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Economie

Reportage : Au Nord, rien ne va plus

Par L'Economiste | Edition N°:243 Le 15/08/1996 | Partager


RME de passage, touristes locaux en vacances, hommes d'affaires au repos Les autres années, le Nord s'agitait en août, reflétant l'activité du pays. Cette année, la circulation est fluide, les hôtels vides, les mines abattues.


Un concentré de lamentation. Voilà ce qu'est le Nord en ce mois d'août. Sur un rayon de 50 kilomètres, de Tanger à Cabo Negro, se concentrent deux catégories unies par le hasard de la géographie. Des hommes d'affaires au repos dans leur résidence secondaire et des contrebandiers et trafiquants, genre tapis sous leurs "couvertures".

Les uns et les autres ont un point commun: ils se plaignent, qui de la conjoncture, qui de la campagne d'assainissement. A Kabila ou Marina, le cur n'est pas à la fête, malgré l'ouverture d'une galerie d'art, d'un magasin cyberspace et swatch pour rester dans le vent. La frime a laissé place à l'ennui. C'est le grand coup de blues.

Dans les souks de Tétouan et de Fnideq, les magasins qui regorgeaient de magnétoscopes et de téléviseurs ont baissé rideau. D'autres se sont reconvertis dans le commerce de vêtements bon marché, importé de Tanger ou Casablanca.

Car le phénomène de la contrebande a bien été cassé et les marchés ne sont pas trompeurs. S'il y a encore quelques appareils sur les étalages, ils proviennent de vieux stocks, et les prix se sont envolés avec la difficulté approvisionnements. Les rares TV Sony 14 pouces coûtent 2.500DH et le 21 pouces 4.000DH. Et encore, le commerçant finit par vous avouer que les produits exposés sont cassés. Puis il vous conduit apeuré vers un autre magasin pour vous montrer la marchandise à vendre. L'inquiétude règne donc.

Cependant, les souks sont approvisionnés en petites marchandises comme le téléphone portable (un Nokia se vend à 4.800DH), en denrées alimentaires, en produits cosmétiques. Ceci suppose que des filières de "fourmis" subsistent encore. Ainsi des boules de fromage rouge portent des dates de péremption au 1/12/97, ce qui suppose une livraison récente. Il y a aussi du riz Oncle Ben's, du "nectar de Melocoton" de marque "Don Simon", des eaux de cologne Fa ont la surenchère de 20, 30, 50% de gratis. Pour le reste, ce sont des chaussures de sport ou des vêtements bon marché et de fabrication locale.

"Auparavant, raconte un chauffeur de taxi, spécialiste de l'axe Tanger-Tétouan, nous faisions d'incessantes navettes pour monter les gens de Casa, de Fès, qui achetaient pour leur maison ou leur commerce. Aujourd'hui, nous travaillons très peu, et avec les petits industriels de Tanger qui apportent leurs marchandises".

Pas étonnant que les touristes locaux ne se ruent plus sur ces souks, et sur le Nord d'une manière plus général. Car l'achat était la raison essentielle d'y aller. Du coups, les activités touristiques ont subi les contrecoups. A écouter les premiers témoignages, c'est surtout l'Espagne qui a ravi au Nord sa clientèle aisée. Les prix des résidences et des hôtels sont beaucoup plus bas qu'au Maroc, et la Costa del Sol offre en plus l'animation et toutes les libertés de nuit chères à la jeunesse. Les hôtels prestigieux de Tanger, Rif, Almohades, et même les petites pensions ont rangé leurs pancartes "complet". Les marchands de "bocadillos", et Eric's, le pionnier du hamburger au Maroc, ne servent plus que les Tangérois. Il faut dire que le célèbre Boulevard ne connaît plus les foules estivales d'antan, au point où les avides bazaristes ferment le soir, faute de chalands. Parfois, ils se plaignent: "les touristes, ils sont en Tunisie où ils ne sont pas harcelés. Les nationaux, ils vont sur Agadir ou restent chez eux, faute d'argent". Il n'y a que le club Aquarius qui fait le plein. Dans les salons, ont craint pour la continuité du Chellah, des Almohades, qui furent des valeurs sûres de la ville du Détroit.

Plus aucun nouvel hôtel n'ouvre. Sinon, c'est un projet immobilier en soif de reconversion. El Alia, inspiré par Agadir, offre des appart-hôtel en location. Sinon, les grandes tours sur front de mer ne trouvent pas preneurs. L'immobilier n'est plus "dopé" par l'argent de la drogue.

La côte de Tétouan, qui voulait narguer Marbella, vit une saison sans joie. Villas et appartements ne trouvent pas preneurs. C'est le "désenchantement" comme annoncé par l'une de nos précédentes éditions.

Pour ceux qui n'osent pas investir, un nouvel hôtel de luxe vient d'ouvrir. Construit par Interedec et géré par la chaîne Hyatt, il comporte 59 chambres, conçues dans un style méditerranéen, mélangeant des esthétiques grecques et andalouses. Ouvert le 1er août, il aspire à être le lieu où "ça se passe" et mise donc sur une animation organisée qui manque à la zone. Le reste de l'année, l'hôtel vise à accueillir les réunions et les séminaires d'entreprises qui fuiraient l'agitation de l'axe Rabat-Casa.

Khalid BELYAZID

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