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Economie

Témoignage: Le dur retour au pays

Par L'Economiste | Edition N°:1079 Le 13/08/2001 | Partager

. Le Maroc de la fin des années 80 à aujourd'hui, un long parcours juché d'embûches. Ne connaissant personne, le problème était résolu, je ne venais de la part de personne«QUE votre enfant a grandi!» «Ah oui, je ne m'en étais pas rendu compte». Cette réponse est souvent faite par les parents à des tierces personnes qui constatent plus facilement la croissance de leur progéniture. Trop proches d'eux, les parents ne voient pas leurs enfants grandir. L'exemple est transposable à l'évolution du Maroc où les changements ne sont pas réellement perçus à leur juste valeur. Ils sont certes lents, mais certains... Si on compare le Maroc de la fin des années 80 à celui d'aujourd'hui, on se rend compte très vite qu'il s'agit de deux mondes totalement différents. En arrivant en 1988, le Maroc de mes vacances était loin de ressembler à celui où j'allais devoir me battre pour me faire une place. J'ai compris aujourd'hui avec le poids de l'expérience que c'est le propre de l'émigration où qu'elle soit. Le phénomène est en revanche assez original puisqu'il fallait m'adapter à un pays que je croyais connaître (puisque j'en suis originaire), mais qui en vérité m'était étranger.Bien que mes parents m'aient éduquée dans le respect des valeurs marocaines, ces dernières étaient, compte tenu de la longue période d'émigration, en total déphasage avec la réalité. De plus, le poids culturel de la France pesait de toutes ses forces sur mon mode de pensée. Le contexte socio-économique du Maroc différait énormément de celui dans lequel j'avais grandi, y compris à Casablanca où le style de vie est des plus modernes. L'adaptation allait être lente et difficile. Il fallait d'abord apprendre à comprendre ce nouvel environnement avec ses référentiels. C'est là que j'allais découvrir que la religion avait un poids très relatif par rapport aux coutumes et moeurs auxquelles elle servait de prétexte, surtout pour la femme. La vie était un combat au quotidien. Il fallait déployer beaucoup plus d'énergie pour arriver au même résultat qu'en France. J'allais être également privée des agréments du confort de la vie française. C'est ainsi qu'opter pour le transport en commun devenait un enfer. Au terminus, les personnes étaient amassées et dès que le bus arrivait, il était pris d'assaut par toutes les issues, y compris les fenêtres. Un spectacle qui vous laisse bouche bée. Pour se déplacer dans une métropole comme Casablanca, l'autre alternative était d'avoir son propre véhicule. Mais à l'époque, c'était un luxe, même pour une voiture destinée à la casse. L'astuce était, en tant qu'immigrée (TME, RME, MRE), puisqu'à l'époque le statut n'était pas aussi privilégié qu'aujourd'hui, d'importer une voiture d'occasion bon marché et la dédouaner.Ensuite, il fallait entrer dans la jungle routière marocaine qui exige en fait énormément de sang-froid et de fair-play. Inutile de s'étonner à chaque feu rouge ou stop de voir des piétons et des carrioles partout: cela fait partie du paysage. Autre privilège simple de vie dont j'allais être privée: la communication. Alors qu'avoir une ligne téléphonique prenait tout au plus deux heures en France, au Maroc cela exigeait un délai minimum de deux à trois ans tout en étant «pistonné». Pour téléphoner, on pouvait utiliser les Publiphones relevant à l'époque des PTT, mais il fallait être téméraire et patient compte tenu de la foule. Louer, payer la facture d'eau et d'électricité, effectuer une formalité administrative, obtenir un passeport, tout est compliqué, sauf la capacité de recourir aux réseaux et verser des pots-de-vin. Malheureusement ou heureusement aujourd'hui, ces pratiques ne faisaient pas partie du package éducatif délivré par nos parents, ni par l'Education nationale française. De retour au Maroc à la fin des années 80, diplômes en poche, il s'agissait d'intégrer le monde du travail; là aussi, il fallait faire jouer les réseaux. Ne connaissant personne, le problème était résolu, je ne venais de la part de personne. En réalité, j'ai dû mon droit à passer les entretiens exclusivement à un CV avec des diplômes étrangers. Ensuite, mes apparences d'enfant fassi, ainsi que mon français sans accent ont fait le reste. J'ai pu ainsi intégrer le monde du travail sans aucun piston. Le Maroc de cette époque vivait dans l'ombre très étroite des réseaux, du copinage et droit de cuissage. Il était en effet traditionnel de demander: «vous venez de la part de qui?». L'esprit d'initiative et la forte personnalité qui m'avaient été inculqués par le système français, étaient très mal perçus: il fallait apprendre à être docile et à se fondre dans la masse. L'adaptation à la vie sociale fut aussi assez douloureuse. Il fallait apprendre à se débattre sur le même terrain avec des règles très différentes. Les mentalités étaient en totale déphasage avec le référentiel de base dont je disposais. Le franc-parler est très mal perçu, il fallait apprendre à communiquer en «langages codés».Aujourd'hui, j'apprécie le chemin parcouru par le Maroc, même s'il est encore loin d'être parfait. Le pays dispose d'infrastructures modernes. Le téléphone s'est banalisé. La voiture s'est popularisée. L'Administration marocaine, bien qu'elle soit toujours sujet à critiques, a beaucoup changé. Elle est plus performante et moins tatillonne. Il est possible maintenant d'avoir un extrait d'acte de naissance en un quart d'heure... Le citoyen a des droits et peut même se plaindre; avant, il n'aurait même pas osé. Le paysage de la distribution et du commerce a lui aussi beaucoup évolué. L'offre est diversifiée et les prix sont devenus plus accessibles. Derb Ghallef a fait le reste. Les conditions ne sont plus éloignées de la France. Mais, une grande tache noire persiste. Le Maroc rural des années 80, que j'ai connu, est similaire à celui d'aujourd'hui. Dans les campagnes, le temps s'est arrêté. Pis encore, il ne fait plus aussi bon y vivre, les conditions étant de plus en plus difficiles.Fatima MOSSADEQ

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