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    "L'université, une autoroute à plusieurs entrées-sorties"

    Najib Zerouali, ministre de l'Enseignement Supérieur

    Par L'Economiste | Edition N°:486 Le 15/04/1999 | Partager

    · Faire de l'université un précurseur d'une réforme entrepreunariale

    - L'Economiste: A quoi sert une faculté?

    - M. Najib Zerouali: Je pense que la problématique de l'université est universelle. Lors de la dernière conférence mondiale tenue à Paris par l'UNESCO, les responsables de l'enseignement dans les différents pays ont exposé les mêmes problèmes. Jusqu'à il y a quelque temps, l'université était considérée comme un lieu de savoir, c'est-à-dire dispensant une formation fondamentale et théorique. L'Université n'est pas arrivée à coller aux mutations socio-économiques qui ont été beaucoup plus rapides ces deux dernières décennies. Les relations entre l'université et l'entreprise doivent fonctionner comme celle d'un client-fournisseur. Si l'université, lieu d'expertise et de développement, agissait aussi sur le monde socio- économique par la mise en place de procédures de transfert de technologies et d'incubateurs notamment, elle deviendrait précurseur d'une réforme entrepreunariale. Celle-ci pourrait avoir pour conséquence de tirer vers le haut le monde de l'emploi.

    - Comment pensez-vous mettre en pratique ces réflexions?
    - A travers la formation par alternance avec un volet pratique dans les entreprises. Nous avons proposé au Ministère des Finances un programme Provision-Recherche-Développement (PRD) qui permettra à l'entreprise de provisionner sur son bénéfice fiscal une somme à affecter à un projet de recherche & développement. Dans ce programme, l'encadrement fondamental est effectué par les enseignants-chercheurs au sein de l'entreprise. L'impact est doublement intéressant. Par ailleurs, nous avons proposé un projet de loi sur les GIP (groupement d'intérêt public). Celui-ci permet à l'université et à l'entreprise de constituer un groupement à but non lucratif en mettant en commun leurs moyens humains et matériels. Ce projet de loi, à article unique, est pour l'heure au Secrétariat Général du Gouvernement.

    - Le décalage entre l'université et le monde économique est donc si important?
    - Ce n'est pas un décalage, mais plutôt la continuation d'une voie classique, alors que l'environnement socio-économique avait besoin d'une formation d'opérateurs. Une grande question se pose aujourd'hui, la faculté doit-elle être un lieu de professionnalisation.
    Autre volet du débat, le choix entre l'éducation et la formation. Notre conviction est de privilégier les deux. Selon les différents niveaux d'enseignement, la faculté doit pouvoir mettre en place une planification pour trouver une réponse au besoin tel qu'il est exprimé. Nous pouvons imaginer un premier cycle opérationnel et un troisième, destiné aux chercheurs, devenant un cycle du savoir.

    - C'est-à-dire deux universités?
    - Non, plutôt une université qui s'adapte à tous les moments. Je vais reprendre une image qui répond à la situation de l'université à travers le monde et au Maroc, à savoir celle de l'autoroute sans sorties intermédiaires. L'idéal consiste à disposer d'une autoroute qui permette des sorties progressives, mais aussi des entrées et vice versa. Rien n'empêcherait un diplômé, au bout de deux ans, de faire ses preuves sur le marché du travail, d'acquérir une expérience professionnelle et de revenir pour continuer ses études.

    - Quelle place occuperait l'enseignant sur cette autoroute?
    - Son rôle doit être reconçu. Beaucoup plus qu'un conférencier, l'enseignant devient un animateur. Cela suppose l'adhésion au système, mais aussi la mise en place de cycles de formation.
    Un enseignant est un professionnel de la formation. Mais il suffit qu'il puisse appréhender l'ensemble des méthodes, des objectifs, bénéficier d'une formation à la communication, à la définition d'un message clair et pertinent. A ce moment, l'enseignant devient beaucoup plus rentable en termes d'efficacité pédagogique.

    - En combien de temps comptez-vous mettre en place cette "autoroute"?
    - Nous espérons que le schéma et la discussion entamée au sein de la Commission Spéciale Enseignement-Formation puissent mettre en place cette ingénierie et la valider. Ensuite, comme le prévoit la Lettre Royale, une installation progressive pourra commencer dès septembre pour la prochaine rentrée universitaire.

    - Pensez-vous que la gratuité doit être maintenue pour l'enseignement supérieur?
    - Le problème de la gratuité est supraministériel. La dernière Conférence mondiale des ministres de l'Enseignement Supérieur a clairement mentionné dans ses résolutions la nécessité de trouver de nouvelles sources de financement de l'université autres que la subvention de l'Etat. Le champ peut être très large. C'est l'un des grands points sur lesquels la Commission Enseignement-Formation aura à se prononcer.

    Propos recueillis par Malika EL JOUHARI & Meriem OUDGHIRI

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