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    Economie

    Un atlas de l'immigration maghrébine en Espagne

    Par L'Economiste | Edition N°:238 Le 11/07/1996 | Partager

    Pour la première fois une équipe de spécialistes espagnols et marocains étudient de manière scientifique et exhaustive le phénomène de l'émigration marocaine en Espagne.


    "Nous nous trouvons devant un livre essentiel", préface l'écrivain espagnol Juan Goytisolo. "L'Atlas de l'immigration maghrébine en Espagne" dédramatise de manière efficace le sentiment d'insécurité suscité par les nouveaux courants migratoires. Il analyse région par région les problèmes posés par ceux-ci et leurs possibles solutions (...). Comme dans d'autres pays communautaires, ces musulmans sont venus s'intégrer dans notre société avec leurs culture et coutumes. L'Espagne ne peut échapper à cette règle européenne qui s'inscrit, de plus, dans son histoire: nos villes sont et seront de plus en plus métissées".

    L'initiative et la direction de cette originale publication reviennent à un spécialiste espagnol, Bernabé Lopez Garcia, dont la biographie en dit long sur sa connaissance des deux rives méditerranéennes.
    Professeur d'Histoire contemporaine du Monde Arabe à l'Université Autonome de Madrid et professeur d'Histoire Contemporaine d'Espagne à l'Université de Fès, Bernabé a travaillé plus de deux ans à son oeuvre: l'idée de publier L'Atlas de l'immigration maghrébine en Espagne a surgi de la nécessité de rassembler et condenser un maximum d'informations sur le sujet et d'en rendre la lecture facile et, si possible, attractive.

    Les registres des Consulats

    Les dizaines de cartes, tableaux et encadrés qui illustrent la plupart des 300 pages de l'ouvrage permettent effectivement une lecture pédagogique d'une étude, sinon exhaustive, du moins extrêmement rigoureuse. Les équipes de spécialistes analysent non seulement les mouvements migratoires entre le Maroc et l'Espagne (dans les deux sens), leur histoire, leur évolution, les spécificités dans chaque communauté autonome d'Espagne, mais aussi le problème de la coopération au développement comme alternative à l'exode, l'intégration culturelle et les effets de l'émigration marocaine sur les régions d'origine.
    "L'immigration est un point de rencontre fondamental pour comprendre les relations entre l'Espagne et le Maroc. L'Espagne doit faire un effort pour les comprendre et le Maroc pour les appuyer", explique l'auteur, interviewé lors de la présentation de son livre à l'Association des Journalistes Européens à Madrid. "En Espagne, le phénomène de l'immigration est encore minoritaire, contrairement au reste de l'Europe du Nord. Ce qui présente l'avantage de pouvoir en parler sans que cela ne soulève des polémiques et que cela devienne l'objet de démagogie électorale".

    L'originalité de cette étude, financée par la Direction Générale des Migrations du Ministère espagnol des Affaires Sociales, ainsi que par l'Université Autonome de Madrid, et à laquelle ont participé des dizaines de chercheurs espagnols et marocains, consiste notamment dans la richesse des sources. "Pour la première fois, nous avons eu accès aux registres des Consulats marocains de Madrid, Barcelone, Canaries et Malaga", explique le directeur de recherche. "Pour reconstruire l'histoire de la colonie marocaine en Espagne, les données officielles espagnoles n'offrent que peu d'intérêt car elles ne reprennent qu'un quart, voire un cinquième, de celle-ci".

    En décembre 1990, quelque 16.650 résidents ont été officiellement recensés, tandis que le nombre d'illégaux apparus lors du processus de régularisation de 1991 s'élève à un total de 56.000. "D'où l'intérêt de recourir à une autre source d'information", conclut Bernabé, "telle que les registres consulaires marocains en Espagne qui reprennent une bonne partie des illégaux et permettent de voir l'évolution de la distribution entre les différentes régions et provinces d'Espagne". D'après ces données, il ressort que les 60.000 inscrits jusqu'en 1990 se répartissent de la manière suivante entre les différents consulats: environ 45% à Barcelone, 25% à Madrid, 20% à Malaga et 5% aux Canaries.

    De très didactiques cartes colorées combinent, dans le chapitre 5, la répartition entre les différentes régions d'Espagne avec les zones d'origine des émigrants, principalement le Nord du Maroc. Une autre carte donne la spécialisation socio-professionnelle des Marocains en Espagne, en fonction du lieu de résidence, et du lieu d'origine. On notera que les principaux secteurs d'activités d'immigrants marocains sont: l'agriculture, l'élevage, la construction et les services domestiques, suivis de loin par le commerce, l'hôtellerie, l'industrie et la pêche.

    Apport de devises

    Bernabé et Angeles Ramirez étudient dans le chapitre 7 les transferts d'argent des immigrants vers leur pays d'origine, et les variations de fréquence et quantité en fonction de la régularité du salaire de l'émigrant et de sa situation familiale. L'étude montre notamment l'énorme différence entre les sommes transférées par les ressortissants du Maroc et d'Algérie: les Marocains transfèrent 5 fois plus d'argent que les Algériens vers leurs pays d'origine. Les deux pays comptent pourtant une population équivalente d'émigrants. Les auteurs évoquent plusieurs raisons pour expliquer ce phénomène: le fait que l'Algérie possède d'autres sources pour obtenir des devises telles que les exportations d'hydrocarbures et les rigidités des taux de change.
    "La totalité des transferts de plus d'un million de Marocains à l'étranger", concluent les experts, "équivaut à une quantité de devises supérieure à celle produite par l'exportation de phosphates et du tourisme. Et en 1990, celle-ci est supérieure aux investissements étrangers et à l'aide au développement".

    Un chapitre entier est également consacré aux répercussions de l'émigration sur la croissance urbaine et l'activité économique de certaines villes d'origine comme Nador, Tétouan et Tanger.

    Pascal BOURGAUX,
    notre correspondante à Madrid


    "Atlas de l'Immigration maghrébine en Espagne", sous la direction de Bernabé Lopez Garcia, édité par l'Université Autonome de Madrid, 1996 (n'existe qu'en version espagnole).

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