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    Un spécialiste s'explique sur l'arrivée de l'argent dans le sport : L'argent, dopant des champions

    Par L'Economiste | Edition N°:196 Le 21/09/1995 | Partager

    Selon M. Karim Aqary(1), l'argent crée les conditions de succès mais ne suffit pas. Le bénévolat et l'amateurisme deviennent inadaptés à la pratique des sports de haut niveau.

    L'Economiste: Comment expliquez-vous l'incursion des techniques de gestion dans le domaine sportif?
    Karim Aqary: On est parti du constat que le sport est devenu un secteur économique à part entière de par les masses de capitaux qui circulent autour, et les obligations de résultats auxquelles sont astreints ses acteurs.
    Par conséquent, les notions de bénévolat et d'amateurisme deviennent inadaptées. L'inévitable professionnalisation du sport, mais aussi de sa gestion, s'impose donc aujourd'hui comme le garant de toute performance.
    D'où la nécessité de former des cadres compétents capables de rationaliser des choix et d'optimiser les décisions en vue d'atteindre les meilleurs résultats possibles, comme dans une entreprise.

    - Le sport est l'un des derniers territoires où les valeurs d'équité ont encore droit de cité. Ne craignez-vous pas que l'argent ne l'emporte finalement sur l'esprit de compétition?
    - L'arrivée de capitaux est une bonne chose pour le sport. A l'échelle internationale, l'organisation des compétitions sportives est devenue aujourd'hui une gigantesque opération juteuse. D'ailleurs, les critères de désignation du pays d'accueil privilégient d'abord son potentiel économique. Les Jeux Olympiques de 1996 ont été attribués à Atlanta probablement du fait que cette ville abrite le siège de Coca-Cola, l'un des principaux sponsors du mouvement olympique. Cela aura permis au fabricant américain du soft-drink de marquer son centenaire par un grand événement. Les Jeux Olympiques lui en offrent la meilleure vitrine dont il pouvait rêver. Athènes, berceau de l'olympisme et challenger de Coca-Cola, n'avait rien à donner. C'est le revers de la médaille.
    Il faut cependant veiller à ne pas nuire à l'éthique sportive. Le sport ne doit pas perdre de son essence.

    - Existe-t-il des valeurs communes au sport et à l'entreprise?
    - J'en suis persuadé. Le sport autant que l'entreprise sont des "modes d'action qui synthétisent vitesse d'adaptation, changement permanent et souplesse psychique", pour paraphraser Erhenberg. Si les valeurs de dépassement de soi et du goût du risque sont également mises en avant dans l'entreprise, les clubs sportifs doivent donc se soucier de leur gestion et de leurs résultats.

    - Les ressources financières sont-elles la condition pour triompher?
    - Oui, il faut avoir des moyens pour progresser. D'une manière générale, ce lien que vous évoquez s'établit de plus en plus et ce, pour une raison très simple: l'argent crée les conditions favorables au succès, même s'il ne le garantit pas. L'état d'esprit, la dynamique du groupe, l'environnement sont autant de facteurs qui concourent à la réussite. Le Milan AC de Silvio Berlusconi combine les deux, les moyens et l'esprit. C'est ainsi qu'il est devenu une machine à gagner. En revanche, le CODM de Meknès a bien remporté le championnat avec des moyens bien limités. Comme quoi...
    Et au niveau national, le foot n'a jamais eu autant de moyens que ces dernières années; pourtant les résultats n'ont pas suivi.

    - D'accord. Mais comment exiger des performances d'un sport, le football par exemple, et dans le même temps lui couper la bourse? Je pense aux sponsors qui se montrent plus que réticents à l'heure actuelle à l'égard de clubs.
    - Aucune entreprise n'accepterait d'associer son nom à un sport qui renvoie une image de perdant.
    Finalement, on revient à la question du management. Le problème, me semble-t-il, réside au fait que les objectifs ne sont pas précis: ou on est trop présomptueux, ou , on n'arrive pas à trouver l'adéquation entre les moyens financiers et les objectifs.
    Cette méfiance des sponsors est un mal nécessaire; elle devrait inciter les clubs à diversifier leurs ressources en gérant au mieux les recettes au guichet et profiter davantage des transactions sur le marché des transferts par exemple. Ils doivent également revoir leur gestion de fond en comble. Les improvisations n'ont plus de place; si les athlètes aspirent à devenir professionnels, il faut aussi que le management se professionnalise.

    - Les tennismen nationaux réussissent d'excellents résultats et jouent une place en zone mondiale. Pourtant, les sponsors les ignorent complètement. N'est-ce pas là un paradoxe?
    - J'en conviens. Mais comparaison n'est pas raison. Ici, le jeu économique s'applique et le sponsor qui s'engagerait avec un de nos tennismen attend un retour, une contrepartie. Malgré l'indiscutable vecteur d'images que représente ce sport, les entreprises n'arrivent pas à quantifier le feed-back. Mais les choses devraient évoluer. Je suis optimiste.

    Le fric et la démocratie dans le tennis

    Le tennis professionnel est l'un des sports où le fric circule à flots.
    Sur le plan international, on distingue plusieurs catégories de tournois. Satellite, challenger, Grand Prix..., et les quatre mammouths du grand chelem: Fleshing Meadow aux Etats-Unis, Wimbledon à Londres, Roland-Garros à Paris et les internationaux d'Australie à Melbourne. A eux seuls, les tournois majeurs du circuit représentent l'essentiel des gains mis en jeu annuellement. Une victoire dans l'un de ces tournois rapporte autant, sinon plus (en intégrant les recettes de contrats publicitaires) que l'ensemble de petits tournois réunis. Le niveau des tournois dépend du "price money", c'est-à-dire du montant de la prime allouée par les organisateurs. Sur la base de cette allocation, la Fédération attribue à chaque tournoi un nombre de points correspondants qui déterminent le classement des joueurs. Ce price-money est partagé entre les joueurs suivant un barème établi par la Fédération internationale. Et c'est en fonction de ses gains sur le circuit qu'un joueur évolue au classement. L'objectif est d'inciter les gros calibres du circuit à s'engager dans les tournois. Le Grand Prix Hassan II oscille autour de 200.000 Dollars US, et il est difficile d'attirer les joueurs du top-ten.

    A l'inverse, d'autres tournois, plus ou moins équivalents, voire moins dotés que le Grand Prix, attirent les meilleurs joueurs de la planète. Ceci s'expliquerait par une pratique occulte mais diablement efficace: les organisateurs accordent des garanties aux participants les mieux classés. Même s'ils sont prématurément éliminés, ils sont assurés de toucher un minimum variable suivant leur rang. Cet argent se négocie au-dessous des tables avec les managers des joueurs. André Agassi avait exigé par exemple 100.000 Dollars pour participer au Grand Prix Hassan II en 1995.
    Aux organisateurs, la présence de stars sur le circuit assure l'engouement des sponsors, et donc de la télévision.
    Jadis cataloguée comme sport élitiste, le tennis tend à se démocratiser grâce à la dynamique de loisirs. Il y a de plus en plus de pratiquants (8.000 licenciés à la Fédération) et davantage de clubs (72 au total).
    La poursuite d'une carrière professionnelle nécessite évidemment des moyens financiers: selon M. Banon, président de la commission technique de la FRMT, un joueur de haut niveau nécessite en moyenne 450.000 Dollars par saison.

    Abashi SHAMAMBA.

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