de Mohammed VI» publié chez Michel Lafon (Paris)Le message originel de l’Islam est un message de modération, de juste milieu et de justice. Les sociétés musulmanes, à travers leur histoire, ont été confrontées à des groupes et des individus qui travestissent l’esprit de l’Islam, par des lectures simplistes et parcellaires des textes religieux et une approche littéraliste, néfaste et anachronique de l’expression religieuse.Le radicalisme, l’extrémisme, voire l’islamisme, et l’islam politique sont des manifestations multiples du travestissement du message originel. Les musulmans, dans leur majorité, ont su s’en prémunir en s’inscrivant dans les dynamiques sociales, en prenant acte des leçons de l’histoire, en désacralisant la pensée humaine et en faisant la distinction entre ce qui relève de la croyance intime et ce qui est soumis aux règles de la cité et de son organisation. Le Maroc en est un modèle pratique, la force et la spécificité de ses institutions religieuses lui permettent de délégitimer les différentes expressions du radicalisme et de lutter contre la politisation de la croyance et assurer ainsi au citoyen la protection et la quiétude spirituelles.. Multitude d’expressionsDevant la multitude d’expressions politiques au nom de la religion et afin de protéger l’unité cultuelle du Royaume, le Roi, dans son discours du Trône du 30 juillet 2004, a rappelé qu’il est le seul à concilier le politique et le religieux, dans le souci de sauvegarder la sacralité de la religion qui doit rester en dehors de l’influence des divers groupes d’opinion, de société ou de politique. «En effet, sous la monarchie constitutionnelle marocaine, religion et politique ne sont réunies qu’au niveau de la personne du roi, Commandeur des croyants », dit-il dans son discours du 30 juillet 2004. Le schéma cultuel marocain est ancré dans la société. Il constitue une culture populaire commune. Les oulémas marocains, à l’image de Abdelouahid ibn Achir (XIVe siècle), ont produit des textes de prose ou de poésie, résumant cette doctrine religieuse. Ils la rendent ainsi facile à retenir par le commun des mortels afin de le guider, sans difficulté, dans son cheminement spirituel et cultuel. Cette démarche de vulgarisation et d’accessibilité ne plaît pas aux tenants de l’islam politique qui la considèrent comme un mimétisme aveugle, la raison profonde en est qu’elle immunise le musulman contre les déviations et les intrusions religieuses. Elle établie les règles de l’interprétation religieuse, identifie ceux qui sont autorisés à agir au nom de la nation. Elle est un moyen de protection spirituelle sur lequel l’Etat veille afin de sauvegarder son unité et ses fondements.L’élan créé après l’intronisation d’Amir al-Mouminine SM le Roi Mohammed VI, en 1999, engageait incontestablement le Maroc dans une réforme globale de son espace public.La direction de l’enseignement traditionnel répond aussi à l’effort de restructuration du secteur en étant chargée de la stratégie pédagogique relative à l’enseignement traditionnel, ce, en réalisant la carte nationale des établissements concernés, en définissant le régime des études et des examens et en prodiguant l’assistance nécessaire à leur intégration dans le cursus normal de l’enseignement général. Des décisions ministérielles qui ont force de loi viennent réglementer en 2006 l’aspect final de l’enseignement traditionnel qui profite ainsi d’un enseignement équilibré, mariant dans son programme éducatif entre l’étude de la religion, des sciences, l’apprentissage des langues et l’exploration des sciences humaines. Outre la supervision de l’enseignement traditionnel depuis les écoles préscolaires coraniques jusqu’à l’enseignement supérieur religieux, la direction est chargée au sein des mosquées d’un programme de lutte contre l’analphabétisme, plus de 120.000 bénéficiaires suivent ainsi des cours d’alphabétisations dans les mosquées du Royaume.Le Conseil supérieur des oulémas (CSO) c’est l’expression moderne de la traditionnelle machiakate al oulama. Présidé par Amir al-Mouminine, il devient ainsi l’institution religieuse légale, à saisir pour donner des fatwas, avis juridico-religieux. Le CSO est responsable de la transmission et de l’encadrement du savoir et du discours religieux. Les conseils régionaux et locaux des oulémas accréditent les imams et les prédicateurs. Le Conseil supérieur des oulémas constitué de 47 membres dont le ministre des Habous et des Affaires islamiques supervise et coordonne l’action de 27 conseils régionaux qui, eux-mêmes encadrent 68 sections locales. . Réforme de Dar al-hadith al-HassaniaLa présence de la femme est remarquée à tous les niveaux de responsabilités, sur un total de 545 alims, 104 sont des femmes, un taux de représentativité inégalé à travers le monde musulman. L’une des actions principales du Conseil supérieur des oulémas en 2007 était le colloque, organisé en juin à Casablanca et qui a réuni plus de 1.000 imams, représentant les 62.000 préposés religieux, venant de toutes les régions du Royaume afin de débattre du terrorisme. Les participants ont déconstruit à cette occasion le discours du radicalisme et se sont mis d’accord pour la qualification des tenants de la terreur de secte kharidjite, sortie du consensus de la Oumma.Le programme de formation des imams et des mourchidates. En avril 2006, 150 imams et 50 mourchidates (instructrices religieuses) après avoir réussi l’examen de sortie suite à une année de formation accélérée en matière de prédication, ont signé la charte de l’imam et de la mourchidate, dans laquelle ils s’engagent à s’inscrire dans le consensus religieux marocain, en respectant les directives inscrites dans le guide de l’imam. En 2007, 200 autres imams et mourchidates ont été accrédités et affectés dans toutes les régions du Maroc. Parmi les rôles essentiels dévolus à ces imams et mourchidates figure l’encadrement des préposées religieux, l’objectif visé est celui d’avoir pour chaque cinquantaine de préposés religieux un encadrant. Délivrer une formation de qualité et de haut niveau aux futurs oulémas et cadres religieux a suscité la réforme des programmes de Dar al-hadith al-Hassania. Pour relever les défis exigés par le monde moderne et la pensée contemporaine, la maîtrise des langues étrangères et classiques ainsi que l’ouverture sur les sciences humaines et l’étude comparée des religions sont inscrites dans les programmes universitaires de Dar al-hadith al-Hassania.Afin que le discours religieux et les actions menées soient partagés par les citoyens, des moyens modernes de communication et de transmission du message sont aujourd’hui fonctionnels, il s’agit entre autres de la radio et de la chaîne satellitaire Mohammed VI du saint Coran, du site internet qui a vu le jour en octobre 2006 et du programme de prédication télévisuelle, diffusé dans 2.000 mosquées dont presque la moitié se situe dans des zones rurales. Ces moyens médiatiques mettent en exergue les spécificités et l’identité religieuse marocaines et participent au renforcement de la culture commune de modération et de juste milieu.Bien que cette politique volontariste de la réforme du champ religieux n’en soit qu’à ses débuts et hérite d’un passif important, elle connaît une réelle adhésion de la part de la classe politique marocaine, de la société civile et de la population. Ses résultats sont de plus en plus tangibles et impressionnent ceux qui s’intéressent à l’échelle internationale à la gestion religieuse. Des défis sont à relever, le plus urgent est celui de la formation des acteurs religieux ainsi que tout le travail de persuasion pour convaincre les récalcitrants du bien-fondé de la démarche marocaine qui œuvre pour redonner à la pratique religieuse sa pureté, sa quiétude et sa sérénité.


Les quatre fondements

Le 8 juillet 2005 a eu lieu, sous la présidence d’Amir al-Mouminine, l’ouverture de la première session du Conseil supérieur des oulémas et la mise en place de la commission de fatwa, une instance académique. SM le Roi exhorta les oulémas à inscrire leur effort jurisprudentiel dans la démarche la plus caractéristique du rite malékite qui est celle de la règle de «l’intérêt général», conciliant les visions doctrinales des oulémas, les pratiques de terrain, le contexte international, les traités et conventions que le Maroc est tenu de respecter en tant que membre de nombreuses organisations internationales. Une démarche qui vise à rendre l’instance de l’iftae (avis juridico-religieux) collégiale et intégrée dans l’espace institutionnel marocain et à limiter ainsi les expressions individuelles en consolidant la personnalité cultuelle marocaine construite sur la base: De la doctrine Ach’arite qui allie tradition et rationalité dans sa conception de Dieu et qui ne juge pas la foi des gens, ainsi elle prohibe toute démarche d’excommunication, laissant le jugement à Dieu.Du rite juridico-religieux malékite, qui s’inscrit dans la reconnaissance de l’autorité religieuse et des interprétations faites de la tradition. En plus de sa caractéristique dynamique et non spéculative, la spécificité du rite malékite au Maroc est marquée par sa prise en considération des circonstances locales, il s’éloigne ainsi des approches littéralistes et simplistes qui se fient à l’apparent des textes religieux et conduisent à l’étroitesse de l’esprit et à la sacralisation de la pensée humaine.Du développement social du soufisme, conçu comme une élévation spirituelle et une manifestation de solidarité entre les humains.De l’institution Imarat al-Mouminine, incarnée dans la personne d’Amir al-Mouminine, le gardien de la religiosité et le garant de l’unité cultuelle, qui est une spécificité marocaine qui a démontré, durant son histoire, son efficacité pour la sauvegarde de la quiétude spirituelle et sa capacité d’adaptation à l’évolution de la pensée humaine et à la gestion des affaires publiques. Elle puise sa légitimité politique et religieuse dans: - l’acte de la baiya (allégeance) qui lie Amir al-Mouminine et le croyant, cet acte est plus renforcé du fait qu’Amir al-Mouminine SM le Roi Mohammed VI est descendant du prophète de l’islam; - la continuité historique de l’Etat marocain depuis sa création avec la dynastie idrisside; - la justice et la défense des intérêts de la nation et de l’intégrité territoriale; - la gestion moderne de l’espace public en respectant les droits humains et en s’inscrivant dans la modernité avec prise en considération des traditions et des spécificités. La baiya est renouvelée annuellement, la légitimité politique et religieuse se trouve ainsi régulièrement renouvelée.


Démarche démocratique

Le modèle religieux marocain se réfère dans sa gestion et sa régulation à une théorie dite d’«intégration du champ religieux», cette dernière s’inscrit dans la marche démocratique du Royaume, elle fait intégrer le champ religieux dans l’espace institutionnel et prône le respect et la diversité des opinions, elle encourage l’échange entre les cultures, elle est de surcroît un élément essentiel dans le développement humain. C’est un modèle réaliste et praticable, il possède les moyens institutionnels, humains et matériels nécessaires à sa réalisation :L’organisation du ministère des Habous et des Affaires islamiques a toujours été instituée par dahir et non par simple acte réglementaire (décret), comme c’est le cas pour les autres départements. Le ministère est l’exécutant des directives d’Amir al-Mouminine. Ainsi, il interprète les directives et assure leur application. Tout acte exécuté par le ministère se fait au nom d’Amir al-Mouminine qui est le Nadhir al-a’adam, le Nadhir suprême, responsable de l’ensemble des Habous, et le grand imam quand il s’agit de la relation qui le lie au corps des oulémas et des imams du Royaume. La direction des mosquées a pour mission d’établir les programmes annuels et pluriannuels relatifs à la construction, à l’extension, à la restauration, à l’entretien, à l’équipement et à l’encadrement des mosquées; d’organiser, d’assurer le suivi des actions de prédication et de sensibilisation au sein des mosquées en coordination avec les conseils des oulémas concernés. L’effort va dans le sens d’une normalisation des règles de construction des mosquées conformément au droit de l’urbanisme et du droit administratif général (police administrative locale en matière d’hygiène, de tranquillité et de salubrité). L’objectif principal lié à la neutralité qu’exige l’intervention publique dans ce secteur primordial est de garantir l’inviolabilité des mosquées, à tout point de vue comme pour tous les autres lieux de culte, afin qu’elles soient exclusivement vouées au seul exercice du culte et de remédier aux usages incontrôlés, qu’ils soient de nature religieuse ou politique, et de soustraire toute œuvre mécène dans ce domaine aux financements occultes.Afin d’optimiser la gestion des mosquées et de bénéficier des compétences d’autres départements et institutions, de nombreuses conventions de partenariats ont été signées en avril 2007 à l’occasion de la journée nationale des mosquées, sous la présidence d’Amir al-Mouminine, SM le Roi Mohammed VI.

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