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    Younès El Aynaoui, Karim Alami, Hicham Arazi et Mehdi Tahiri : Les quatre mousquetaires racontés par leurs parents

    Par L'Economiste | Edition N°:196 Le 21/09/1995 | Partager


    Nos tennismen qui s'apprêtent à disputer le droit d'entrée dans les seize meilleures nations du monde sont décrits comme des gagnants. Malgré leurs performances, il y a lieu de s'étonner de l'indifférence des sponsors nationaux qui tournent le dos à ces jeunes talents.

    · Younès El Aynaoui, le plus technique

    A 25 ans, Younès El Aynaoui, 135 ème joueur mondial, négocie le tournant de sa carrière. En 1994, il est arrivé au 48ème rang mondial. Aux dires de ses parents, sa prestation à Roland-Garros 95 l'a définitivement transcendé (sorti en 1/8ème de finale par André Agassi). "C'est la plus belle performance de sa carrière", confie avec émotion son père, M. Boumédiene El Aynaoui. Depuis lors, son capital-confiance s'est considérablement accru et le joueur a gagné en régularité. Ses dernières prestations dans les tournois confirment cette prise de conscience en ses moyens. Son retour de service et sa présence physique représentent les armes principales de Younès. Malgré sa grande taille, le joueur est doté d'une excellente mobilité sur le court. Sa marge de progression reste importante. Il apparaît probablement comme celui qui possède le plus d'arguments au plan technique.

    Formé au même camp qu'Agassi et Pete Sampras


    Celui que la presse avait surnommé le "SDF" du circuit professionnel pendant la quinzaine de Roland-Garros dégage une simplicité déconcertante et un calme olympien. Pour se rendre à Roland-Garros, il empruntait le métro.
    Aussi incroyable que cela puisse paraître, Younès n'a le soutien d'aucun sponsor. Seule exception: la RAM, qui lui concède des titres de transport pour ses déplacements. "Les entreprises n'ont pas encore acquis le réflexe du sponsoring", précise M. El Aynaoui qui déplore cette démission des firmes marocaines. Du coup, la famille consent d'énormes sacrifices afin de rassembler le million de DH en moyenne annuelle que nécessitent les entraînements, l'équipement et autres charges du joueur.
    Très jeune déjà, Younès pratiquait le tennis; à 7 ans, il effectue ses premiers échanges de balles. Cinq ans plus tard, il participe aux premiers tournois. Il a effectué plusieurs stages en France et aux Etats-Unis dans le célèbre camp de Nick Bollettieri, d'où sont sortis Agassi et Pete Sampras, actuellement 1er et 2ème mondiaux au classement ATP.
    Le choix de Younès de faire du tennis son métier a été respecté par ses parents. Même quand il fallait quitter le lycée Descartes, l'arbitrage était vite fait malgré quelques réticences au départ. "Toute la famille l'a conforté dans son choix, et nous avons été surpris par sa progression", confie M. El Aynaoui.

    · Hicham Arazi, le plus "étranger" de l'équipe

    Fils d'un moniteur de tennis, Hicham Arazi, âgé de 22 ans, a bénéficié dès son plus jeune âge des conseils d'un professionnel.
    Son père, résidant en France, spécialiste en la matière, découvre en son fils les qualités d'un tennisman. A 4 ans, il aimait déjà le tennis et le pratiquait. Le jeune Hicham quitte l'école en 3ème année de la Mission Française pour se consacrer au tennis.
    Excellent revers, bon coup droit, toucher de balle impeccable et bonne vision du jeu constituent les points forts de Hicham, précise son frère. Ce dernier décrit son cadet comme un personnage "calme, peu agressif et très sociable".
    En 1995, Hicham Arazi a été finaliste dans un tournoi en Allemagne, finaliste en Tchécoslovaquie, demi-finaliste au tournoi de Montogan en France et finaliste aux Etats-Unis.
    La performance la plus marquante de sa carrière est sa victoire au tournoi de Dubai en 1995 contre Novatcheck, classé 26ème au niveau mondial.

    Réinvestissement des gains


    Actuellement, Hicham Arazi est entraîné par l'Italien Alberto Kastellani. Jusqu'au Grand Prix Hassan II, il partageait le même entraîneur avec Karim Alami. Question d'amoindrir le coût. Car l'engagement d'un coach n'est pas toujours chose possible, les charges sont lourdes à supporter. Il faut trouver entre 700 et 1.000 Dollars par semaine pour sa rémunération.
    Comme ses camarades de la sélection, Hicham n'a pas de sponsor au niveau national. Sa famille est donc obligée de tout payer (entraînements, déplacements, équipements...).
    Pour s'en sortir, Hicham réinvestit tout ce qu'il gagne dans les tournois afin de pouvoir réaliser le programme de la saison.
    Nul n'étant prophète chez lui, c'est en Autriche qu'il a décroché dernièrement un contrat avec la maison Head qui lui fournit les raquettes et Adidas les maillots. En 1993 et 1994, le Ministère chargé de la Communauté Marocaine à l'Etranger lui a accordé une subvention annuelle de 100.000 DH.
    Les relations du joueur avec la Fédération Royale Marocaine de Tennis (FRMT) sont restreintes. "Etant la plupart du temps en voyage pour des tournois, Hicham n'entretient que des rapports limités dans le temps avec la Fédération". Selon sa mère, cette dernière ne cherche pas non plus à suivre le joueur de près. "Le rôle d'une Fédération est de suivre les joueurs, de les soutenir, ne serait-ce que sur le plan moral si ce n'est financier".
    Mme Arazi exprime le souhait de voir un jour le tennis se développer au Maroc et qu'il devienne professionnel. Elle espère également que les entreprises se manifestent pour aider ces jeunes joueurs marocains qui représentent leur pays et qui méritent par conséquent le soutien de tout le monde.

    · Karim Alami: Le plus musclé

    Avec sa corpulence, Karim Alami aurait pu faire un bon boxeur, voire un excellent catcheur capable de rivaliser avec les redoutables Américains.
    Actuellement 83ème à l'échelon mondial, Karim Alami, âgé de 22 ans, a été champion du Maroc séniors à 16 ans. Résistant, il lui arrive toutefois d'être nerveux par moments et de s'impatienter dans le jeu. Son côté mental reste donc perfectible. Mais cela n'enlève en rien au fait qu'il a vaincu Pete Sampras, alors n°1 mondial, au tournoi de Doha (Qatar): la plus grande performance de sa carrière qui a ébahi tout le monde en commençant par le père du joueur, Omar Alami, qui gère également la carrière de son fils. En fait, ils se partagent la tâche: le père s'occupe du côté juridique et financier, alors que le fils se consacre à son entraînement et établit la programmation de l'année.

    Entre 600.000 et 1,2 million de DH par saison


    Pour M. Alami, lorsqu'il fallut faire le choix entre l'école et la carrière professionnelle dans le tennis, l'arbitrage fut très difficile. Après avoir tenté l'expérience de concilier les études et le tennis en France, il a décidé, sur conseil de MM. Bruguera et Hagelauer de tester Karim sur une durée de 2 ans avant un retour éventuel aux études. Etant convaincu des capacités tennistiques de Karim, M. Alami décide de le laisser suivre sa carrière professionnelle.
    Les coûts de gestion restent cependant très lourds. Les frais de déplacements et d'équipements peuvent aller jusqu'à 600.000 DH en cas de non-engagement d'un entraîneur. Sinon, ils peuvent avoisiner le double chaque saison. Le contrat de sponsoring avec Van Gils étant arrivé à échéance, Karim Alami ne bénéficie aujourd'hui d'aucun sponsor. "Les entreprises marocaines confondent sponsoring et mécénat", dit M. Alami, scandalisé de voir les sociétés assimiler cette forme de communication à une aide et non comme un investissement à long terme dont elles tirent profit. Pour M. Alami, une chose est sûre: si Karim peut s'attacher un entraîneur de haut niveau, il ne peut que progresser et réussir des performances meilleures.
    Quant à la Fédération, M. Alami pense que, malgré sa bonne foi, elle n'est pas en mesure financièrement de s'impliquer dans l'encadrement des joueurs. "La Fédération pourrait attribuer à nos joueurs nationaux un entraîneur pour contribuer à hisser le niveau et les ramener à un classement qui honore le Maroc".
    A propos de la Coupe Davis, M. Alami ajoute que nos tennismen sont bien préparés même s'ils manquent d'expérience face à leurs adversaires français.

    · Mehdi Tahiri, le plus jeune

    Le plus jeune de nos joueurs n'a que 18 ans. Et à l'âge de cinq ans déjà, il tapait dans la balle jaune. Pour autant, le jeune Mehdi n'en est pas moins ambitieux et tenace. A 14 ans, Mehdi Tahiri faisait déjà partie du team Maroc de la Coupe Davis et fit son entrée dans le classement ATP. C'était en 1991. Ses parents ont tranché par la suite en envoyant leur fils suivre un stage d'entraînement de 6 mois à la célèbre académie des Bruguera à Barcelone, les as de la terre battue. Objectif: avoir un diagnostic du potentiel tennistique de Mehdi. La réponse fut affirmative. Etant convaincu de ses capacités, Mehdi décide de quitter le lycée non sans avoir auparavant décroché son brevet. Il a effectué de nombreux stages aux Etats-Unis pour se mesurer aux meilleurs.

    Progression très rapide


    La progression de Mehdi sera très rapide. Le jeune Marocain atteint la finale à l'U.S. Open juniors dès sa première participation en 1994, sa plus grande performance depuis son entrée dans le circuit pro.
    Chaque année, ses parents doivent trouver 40 millions de centimes pour couvrir les frais de déplacement et de rémunération du coach de Mehdi. Heureusement, le CIH (Crédit Immobilier et Hôtelier) apporte une partie. Selon Mme Tahiri, Mehdi attend toujours que la FRMT (Fédération Royale Marocaine de Tennis) le convoque pour participer à la Coupe Davis. "Ils sont 4 nationaux à jouer cette Coupe", déclare la mère de Mehdi frustrée de voir toujours son fils compter en dernier lieu.
    Jihane RACHIDI

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