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    Economie

    Emploi et chômage : Jeunes: Faut-il brûler son diplôme ?

    Par L'Economiste | Edition N°:238 Le 11/07/1996 | Partager


    Officiellement, le taux de chômage au niveau national est établi à 16 %. Les jeunes, et de plus en plus qualifiés, représentent la catégorie la plus touchée à cause d'un décalage entre leur profil et les besoins du marché.


    Les chiffres les plus récents sur le chômage datent de 1994. Les premiers résultats du recensement avaient alors estimé le nombre de demandeurs d'emploi à 1,3 million de personnes sur un total de 8,3 millions d'actifs, soit un taux de chômage de 16% contre 10,3% cinq ans plus tôt. La non-disponibilité de données régulières sur le marché de l'emploi limite toute visibilité ou analyse du phénomène et ne contribue pas, on s'en doute, à apaiser les contestations sur le véritable niveau de chômage dans le pays.

    Tout compte fait, l'on peut constater qu'en l'espace de cinq ans, la proportion des personnes en quête d'emploi aura grimpé de plus de 5 points. Le bataillon des chômeurs semble donc inexorablement s'élargir au fil des ans, suivant ainsi la tendance observée un peu partout dans le monde. Depuis les années 80, le chômage prend ainsi une dimension quasi-universelle. Ce qui fera dire d'ailleurs à un analyste que "si la lutte contre le chômage était l'unique objectif avoué de la politique économique, très peu de gouvernements pourraient se prévaloir d'un bilan positif".

    S'agissant d'un phénomène aussi complexe et qui ne fléchit pas, les causes sont multiples et interfèrent les unes avec les autres. Même les économistes, qui discutent à perte de vue sur le sujet, ne parviennent pas à s'accorder. Ou plutôt reconnaissent pour les plus courageux d'entre eux qu'ils restent impuissants pour définir les mécanismes qui permettraient de créer autant d'emplois qu'il serait nécessaire.

    70% des chômeurs résident en ville


    Toutefois, il est utile de rappeler quelques éléments qui ont exercé une influence décisive sur le marché de l'emploi ces dernières années au Maroc: soumis à la diète du plan d'ajustement structurel pendant une décennie, l'Etat, premier employeur du pays, était forcément limité dans sa capacité de création d'emplois. De même, la sécheresse presque endémique et ses effets collatéraux sur les autres secteurs de l'économie nationale ont entamé la capacité de la demande de travail du côté des entreprises. Sur un autre registre, l'on peut mentionner également le recul des investissements publics, notamment dans le domaine du bâtiment et des travaux publics.

    De la photographie du marché du travail, il se dégage quelques tendances fortes : le chômage apparaît majoritairement comme un phénomène urbain. Selon le recensement de 1994, 70% des chômeurs étaient des citadins. La tendance s'accentue par ailleurs sous la pression migratoire de ruraux sous-qualifiés vers les grandes agglomérations en quête d'un emploi plus rémunérateur.

    100.000 diplômés sans emploi


    Deuxième constat: le phénomène est inégalement réparti entre les sexes: il y a plus de femmes au chômage (23,1 %) que d'hommes (14,1 %).

    Plus préoccupant enfin, la prédominance d'un chômage d'insertion qui frappe de plein fouet la main-d'oeuvre juvénile. Sur dix demandeurs d'emploi, huit ont un âge inférieur à 30 ans. Quatre jeunes chômeurs sur cinq sont à la recherche de leur premier emploi.

    Le taux de chômage des jeunes est largement au-dessus de la moyenne nationale, à l'exception de la tranche 30-34 ans (16,6 %). Les 20-24 ans (30,7%) sont sept fois plus touchés par le chômage que la tranche des 40-43 ans (4,3 %). Le divorce entre un contexte démographique favorable et un contexte économique défavorable joue donc à plein pour les jeunes qui débarquent du système scolaire. Le diplôme, naguère assurance tout risque face au chômage, ne constitue plus une garantie pour l'emploi. Bien au contraire, les chances de trouver un emploi sont inversement proportionnelles au niveau du diplôme. (Cf enquête sur la population active urbaine de 1993). Malgré tout, de plus en plus de jeunes sont tentés de rallonger leur scolarité, manière de différer l'entrée sur un marché du travail plutôt "hostile", et d'échapper momentanément au chômage. Un tel mouvement naturel contribue du reste à diminuer les chiffres du chômage.

    Désemparés, les chômeurs diplômés (dont de nombreux de niveau 3ème cycle, voire plus) forment le noyau des manifestants qui font régulièrement pression sur les pouvoirs publics. Selon une étude du CNJA (Conseil National de la Jeunesse et de l'Avenir), il y a un peu plus de 100.000 diplômés d'enseignement supérieur qui sont au chômage. On en arrive à un paradoxe tel que, d'une part, des jeunes qui ont du mal à trouver du travail et, de l'autre, des entreprises qui éprouvent des difficultés de recrutement. En cause, l'inadaptation entre les formations reçues et les besoins des entreprises. Le système éducatif est accusé de produire des régiments de chômeurs. "Cela fait dix ans que l'on sait que certaines formations débouchent automatiquement sur le chômage", s'étonne M. Jamaleddine Tebbâa, professeur d'économie à l'Université Hassan II de Casablanca. Le diagnostic a été fait, renchérit M. Larabi Jaïdi, professeur de sciences économiques à l'Université Mohamed V de Rabat, "inquiet" de la lenteur dans la réaction des acteurs. Il y voit même une absence de cohérence dans la gestion de la décision publique. Le CNJA, qui était au départ un acte politique important, dit-il, a réalisé un excellent travail d'identification de problèmes. Mais, déplore le Pr Jaïdi, c'est le suivi qui a fait défaut.

    S'ils conviennent du décalage existant entre l'offre et la demande de travail, les professeurs se veulent plus nuancés:" les entreprises pèchent par un schématisme squelettique en réduisant le chômage à la seule problématique de l'inadaptation". Leur comportement n'est pas non plus irréprochable: non seulement "elles ne se fixent pas d'objectifs en termes de compétences", mais elles ont tendance à fermer leurs portes aux débutants, le marché excédentaire leur garantissant l'accès à une main-d'oeuvre plus expérimentée, donc supposée rapidement productive.


    Abashi SHAMAMBA

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