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    Un million de morts en 100 jours : Rwanda: Le 3ème génocide du siècle

    Par L'Economiste | Edition N°:160 Le 29/12/1994 | Partager

    Le vieux tribalisme africain a débouché sur un des plus grands génocides de l'histoire humaine. Belges et Français se lancent quelques accusations autour de l'attentat qui a provoqué le drame.

    En 1995, la crise rwandaise pourrait mettre le feu à la poudrière en Afrique du centre. Deux millions de Rwandais fuyant le génocide qui a suivi la mort du président - Hutu - Habyarimana dans un attentat perpétré en avril 1994, se sont réfugiés en Tanzanie, au Burundi et surtout au Zaïre remettant en cause tous les équilibres régionaux. En cent jours, un million de Tutsis et de Hutus de l'opposition ou originaires du Sud ont été exterminés: c'était le troisième génocide du siècle. La volonté des miliciens était sous tendue par un projet politique précis, "éradiquer" les Tutsis du sol rwandais, tuer jusqu'aux enfants pour ne pas susciter ces groupes de réfugiés qui, un jour, pourraient avoir la tentation de revenir, de reprendre la guerre comme l'avait fait le Front Patriotique, composé d'enfants de réfugiés et d'opposants hutus.

    "Etienne"

    Les responsables du déclenchement des événements ne sont peut-être pas cependant à rechercher en Afrique. Les circonstances de l'attentat qui a coûté la vie au président Habyarimana ont été occultées par le drame immédiat. Cependant, de nombreux témoignages recueillis à Kigali et auprès d'expatriés belges ramenaient toujours vers des pistes convergentes: la rumeur attribuant aux Casques bleus belges la responsabilité de l'attentat émanait de source française à Kigali. Vers la mi-juin, alors que la France préparait l'Opération Turquoise, sorte de couverture humanitaire pour une opération politico-militaire, un message me parvint, provenant d'un "chef de milice à Kigali". L'auteur assurait que l'attentat contre l'avion avait été le fait de quatre membres de la Coalition pour la Défense de la République, rassemblant des extrémistes hutus, assistés par deux militaires français, dont l'un s'appelait "Etienne". Délibérément, disait la missive, ces hommes "avaient fait porter le chapeau aux Belges".

    Un chapeau lourd à porter. Les effets de l'exode qui s'est ensuivi se feront durablement sentir dans le pays et chez ses voisins. Déjà au Rwanda, l'afflux d'"anciens réfugiés" revenus du Burundi mais aussi d'Ouganda a pratiquement "gommé" les effets du génocide sur le plan démographique. On estime à un million les nouveaux-venus dans ce pays déserté par deux millions de Hutus. Un gage de sérieux problèmes politiques pour le nouveau régime.

    Demain, un grand nombre de réfugiés rwandais établis en Tanzanie s'installeront vraisemblablement dans les provinces du Nord sous-peuplées décimées par le Sida.

    C'est au Zaïre que les conséquences de tragédie rwandaise seront les plus éclatantes 800.000 réfugiés dans la région de Goma, 300.000 autres autour de Bukavu - dont les principaux cadres de l'appareil politico-militaire de l'ancien régime - risquent de modifier totalement l'équilibre démographique, politique, sinon militaire de l'Est du pays. D'ores et déjà, les réfugiés hutus se sont installés dans des villages du Nord de Kivu, chassant les populations autochtones vers les villes et menaçant les éleveurs tutsis qui produisaient là la meilleure viande du Zaïre. En de nombreux endroits, les réfugiés rwandais sont plus nombreux que la population locale.

    Si l'ancienne armée rwandaise - qui ne manque ni d'armes ni d'instructeurs étrangers décide d'une reprise de la guerre, toute la région risque d'être impliquée. Une éventuelle reprise de la guerre pourrait provoquer, aux côtés de l'Armée Patriotique rwandaise, l'intervention de l'armée du Burundi, sinon l'engagement de l'Ouganda. Le feu s'étendrait ainsi sur toute l'Afrique des Grands Lacs, l'une des régions les plus peuplées et les plus dynamiques du continent. Seuls les travaux et les enquêtes d'un tribunal international pourront, éventuellement, tirer au clair les responsabilités dans l'attentat qui déclencha le troisième génocide du siècle et identifier les commanditaires d'une opération dont l'Afrique n'a pas fini de subir les conséquences.

    Fin 1994, on était loin du compte: aucune enquête sérieuse n'avait encore été entamée. "Etienne" était bel et bien le nom de code d'un instructeur de tir français ayant travaillé au Rwanda. Mais faute de volonté politique, les investigations menées en Belgique ont cessé. Le Tribunal International destiné à juger les auteurs du génocide a réduit ses ambitions et aucun responsable, aucun exécutant des massacres n'avait encore été inquiété, nulle part dans le monde.

    Colette BRAECKMAN,

    Le Soir, Belgique

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