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    Une banque pour femmes en Indonésie

    Par L'Economiste | Edition N°:145 Le 15/09/1994 | Partager

    Les femmes ne sont pas les êtres dépensiers que l'on raconte. Elles comptent, investissent et remboursent leurs crédits. Histoire d'une expérience bancaire dans l'Indonésie rurale.

    Quand Madame Sunartini s'est installée dans un village de Java Central en Indonésie voici une quinzaine d'années, elle voulait se mettre à son compte. Mais elle était sans le sou.

    Le Badan Kredit Kecamatan (BKK) lui a prête 25.000 rupiahs (11 US$) pour l'achat d'un vieux congélateur. Une nouvelle entreprise vendant des goûters et de la glace aux cantines scolaires était née.

    La réussite de son projet a permis à Madame Sri de souscrire de nouveaux emprunts pour élargir son entreprise. Aujourd'hui elle vend également de l'eau potable et des vêtements - des produits beaucoup plus rentables que les goûters et la glace - et dirige une pension de famille avec dix chambres à coucher et trois salles de bains. Ses revenus mensuels ont triplé pour atteindre 300.000 rupiahs (138 $). "Mon rêve est d 'acheter u/le maison à chacun de mes six enfants", dit cette femme d'affaires de 49 ans. "Sans les prêts du BKK, je n'aurais jamais pu nourrir un tel rêve".

    Le BKK est une initiative du gouvernement provincial de Java Central mise en place pour aider les gens défavorisés des milieux ruraux à ne pas rater le train du développement économique. L'idée est de financer à des taux d'intérêt raisonnables - des gens de la campagne voulant crée ou élargir leur entreprise. Aucun gage n'est demandé. Le dossier ne compte que deux pièces: un simple formulaire d'une page et une lettre de recommandation signée par le chef du village.

    Mais le plus surprenant est que la plupart des clients du BKK sont des femmes le plus souvent des marchandes de fruits et légumes. Et l'on trouve également beaucoup de femmes - 90 % des caissiers et 10 % des directeurs d'agence - parmi les employés du BKK.

    "Les femmes sont plus prudentes que les hommes en ce qui concerne l'argent", reconnaît M Darusmanto (1), un représentant de la Banque régionale du développement, petit sourire aux lèvres. "Mais pour le travail en dehors du bureau. je dirais que les hommes étaient plus forts".

    Les femmes plus prudentes

    Car, non seulement les femmes dirigent l'activité économique plus efficacement que les hommes, mais elles font des dépenses qui s'avèrent plus utiles à long terme.

    "Les femmes sont prêtes à payer pour envoyer leurs enfants à l'école ou chez le médecin s'ils tombent malades, tandis que les hommes veulent garder leur argent pour eux", dit le Dr Dipak Das Gupta, économiste à la Banque Mondiale. "Aux combats de coqs par exemple. Et si jamais ils le; dépensent pour leurs enfants, c'est pour leur offrir des Nintendo".

    La réponse favorable ou non du BKK est donnée en général en moins d'une semaine - une procédure beaucoup plus rapide que celle des banques commerciales. Le taux d'intérêt mensuel s élève à 3%, tandis que les prêteurs sur gages demandent .souvent plus de 20 % par jour. Le BKK propose un système rapide, peu cher et efficace. Selon un rapport de la Banque Mondiale, c'est le meilleur modèle bancaire pour le monde rural.

    Fondé en 1970, le BKK compte aujourd'hui 510 agences, avec plus de 3.000 succursales dans près de 40 % des 8.491 villages de la province, touchant une population totale de 28 millions. Chacune des agences est indépendante et gère elle-même - avec les conseils et un fonds de garantie du gouvernement provincial - son portefeuille de prêts et sa caisse d'épargne.

    "Le BKK est une énorme réussite, sans aucun doute", dit M. Wahyudi, le président du comité des gouverneurs du BKK. "Toutes nos agences sont bénéficiaires. 320 d'entre elles possèdent leurs propres bureaux et 76 sont informatisées. Mais surtout, la richesse des gens a augmenté".

    "Les prêts du BKK financent surtout les PME", explique M. Soesmono Martosiswojo, gouverneur adjoint de Java Central. "Le nombre de clients est très élevé, mais les montants concernés ne sont jamais assez importants pour intéresser les banques commerciales", Les 500.000 clients du BKK empruntent en moyenne 80.000 rupiahs (36 $).

    Success et stories

    Le taux de remboursement des prêts du BKK est extrêmement élevé. Depuis près d'un quart de siècle d'existence, plus de 95 % des prêts ont été remboursés. Pour certaines agences, ce chiffre est encore plus élevé. "Depuis que cette agence a ouvert ses portes il y a vingt ans. seulement 0,7% de nos clients ont manqué à leurs engagements", dit Siti Machmudah, 29 ans, caissier à l'agence du BKK de la région de Genuk. "Si un client refuse de payer, nous allons chez lui pour réfléchir ensemble à son problème. Parfois. nous faisons venir le chef de village pour décider d'un rééchelonnement des mensualités. Mais des visites répétées chez lui suffisent la plupart du temps à le persuader de reprendre ses remboursements"

    Des success stories comme celle de Mme Sunartini sont très répandues. Les prêts permettent aux gens de la campagne de mener à bien des projets dont ils n'auraient jamais osé rêver, comme celui d'envoyer leurs enfants à l'Université.

    70 % de la population indonésienne vivent dans les milieux ruraux et dé I pendent de l'agriculture pour vivent dans les milieux ruraux et dépendent de l'agriculture pour vivre. Le sous-emploi ou le chômage frappent plus dur ici que dans les villes, où les opportunités sont plus diverses. Les gens de la campagne avec de faibles revenus et qui veulent ouvrir un petit commerce non agricole rencontrent bien souvent le problème de l'absence partielle ou totale de crédit.

    Le BKK a réduit cette injustice, L'honneur des chefs de village et la pression de leurs pairs encouragent les emprunteurs à s'acquitter de leur dettes, ce qui permet de baisser le coût du crédit. Et en matière d'argent, les spécialistes du développement affirment que les femmes sont plus fiables que les hommes qui souvent "oublient" de rembourser.

    "En Indonésie, le man verse en règle générale tout son salaire à sa femme", dit M. Wahyudi. "C'est elle qui gère les finances de la famille".

    "Dans notre pays, les femmes jouent un rôle financier important, à l'opposé de ce qui se passe en Europe", ajoute le Dr Jutta Berninghausen, conseillère au directoire Femmes dans le développement coopératif de l'Organisation Internationale du Travail (OIT). Selon elle, les hommes indonésiens s'occupent plus des questions politiques et spirituelles, en laissant à leur femme le soin de s'occuper des affaires d'argent, considérées généralement comme étant "sales". "Ceci explique pourquoi tant d'organismes d'épargne et de crédit sont gérés par des femmes", dit-elle.

    Makoto Hattori

    (correspondante de Yomiuri Shimbum à Djakarta, Indonésie)

    (1) En Indonésie, certaines personnes n'utilisent pas de prénom (NDR)

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