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Téléviseurs: l'industrie vaincue par la contrebande

Par L'Economiste | Edition N°:43 Le 03/09/1992 | Partager

Les industriels de la télévision ont annoncé la répercussion de la baisse des droits de douane sur les prix des postes, que, désormais, ils importeront montés. Les usines seront fermées en quelques mois. L'importation officielle devrait se substituer à la contrebande. C'est un secteur industriel qui se meurt. Il préfigure les résultats de l'ouverture des frontières et des ajustements structurels, que des entreprises, autrefois protégées dans un marché étroit, ne peuvent supporter.

C'EST un déchirement" , dit un patron; "une grande amertume" , dit un autre, que de cesser une activité industrielle pour devenir uniquement distributeur. Les entreprises de montage ou d'assemblage de téléviseurs couleur ont commencé à arrêter leurs chaînes. D'ici 12 à 18 mois, plus aucun téléviseur couleur ne sera produit au Maroc. Ces derniers jours, le GICEL, Groupement des Industriels et Commerçants d'Electronique, annonce, à coup de larges communiqués de presse, sa dernière bataille, bien commerciale. Ses membres rappellent qu'ils restent les "représentants officiels" des "marques prestigieuses", ce qui sous-entends qu'il existe de véritables représentants "officieux" des mêmes marques. Pour preuve, le nombre de téléviseurs ou de magnétoscopes, amoncelés dans les magasins de Fnideq ou de Casablanca, du côté de Derb Ghalef. La contrebande, et c'est une première, est explicitement dénoncée: le GICEL lance une "mise en garde contre les produits de contrebande sans aucune garantie de qualité et de service". La signature du GICEL est renforcée par des marques sur les communiqués. La présence de Grundig figure à côté de Thomson, Radiola, Toshiba, Daewoo, Samsung, Siera, Hitachi et OSAKA. Un absent de "marque": Philips.

70.000 T.V. en contrebande

Mais l'objectif du communiqué est d'annoncer un "engagement": celui de faire bénéficier les consommateurs "intégralement de la récente baisse des Droits de Douane". Car les membres du GICEL auraient pu s'entendre pour maintenir les prix actuels. Les droits de douane abaissés diminuant le prix de revient, la marge en aurait ainsi été améliorée. Mais ceci n'est pas le but de l'opération.
Si l'administration a concédé, il y a quelques semaines, des baisses sur les droits de douane, c'est pour que les prix baissent, que le secteur officiel devienne compétitif par rapport à la contrebande. La baisse des droits de douane affecte, certes, le CKD, à destination d'un hypothétique montage, ou des services entretien: le taux passe de 7,5% à 2,5%. Mais c'est sur le téléviseur monté que la baisse, de 40% à 17,5%, est la plus forte: 22,5 points.
D'où la nécessité d'importer et distribuer des produits finis, à des prix réduits: les représentants s'y sont engagés pour obtenir ces baisses.
Quant à l'Administration, elle a dû faire ses calculs. Si le secteur officiel vend plus, ce seront des droits de douane réduits, mais multipliés par un plus grand nombre de téléviseurs qu'elle percevra. C'est le vieux procédé fiscal qui consiste à baisser les taux pour augmenter l'assiette. Car le secteur officiel ne vend aujourd'hui que 60.000 téléviseurs couleur par an, un chiffre resté stable depuis 3-4 ans.

Industrie sacrifiée

Le marché marocain serait de 130.000 téléviseurs. Autrement dit, la contrebande se serait engouffrée à raison de 70.000 téléviseurs par an et a profité totalement de l'augmentation du marché. Surprenante évaluation d'une activité par définition incontrôlée. "C'est simple, répond M. Mohamed Tazi, Président du GICEL, chacun des représentants a interrogé sa maison mère sur les ventes à Sebta". La contrebande dispose donc, d'une véritable part de marché, supérieure à celle de l'ensemble des industriels et distributeurs réunis, que ceux-ci veulent reconquérir par les prix.
La contrebande restera encore moins chère, de 10 à 15%, selon la marque. Le consommateur pourrait considérer que ce différentiel paye la garantie, le service après vente (la plupart des représentants refusent d'entretenir les téléviseurs introduits en contrebande). "Des améliorations de nos parts de marchés sont attendues, mais la contrebande persistera", confirme M. Tazi. A moins que les prix ne baissent encore, par une réduction du taux de la TVA, de 17,5%, appliquée à ce jour au téléviseur, après les charges douanières. La télévision n'est plus un luxe, mais un moyen d'information, un équipement domestique de base. Produit utile, puis indispensable, ses prix étaient beaucoup trop élevés pour les foyers populaires. La contrebande est venue satisfaire cette demande pressante.

Une bataille devant l'Asie

Administration, représentants de grandes marques et consommateurs feront donc leur affaire dans ces baisses. Mais il n'y a pas que la contrebande qui sera victime de ces "ajustements structurels": c'est aussi toute une activité industrielle qui sera sacrifiée. Les détracteurs du secteur prétendent que ces chaînes de "montage" ne réalisaient que des "assemblages" rudimentaires, d'une faible valeur ajoutée, et d'une productivité douteuse. L'ouverture, par la contrebande d'abord, par les importations officielles ensuite, n'aurait fait qu'achever un secteur peu compétitif, incapable de faire face à la concurrence. "Même si le secteur était improductif, cela ne justifie pas la contrebande" , rétorque le président du GICEL. C'est de toute façon une activité qui relève d'une technologie de pointe, l'électronique. Ce sont aussi quelques centaines d'emplois industriels, directs, qui commencent déjà à être supprimés. Les effectifs des unités limités, de 100 à 150 ouvriers, atténuent le problème social, résolu au "cas par cas". Les départs sont négociés, ou volontaires, étalés dans le temps, pour une activité qui s'étend sur quelques mois. Reste l'outil industriel, le matériel: certains équipements sont déjà amortis, d'autres pas. Les équipements sont chers. Umareq, qui monte la marque allemande Grundig a acquis un "simple" équipement de contrôle pour 1 million de Dirhams: un générateur de mire qui émet les signaux en PAL, SECAM et NTSC et permet d'essayer la télévision avant les émissions des chaînes.
Si l'amortissement et le maintien de petites unités, des équipements de contrôle, sont difficiles pour ces entreprises, comment auraient-elles pu supporter les équipements lourds et la robotisation, engagés par l'Asie. Il faut investir l'équivalent de 100 millions de Dirhams au minimum pour produire ses tubes cathodiques, et en fabriquer 2 millions par an. Les grandes marques européennes auraient pu délocaliser leur production en grande série au Maroc, y investir. Elles ont investi en Asie, car les firmes Japonaises les y ont précédées. Le Maroc perd une bataille sur la délocalisation, devant l'Asie, sans doute parce que l'Europe a perdu la bataille industrielle devant le Japon.

Khalid BELYAZID

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