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    Economie

    Tourisme: La cote d'alerte est atteinte à Agadir

    Par L'Economiste | Edition N°:9 Le 29/12/1991 | Partager

    Les inquiétudes des hôteliers, ceux d'Agadir notamment, se multiplient. Certains craignent à nouveau l'asphyxie financière. La reprise espérée de l'après guerre du Golfe n'a pas eu lieu, et les promesses en matières financière et fiscale, n'ont pas été concrétisées par les autorités concernées.


    L'INDICATEUR le plus simple et le plus significatif en matière de tourisme est le nombre de nuitées. Pour Agadir, les nuitées qui étaient en 1985, de 3,48 millions, sont tombées à 1,5 million en 1991, alors que la capacité, mesurée en nombre de lits, augmentait paradoxalement de 7 à 8,76 millions pour la même époque. Le fameux taux de fréquentation est donc passé de 48,5% en 1988 à 17,24% en 1991. Le géant anglais, Thomson Holidays, qui avait abandonné la destination Agadir pour l'été en 1985, l'a rayée de ses catalogues, définitivement, même pour la saison d'hiver. Il en a été de même pour le voyagiste danois Tjaeborg qui a été absorbé par Spies.
    La crise du Golfe n'était pas la "cause" du marasme du tourisme qui s'effondrait depuis quelques années. Elle n'a fait que porter le coup de grâce.
    En dépit de remontées saisonnières, à Marrakech durant le printemps, à Agadir durant le mois d'Août, les professionnels s'estiment encore sinistrés.

    L'impôt sur l'impôt

    Ils attendaient la confirmation des promesses de Février dernier pour l'exonération des intérêts composés sur les annuités du CIH de 1991, l'exonération des pénalités de retard sur les impôts, le report des échéances bancaires et même des allègements fiscaux. Les promesses auraient été avancées par le président du CIH en personne et le ministère des Finances. Les hôteliers attendent toujours.
    Bien plus, certaines mesures de la Loi de Finances accroissent leurs inquiétudes, en particulier la cotisation minimale.
    Par ailleurs, une ambiguïté au niveau de la TVA est à nouveau évoquée. La TVA est assise sur une base "hors taxes" par définition. Or l'administration fiscale veut inclure dans la base, le prix de la chambre, la taxe de séjour et de promotion touristique. C'est "l'impôt sur l'impôt", la superposition des taxes. Le projet de Loi de Finances prévoyait l'exonération de cette superposition pour "les hôtels à Voyageurs" et, a contrario, la confirmait pour les autres. La catégorie "d'hôtels à voyageurs" n'est pas d'ailleurs définie.

    Récemment, les hôteliers d'Agadir s'inquiétaient de cette mesure, alors qu'ils attendaient une diminution du taux de TVA, de 14%, applicable à leur activité qu'ils considèrent comme exportatrice. D'une manière plus générale, les professionnels, actuellement échaudés, estiment qu'ils sont les "vaches à traire du fisc" avec les taxes sur les boissons, sur l'accès à la piscine, les droits d'auteur, la TVA sur la nourriture servie au personnel, l'IGR sur les pourboires... En retour, il recevraient peu.
    Même les 2% de ristourne sur les taux d'intérêts, pourtant prévues par les anciens textes du CIH, à la charge du ministère des Finances ne seraient pas versées aux hôteliers.
    M. Benlahcen, de l'Association des Hôteliers d'Agadir estime que "la ville qui reçoit les produits de la TVA, les impôts locaux, doit embellir la cité, la fleurir, l'animer. En Europe, les villes ont des troupes structurées, propres à elles. Au Maroc, elles n'ont même pas un orchestre. Le tourisme est le mélange à la ville, pas le folklore, ses troupes, ses tam-tams".
    Il semble qu'en cette période de crise, les hôteliers ignorant la mode du "moins-d'Etat", cherchent au contraire la protection de "l'Etat providence", dont le soutien est sollicité. Ils réclament "une politique du tourisme", qui doit "devenir un axe de développement" "une priorité nationale", le "pétrole du Maroc".
    Les professionnels attendent de l'Etat une impulsion surtout en matière de promotion à l'étranger.

    Des exigences culturelles

    La nécessité d'une promotion "institutionnelle" est fortement ressentie . La profession hôtelière a compris qu'elle ne pouvait continuer à commercialiser le produit des années 60, "Maroc terre des contrastes" car les besoins des touristes ont changé. La durée des vacances a changé et on est passé de la "capitalisation des congés", regroupés sur 3 à 4 semaines, à un système de prises séquentielles de temps de détente et de loisirs. Le touriste européen n'a peut-être pas davantage de ressources-temps, mais il les étale. Il part donc moins loin, moins longtemps...., mais plus souvent. Sur le fonds, les vacances deviennent un style de vie. Elles ne sont plus une simple "destination", mais un lieu de vacances qui répond à des exigences culturelles précises, pour la détente physique ou psychologique. Les besoins de nature, de jeu, de communication de groupe, de fêtes nécessitent une organisation de l'environnement, de la ville, une animation publique. Les dizaines de millions de touristes se rendent en Espagne, parce que les Espagnols "font la fête" tous les soirs et qu'ils peuvent se joindre à eux.
    Et les hôteliers marocains soulignent toujours le vide culturel de leurs cités, voire les facteurs rédhibitoires comme le harcèlement ou les pratiques commerciales de certains guides et bazaristes qui ont nui définitivement au produit Maroc et contre lesquels l'Etat seul est compétent pour appliquer des sanctions.
    Le meilleur indice de cette détérioration et de l'insatisfaction du client-touriste est le "taux de retour" devenu particulièrement bas.

    Khalid BELYAZID.

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