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    Séisme d'El Hoceïma
    Commerces fermés, classes désertées…
    De notre envoyée spéciale, Fédoua TOUNASSI

    Par L'Economiste | Edition N°:1718 Le 04/03/2004 | Partager

    . Une semaine après la catastrophe, les gens sont encore choqués mais résignés. La vie reprend tout doucement son cours normal, ponctuée de petites secoussesIL est un peu plus de 19h ce lundi à Casa et un groupe d'une dizaine de personnes s'impatiente à la gare routière. Leur bus a du retard, non pas qu'ils soient impatients d'arriver à destination, mais vu le long trajet qui les attend, ils ont hâte de partir. Le convoi s'ébranle direction El Hoceïma via Fès. Chacun s'y rend pour différentes raisons. Deux jeunes médecins ont été appelés en renfort. Ils appréhendent un peu de partir vu leur manque d'expérience. Une mère de famille quadragénaire s'y rend, elle, pour s'enquérir de l'état de santé de sa mère qui fort heureusement est encore vivante, “mais qui s'obstine à ne pas vouloir quitter sa ville natale”, déplore-t-elle.C'est le cas aussi de ce jeune immigré qui est revenu de France pour voir ses parents qui ont été épargnés par le destin. Il les appelle toutes les 10 minutes. Tous redoutent le trajet mais encore plus l'arrivée à destination. Au fur et à mesure du voyage, les langues se délient. Mais ce n'est qu'en arrivant à Fès que l'atmosphère se décrispe un peu avec la montée à bord d'El Houssein. Ce natif d'Imzouren était dans la ville spirituelle pour y installer sa famille, sa maison ayant été démolie par le séisme. D'une nature très bavarde, il a tenu pendant un bon bout de temps les voyageurs en haleine, leur racontant avec moult détails les différentes péripéties de cette nuit maudite. Mais le froid, la fatigue morale et physique ainsi que le sommeil ont eu raison de sa loquacité. Il faut dire que les températures enregistrées dans cette région sont particulièrement basses et difficiles à supporter, la nuit surtout. D'autant plus que la plupart des gens couchent dehors. De plus, il a neigé tout au long de la route séparant Taza de Casseta, une petite bourgade à une soixantaine de kilomètres d'El Hoceïma. Un peu plus loin, les stigmates du séisme commencent à apparaître avec le lever du jour. Nous ne devons plus être très loin de la zone sinistrée. A plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde, un même spectacle de désolation, fait de maisons en pisé (mélange d'argile et de paille) effondrées, entourées de tentes en plastique, de boue et d'un maigre cheptel. Le plastique qui est devenu une denrée rare ces derniers jours et dont le prix a renchéri de manière extraordinaire, selon El Houssein. Il sert majoritairement à recouvrir les tentes pour les protéger du froid et de la pluie.. Pathologies secondairesAprès quinze heures de route, les contours de la ville commencent à se profiler. A première vue, El Hoceïma ne semble pas avoir beaucoup souffert du séisme. Et pourtant, un campement de plus d'une centaine de tentes est dressé à l'entrée de la ville. “Ce sont pour la plupart des gens qui craignent de regagner leur logement de peur qu'il n'y ait d'autres secousses”, explique un gendarme en faction. Premier contact avec la ville, l'hôpital Mohammed V vers midi, le 2 mars. Une foule se presse à la porte du service de pédiatrie. Des femmes expliquent qu'on ne leur a pas permis de rendre visite à leurs enfants et qu'elles attendent là depuis des heures. Et pour cause des caméras de télévision filment le service. Mais mis à part ce petit incident, le calme règne dans les différents services et les malades interrogés sont satisfaits du traitement. L'affluence n'est plus celle des premiers jours. “Les urgences ne reçoivent plus de malades ou blessés ayant trait au sinistre”, explique un médecin. Les admissions concernent plutôt des “pathologies secondaires”. Un rush des populations locales a été constaté ces derniers temps. “Les autochtones ont saisi l'opportunité de la présence des équipes médicales pour se faire soigner de pathologies qui n'ont rien à voir avec le séisme”, ajoute-t-il. Mais le plus surprenant dans cet hôpital, c'est sa propreté. Les mauvaises langues diront que c'est la présence du Souverain qui en est à l'origine. Mais ce n'est pas le cas. “Même avant l'arrivée du roi, le CHU a toujours été bien tenu”, témoignent des riverains.Dehors, la vie reprend son cours “normal”, même si la majorité des commerces n'ont pas encore rouvert. La population n'est pas encore remise du choc et les gens n'ont pas le coeur à l'ouvrage. Ils sont résignés. Les cafés par contre sont bondés pendant toute la journée et même le soir. “C'est à croire que c'est les vacances”, fait observer un visiteur étranger. Au-delà des apparences, les gens se retrouvent aussi pour braver la peur, et partager leurs émotions. En fait, une partie de la population vit de petits commerces ou de contrebande, ou encore des recettes des MRE. “Il y a pratiquement un immigré ou deux dans chaque famille”, explique Bouchaïb, lui-même expatrié aux Pays-Bas.Quant aux écoles, “les cours étaient censés reprendre hier mardi, mais il n'y avait presque pas d'élèves en classe”, se plaint un instituteur. “Croyez-vous que les gens puissent envoyer leurs enfants à l'école alors qu'il y a encore des secousses?” renchérit une femme. Il faut dire que la dernière secousse s'est produite le mardi 2 mars vers 21h30, d'une magnitude de 4,3 sur l'échelle de Richter. Aussi cette femme s'est installée avec sa famille dans une tente à proximité de son domicile. Même si sa maison est intacte, elle n'ose pas rentrer chez elle et, encore moins la nuit. “J'y vais pour cuisiner ou pour me rendre aux toilettes”, explique-t-elle. Sa voisine d'infortune n'a pas eu autant de chance. Sa maison est marquée d'une croix rouge. C'est-à-dire risque d'effondrement à tout moment. Des codes visuels ont été utilisés par les autorités pour distinguer les habitations. Le rouge correspond à la démolition, l'orange au danger imminent et le vert à la possibilité d'habiter. Ainsi, cette mère de cinq enfants se sent trop à l'étroit sous sa tente de fortune. “De plus, je suis diabétique et je n'ai même pas la force de faire la queue pour récupérer les vivres distribués par les autorités”, ajoute-t-elle. Les distributions qui se font à longueur de journée souffrent encore d'un peu de désorganisation. “Les gens ne sont pas très organisés, c'est la loi du plus fort”, explique-t-elle.Toutefois, de nombreuses familles commencent à réintégrer leurs maisons qui ont résisté au séisme et qui sont encore habitables, notamment en raison de la pluie diluvienne et de la neige qui se sont abattues sur la région lundi dernier.


    Quid de l'aide humanitaire?

    MARDI, vers minuit, sur la route qui mène à l'aéroport, quartier général des secours, la file des camions chargés de l'aide humanitaire est impressionnante. Elle s'étale sur au moins 2 kilomètres. Cette aide provient de plusieurs villes du Royaume: Azilal, Témara, Touanate, Ifrane, Tahla… Un convoi s'ébranle direction les villages avoisinants pour une distribution de couvertures, qui rappelons-le, manquent le plus aux sinistrés avec les tentes. Les denrées alimentaires ainsi que les médicaments sont disponibles à profusion. En dehors, des distributions organisées, on peut voir des particuliers à bord de leurs véhicules, immatriculés surtout à Nador, donner aux villageois des produits de première nécessité. Les hélicoptères de la Gendarmerie royale effectuent une trentaine de rotations par jour pour distribuer l'aide dans les villages les plus isolés et quasiment inaccessibles par la route.


    Soutien psychologique

    CE qui manque le plus en matière médicale, ce sont des psychologues. Des psychiatres se sont portés volontaires, mais ils ne sont pas utiles pour ce genre de situation. Des psychologues seraient en route, envoyés en renfort par une association de psychologues de Fès. Leur tâche ne sera pas aisée. En dehors du handicap de la langue, la population locale est d'un naturel très méfiant et ne se livre pas facilement. Pourtant, le besoin d'un soutien psychologique s'est fait ressentir dès les premiers jours, surtout pour les femmes et les enfants.


    Le ET local

    NON, ce n'est pas un remake du célèbre film de Spielberg, mais plutôt l'effet que produit l'entrée d'une femme dans un café à El Hoceïma. Une étrangère passe encore, mais une Marocaine. Passé l'effet de surprise, la curiosité s'installe et on vous détaille sans vergogne de la tête au pied, façon de dire: “ce n'est pas ta place ici, rentre chez toi!” Même dans la rue, une femme qui n'est pas de la région ne passe pas inaperçue. Ce qui est tout à fait normal vu la mentalité du coin. Les seules femmes que l'on peut aperçevoir dans la rue sont voilées et accompagnées d'un membre de la famille. Les autres ne sont pas originaires de la ville et y sont installées pour des raisons de travail.

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