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    Haïti et Cuba: Destins croisés

    Par L'Economiste | Edition N°:160 Le 29/12/1994 | Partager

    Haïti et Cuba ne partagent que le bleu de la Mer des Caraïbes. Haïti fut la locomotive du train de l'indépendance coloniale et Cuba son wagon de queue. Aujourd'hui, l'ordre est inversé.

    Jean Bertrand Aristide, élu président d'Haïti il y a quatre ans, n'a pas encore mené à bien, en réalité, une seule année de son mandat, un coup d'Etat qui a fait beaucoup de bruit l'ayant exilé à Washington. Il a été autorisé en 1994 à rentrer chez lui, afin d'accomplir sa dernière année. Mais avant de revenir, il a dû promettre de ne pas briguer une seconde fois la présidence de son pays.

    A quelques milles marins de Haïti, Fidel Castro, le dirigeant cubain, est sur le point de terminer sa 35ème année de pouvoir, où il accéda en 1959 grâce aux armes, à l'insurrection populaire et à l'immense turpitude du sergent Fulgencio Batista.

    Voici donc les deux visages du canevas politique dans les Caraïbes, qui se caractérise par son absence quasi-permanente du monde de la communication. Sans Cuba et Haïti, le monde entier prendrait les Caraïbes pour un domaine de vacances, fait de plages paradisiaques et de savoureux cocktails.

    Les conditions requises pour qu'Aristide, surnommé "Titide" par les Haïtiens, puisse regagner son pays étaient fixées par la Maison Blanche. Ce ne fut donc qu'après avoir accepté toutes les exigences de ses amphitryons que l'homme put effectuer ce retour tant attendu.

    Lorsque Titide avait été "intronisé" sur le siège présidentiel en 1991, le peuple s'était rapproché de lui jusqu'à le toucher, comme s'il s'était agi d'un dieu. Trois ans plus tard, ce même peuple l'a contemplé de loin, derrière les grilles hautes et noires du palais. Et pour couronner le tout, Aristide s'est adressé à la foule protégé par une vitre blindée.

    Haïti et Aristide reflètent l'image d'un pays où, en règle générale, rien ne bouge sans l'approbation américaine. Enfreindre cette loi, c'est s'exposer à des conséquences fort désagréables: Aristide le savait et même s'il est de retour, rien ne sera plus comme il y a trois ans.

    "Avalanche", le mouvement qui s'était appuyé sur lui afin de tenter de faire accéder le peuple au pouvoir, était au bord du désespoir après avoir résisté, trois ans durant, aux attaques répétées des putschistes.

    Aujourd'hui, tandis que les Haïtiens attendent ardemment l'aumône internationale, les Cubains semblent déterminés à persévérer dans leur empoignade avec les Etats-Unis. C'est d'ailleurs loin d'être une plaisanterie: 35 ans de révolution et 33 ans de sanctions économiques ont forcément abouti à des relations pétries de rancune.

    Entre les deux vient se greffer la disparition de l'URSS et de son socialisme d'Etat. Depuis lors, le leader cubain a entrepris une série de réformes économiques qui, malgré toutes ses particularités, ressemble fort à un marché de libre-échange.

    L'idée du président Fidel Castro et de son équipe d'économistes dirigée par Carlos Lage (un pédiatre de 44 ans) est calquée sur les systèmes chinois et vietnamien où l'économie se colore d'une sorte de capitalisme d'Etat tandis que le système d'organisation politique est préservé.

    La nouvelle loi sur les investissements étrangers est tellement accrocheuse que dans chaque avion qui se pose à Cuba se trouve un investisseur potentiel.

    On y rencontre des Chinois, des Coréens, des Taïwanais, des Australiens, des Européens, des Latino-Américains, bref, toutes les couleurs et de quoi satisfaire tous les goûts. Ils y viennent tous, y compris certains entrepreneurs américains qui, au désespoir de ne pouvoir participer à la répartition du gâteau cubain, tentent de jeter des bases qui leur permettront d'être pris en considération, une fois les sanctions levées.

    L'industrie touristique est un signe révélateur du nouveau tournant économique négocié par Cuba. Son importance est telle qu'elle sera, en 1995, la principale source de devises (environ 900 millions de Dollars), prenant ainsi la place de l'industrie sucrière aujourd'hui en sérieux déclin. Mentionnons aussi la prospection pétrolière (sept compagnies étrangères avec contrats de risque), le ciment, le verre, les textiles, le nickel et les agrumes. Outre une loi alléchante sur les investissements étrangers, Cuba propose également à ses "partenaires" potentiels une main-d'oeuvre qualifiée, mais surtout la "stabilité politique et sociale".

    A bien y réfléchir, le défi ne présente que peu de difficultés, car il est fort possible que ce bastion du socialisme latino-américain parvienne à survivre avec son système de parti unique, malgré ses faiblesses, grâce aux investissements étrangers et en dépit des Etats-Unis.

    Josetzo Zaldua,
    La Jornada, Mexico

    Josetzo Zaldua a été correspondant de "La Jornada" à Managua et au Nicaragua. Aujourd'hui, il est correspondant itinérant de ce même quotidien en Amérique centrale et dans les Caraïbes.

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