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    Economie

    Emploi et chômage : Le mal résiste à la multithérapie

    Par L'Economiste | Edition N°:238 Le 11/07/1996 | Partager

    Flexibilité du travail, croissance durable... la lutte contre le chômage ressemble à la stratégie appliquée aux pathologies invincibles: des remèdes juste pour soulager.

    Si l'on en croit les projections établies par les experts du CNJA, il arrivera en moyenne près de 293.000 personnes chaque année sur le marché de l'emploi pour la période 1996-2.000 (213.000 en milieu urbain et 80.000 dans les zones rurales). Tous les experts conviennent qu'il n'existe pas de remède efficace qui puisse endiguer le fléau. Ils estiment en revanche qu'une détente sur le marché de l'emploi passe par une dynamique de croissance "durable et soutenue" et l'amélioration de l'environnement de l'entreprise. Ceci est d'autant plus vrai que contrairement aux pays industrialisés, la croissance économique au Maroc continue d'être générée par des activités à faible composante technologique, explique le Pr Larbi Jaïdi de l'Université Mohamed V de Rabat. Reste qu'à trop dépendre de la météo et donc de la campagne agricole, la croissance perd en régularité. Du coup, ces fluctuations limitent les incidences sur les créations d'emplois, les entreprises interprétant un taux de croissance élevé comme un simple rattrapage, précise M. Jaïdi. En conséquence, celles ayant une gestion des compétences modifient peu ou prou leurs effectifs.

    De son côté, la CGEM (Confédération Générale des Entreprises Marocaines), tout en prônant une "vision globale", ne jure que par la flexibilité: le recours à la flexibilité de l'emploi reste le seul choix susceptible de préparer les entreprises viables à la compétitivité internationale, suggère le patronat dans un mémorandum récemment remis au Premier ministre. "Certes, elle va entraîner dans un premier temps des pertes d'emplois..., mais l'expérience a démontré, poursuit l'Organisation patronale, que cette flexibilité est génératrice d'emplois dans une seconde phase". La CGEM vient en outre de proposer l'institutionnalisation de la retraite anticipée à 55 ans "afin de libérer des places aux jeunes".

    Prime à la médiocrité


    Il est à noter que l'employeur a l'obligation de remplacer tout départ en retraite tout en restant libre quant au profil du remplaçant.

    A la limite, souligne M. Jaïdi, c'est un faux débat car la flexibilité ne doit pas constituer la seule réponse. "La question de l'emploi est plus complexe que cela". ll faut demeurer prudent, soutient le Pr Jamaleddine Tebbaâ: "dans la mesure où elle contribue à rendre plus fluide le marché du travail, la flexibilité est utile". Elle ne doit pas en revanche tenir lieu de prime à la médiocrité, prévient-il.

    Même si elle n'est pas légalisée, la flexibilité du travail est largement pratiquée dans les entreprises qui recourent massivement à une main-d'oeuvre volante (bâtiments, T.P, agriculture, textile, etc...). En fait, il ne reste qu'à lui conférer un caractère institutionnel "assis sur une convention qui préserve les intérêts à la fois des salariés et de l'employeur". De ce point de vue, il semble que les acteurs économiques ont peur d'innover: les syndicats considèrent que la rénovation du code du travail se fera au profit de l'entreprise en lui ouvrant la porte au licenciement à tout bout de champ. Pour leur part, les entreprises abusent d'une main-d'oeuvre sous-qualifiée à statut précaire, pour se "prémunir contre la rigidité de la réglementation du travail". Du côté du patronat, on considère que le projet de code ne va pas assez loin. Il avait même été qualifié de code pénal. Selon la CGEM, toute réforme devrait tendre vers le maximum de souplesse dans de la gestion de la main-d'oeuvre, traduisez: la suppression de l'autorisation administrative de licenciement économique.

    Déficits sociaux


    Par ailleurs, l'Etat devra continuer à assumer son rôle de régulation de l'économie. A trop se focaliser sur la réduction des déficits publics, au demeurant capitale pour créer les conditions de croissance, la politique économique en arrive "inconsciemment" à relativiser les déficits sociaux. Si l'Etat ne doit pas être considéré comme un agent pourvoyeur d'emplois, il est en revanche interpellé sur les déficits sociaux de façon encore plus importante, souligne le Pr Jaïdi. Sur la question des déficits, il y a parfois de fausses appréciations, dit-il. "Dans l'absolu, un déficit n'est pas forcément une mauvaise chose à partir du moment où il existe une batterie d'indicateurs permettant d'apprécier le seuil tolérable". Sans tomber dans le laxisme, l'Etat peut se donner les moyens de la flexibilité de la politique budgétaire, explique le professeur. "Il ne faudrait pas changer de cap, mais il ne faut pas non plus considérer qu'en réglant la situation macroéconomique, le reste suivra naturellement", ajoute-t-il. Au contraire, les actions doivent être menées simultanément sur les deux tableaux en accordant autant de vigueur et de détermination à la maîtrise des déficits sociaux qu'à celle des finances publiques.

    Abashi SHAMAMBA


    Marché du travail

    L'intermédiation, ce chaînon manquant


    La conception classique du marché de l'emploi ne peut être appliquée à la situation marocaine, estiment les experts. D'abord parce qu'il est partagé en plusieurs segments diversifiés. Ensuite, et même s'il existe une demande et une offre qui s'y expriment, le marché souffre d'une absence de structure d'intermédiation. C'est l'une des carences les plus criantes du marché du travail, explique le Pr Jaïdi. Pas étonnant donc que la plupart des jeunes déclarent trouver leur premier emploi grâce aux relations familiales. Ces mécanismes de soutien et de solidarité familiale présentent des avantages, certes, mais ne privilégient pas forcément les critères de compétence et du mérite. L'équation devient plus compliquée lorsqu'ils s'étendent à l'Administration, souligne M. Jaïdi. "Il y a donc urgence de la modernisation des structures d'intermédiation". Celles-ci devraient non seulement recenser les offres et les demandes d'emplois, mais assurer leur mise en relation. Enfin, l'absence d'un organisme d'intermédiation introduit un biais dans les données du marché: en période de baisse de conjoncture économique, une partie de la population active féminine non qualifiée retourne à l'inactivité, estimant qu'elle n'a aucune chance de trouver un emploi.

    Les organismes existants, les bureaux de placement et les C.I.O.P.E (Centres d'Intermédiation, d'Orientation et de Promotion de l'Emploi) ont prouvé leur inefficacité. Seul 1% des demandeurs d'emploi passent par ces organismes, précise un responsable à la Division des Enquêtes auprès des ménages, à la Direction de la Statistique du Ministère de la Population. En l'absence d'une indemnisation du chômage, qui inciterait les chômeurs à s'y inscrire, ces structures resteraient condamnées à l'hibernation.

    La proposition de la création d'une agence pour l'emploi formulée par le CNJA est restée sans lendemain. Pour le Conseil, cet organisme devrait assurer l'accueil, l'information, l'orientation et la reconversion professionnelle de jeunes diplômés afin de faciliter leur insertion dans la vie active. Il est notoirement établi que les jeunes demandeurs d'emploi méconnaissent le monde du travail et les techniques de recherche d'emploi. Passer un entretien d'embauche, voire rédiger une demande d'emploi se transforment en épreuves redoutables pour une partie des jeunes chômeurs, explique M. Tebaâ.

    Abashi SHAMAMBA

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