×L'Editorialjustice régions Dossiers Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Economie

Attention aux mécanismes récessifs

Par L'Economiste | Edition N°:243 Le 15/08/1996 | Partager


Mais, la récession qui se dessine ne ressemble en rien à celle que l'économie marocaine a vécue jusqu'ici. Les reculs rencontrés avait des causes exogènes à l'activité, clairement identifiée. Il en va ainsi:
- des chocs de la sécheresse qui provoquent l'effondrement d'une partie de la production agricole;
- de l'envol du prix du pétrole et/ou de celui du Dollar, qui tond littéralement les possibilités de paiements;
- de la fermeture brutale d'un marché sur lequel des parts significatives d'activités s'étaient investies (Irak, Libye... ou bien l'arrêt de la passation des marchés publics);
- de déficits budgétaires faramineux, comme les 15% du PIB pratiqués au début des années 80 avec leur cortège d'arriérés de paiements.

Le tissus économique a connu toutes ces sortes de mésaventures. Lesquelles ont en commun de se produire sans que les entreprises aient le pouvoir de renverser le mouvement. Mais ce n'est pas ce type de phénomène qui est en train de se produire. Au contraire, le Dollar est bon, même un peu bas. Les prix du pétrole sont raisonnables. La production céréalière est de haut niveau même si elle n'est pas d'une qualité excellente. Les budgets dérapent, mais rien à voir avec les proportions d'avant le PAS. Les entreprises savent faire attention à ne pas mettre tous leurs espoirs sur des marchés trop politiques. L'Etat fait attention à ne pas laisser trop d'arriérés et elle a même appris à surveiller les paiements entre entreprises publiques et administrations. Il n'y a pas non plus de baisse de la demande extérieure qui pourrait justifier la morosité de la conjoncture intérieure.

Mécanisme interne

Le mécanisme récessif qui s'est engagé est purement interne. Il s'appuie essentiellement sur les comportements des acteurs, ces acteurs qui, lorsqu'ils étaient soumis à des chocs violents, savaient pourtant réagir au mieux. C'est donc un cas de figure nouveau. Il s'agit typiquement des anticipations des acteurs, des millions d'acteurs que compte le tissu économique.

Trois signes d'anticipations récessives sont apparues l'année dernière: les commentaires moroses des entrepreneurs, le paradoxe de la Bourse (excellents résultats des entreprises cotées: +64%, timidité des cours: + 4,2% sur le CFG 25) et surtout des prix de gros qui progressaient plus vite que les prix de détail (6,5% pour le gros et 6,1% pour le détail). Ce dernier point signifie que les commerçants en contact avec le marché ont laminé leurs marges, comportement à l'opposé de ce qui s'est produit dans les années précédentes, sécheresse ou pas: le différentiel était de 1 à 3 points, suivant les années, en faveur du détail. La vague inflationniste reflue maintenant en s'inversant et ce, de manière tout à fait classique.

La formation d'encaisses excédentaires, qui ne débouchent pas sur des investissements financiers ou physiques comme la nouvelle baisse du marché de l'immobilier, confirme le comportement récessif qu'ont les ménages et les entreprises.

Un simple exemple montre bien la force qu'ont acquis les comportements: les épargnants se précipitent sur les Bons de privatisation; et ces mêmes épargnants accueillent plutôt froidement les Bons du Trésor.

Attention aux leurres


Bien naturellement et tout à fait mécaniquement, un mécanisme récessif donne toujours à son démarrage un signal apaisant, une sorte de leurre dans les comptes publics. Et dans le cas du Maroc, le signal a eu lieu ce printemps: les recettes fiscales sur les entreprises présentent une forte divergence avec celles des autres impôts. C'est exactement ce qui est arrivé. L'IS appuyé sur les sociétés cotées (surtout les financières) et sur les monopoles publics a bondi (+38%) alors que les autres recettes, TVA et IGR, ont présenté des taux de progression normaux (respectivement +6,4 et +9,2%). Couplée à la non-exécution d'une partie des dépenses programmées, la hausse des rentrées fiscales a fait repasser le déficit sous la barre des 3%. Il s'est fixé à 2,4% pour le budget transitoire des six premiers mois de l'année 1996. C'est typiquement le leurre: si le Maroc s'était montré moins dépensier autrefois et donc s'il avait eu moins de dettes à payer, il aurait même pu avoir un excédent budgétaire. Chez les Etats budgétairement sages, la récession s'annonce aussi par l'excédent.

Par ailleurs, l'accroissement des bénéfices des entreprises signale leur atonie en matière d'investissements. Le comportement du taux d'intérêt réel (taux d'intérêt moins le taux d'inflation), indique bien qu'elles ont plutôt cherché à se désendetter au lieu d'emprunter pour financer des investissements.

Enfin et dernier point clef, la consommation des produits pétroliers est en baisse ce premier semestre (-6%), après la baisse de 6,23% en 1995, mais que l'on ne peut plus imputer à la sécheresse.

Nadia SALAH



Comment rebondir sur la mauvaise conjoncture


En pleine sécheresse, les installateurs de pompes, les puisatiers, les fabricants de tuyaux... sont au mieux de leur forme.

En pleine récession, il y a toujours des îlots de prospérité, et c'est une erreur de croire que ce sont des îlots qui n'existent que parce qu'ils profitent du malheur des autres. Ceux-là n'ont pas grand avenir, c'est évident.

Ce sont les autres qui sont intéressants, d'autant plus que c'est ceux-là qu'il faut créer.
Règle n°1: c'est quand rien ne va plus autour de soi, qu'il faut investir.

C'est à ce moment-là que les meilleures conditions sont réunies pour ceux qui voient loin:
- vous aurez le meilleur prix, avec tous ces petites choses annexes qu'en temps normal on facture à part ou que vous devez chercher tout seul;
- vous pouvez choisir le meilleur fournisseur, celui qui vous aurait snobé parce qu'en temps normal ses carnets sont pleins;
- vous voyez disparaître comme par enchantement les erreurs qu'avait l'habitude de commettre votre fournisseur de toujours;
- vous aurez un banquier attentif, disponible et qui miraculeusement aura des tas d'idées pas bêtes du tout, simplement parce qu'en temps normal il n'a pas trop de temps à vous consacrer mais que maintenant les investisseurs sont assez rares pour qu'il s'en occupe sérieusement;
- vous aurez des collaborateurs et des employés dévoués et bien plus compétents que d'habitude (c'est dur mais c'est comme ça, le chômage est une réalité);

Règle n°2: tout ce dont vous tirez profit dans la règle n°1 devient une exigence qui s'applique à vous quand vous vendez.
Mais puisque vous avez bien tiré profit des conditions autour de vous, vous êtes en parfaite position pour:
- mobiliser l'imagination et l'énergie de vos vendeurs;
- offrir un produit de meilleure qualité, avec un prix de revient inférieur;
- multiplier votre présence auprès de vos clients;
- enfoncer le(s) concurrent(s) qui continue(nt) à se lamenter sur la conjoncture.
Et le fin du fin, c'est que le retour des vaches grasses trouvera votre branche débarrassé des amateurs et de ceux qui brouillent le marché avec des offres de second ordre. L'astuce est qu'il faut faire vite: la récession qui est à nos portes peut se retourner très vite, puisqu'elle dépend des comportements des gens et vous n'êtes pas le seul à lire ces lignes...

Nadia SALAH


Les théories antidéprime


L'âge des décideurs va commander le style des débats qui vont accompagner la recherche des sorties de récession: il y a fort à parier que c'est à coup de Keynes et de monétarisme que vont se mener les discussions. Les décideurs ont l'age d'avoir été formés à ces doctrines et leurs benjamins ont été formés par des professeurs qui avaient baigné dans ces théories.
Il y avait bien aussi, dans les jeunes temps des décideurs, le marxisme. Mais cela n'est plus à la mode.

Ce n'est ni un bien ni un mal que le bagage théorique marocain ait pris un sérieux coup de vieux, parce dans le fonds personne n'a de recette théorique éprouvée pour fabriquer une politique de croissance. C'est logique puisque la réalité se joue sur le terrain, tous les jours, avec des millions de personnes.

Rappelons néanmoins les grandes écoles antidéprime.

On ne sait pas si Keynes a été heureux mais, comme dans les contes, il a eu beaucoup d'enfants. Les plus célèbres sont des surs siamoises: accroître artificiellement la demande, soit en distribuant des revenus, soit en faisant de grands chantiers. C'est un remède délicieux, qui fait plaisir à tout le monde. Mais le problème est toujours le même depuis cinquante ans: cela fonctionne à court terme, pas à long terme. L'Histoire fait répondre à Keynes: "A long terme nous serons tous morts". Mais l'Histoire ne précise pas que, dans ce cas de figure, on meurt couvert de dettes et que les enfants en héritent. Les autres enfants de Keynes ne méritent pas de chaudes discussions, puisqu'ils sont déjà à l'oeuvre et depuis longtemps: politique fiscale, politique monétaire, redistribution (quoique pour ce dernier il ne soit pas certain que les redistributions soient très efficaces)...

La réaction anti-Keynes est donc de prêcher l'inverse. Rien pour la demande, tout pour l'offre. Il faut serrer tous les robinets qui risquent de créer de la monnaie, car l'inflation menace et détruit l'épargne, puis la production. Cela fonctionne, à condition d'arriver, socialement, à avaler ce remède. Ce qui n'est pas évident: le court terme est très (trop) dur, les lendemains qui chantent sont souvent des surlendemains et, c'est bien connu, "à long terme nous sommes tous morts".

Keynes et ses ennemis ont cependant un point commun: ils ont considérablement développé l'offre comme la demande... d'informations économiques. Ça tombe bien puisque les choix des acteurs économiques s'alimentent d'informations et qu'ils savent parfaitement trier les bonnes des mauvaises informations.


Nadia SALAH

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc