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A qui profite l’abattage clandestin?

Par L'Economiste | Edition N°:2853 Le 04/09/2008 | Partager

. Sur 760 cas de flagrant délit, aucune mesure de fermeture. L’insécurité plane sur les brigades de contrôle . Chevillards et Administration, à chacun sa logiqueL’abattage clandestin a la peau dure. Difficile de l’éradiquer complètement. Autant le contrôle s’ingénie, autant les bouchers clandestins s’évertuent à s’y dérober. Les versions des chevillards diffèrent. Pour Ahmed El Omari, du Syndicat national des commerçants et des professionnels, section des abattoirs, «beaucoup de gens confondent la viande foraine et l’abattage clandestin. Il n’y a d’abattage clandestin que dans la rue Maâden à Derb Ghallef». A en croire ce syndicaliste qui est aussi conseiller régional et membre de la Chambre de commerce, les autres points d’écoulement mettent en vente la viande «qui provient non pas de l’abattage clandestin mais des souks ruraux qui se tiennent à cadence hebdomadaire à proximité de la ville». Abdelali Ramou, de l’Union générale des entreprises et des professions (UGEP), s’oppose énergiquement à ce point de vue qu’il considère comme une tromperie. «Il n’y a pas un seul quartier de Casablanca qui ne dispose pas de ses professionnels de l’abattage clandestin», soutient-il. A Hay Oulfa, Oukacha, Dallas et Ferrara, des bouchers se livrent à l’abattage clandestin et fournissent en viande d’autres détaillants. Dans ces quartiers, l’abattage n’est plus clandestin mais au vu et au su de tout le monde, y compris les autorités. «Cessez de l’appeler abattage clandestin, c’est devenu solennel et au grand jour», ironise un chevillard. Idem pour Nassim à Sidi Maârouf qui approvisionne un périmètre plus large. La médina également a son «marché noir» de viande. Il s’appelle «Schneider» et «Smat», juste à côté de la préfecture d’Anfa, précise Ramou. El Bernoussi, Sidi Moumen, Hay Mohammadi (Derb Moulay Cherif), sont autant de quartiers aux «abattoirs clandestins» qui livrent concurrence aux infrastructures municipales. El Omari n’accorde pas ses violons avec Ramou . «Seul Derb Ghallef constitue un lieu d’abattage clandestin, les autres îlots ne font qu’acheter de la viande des souks hebdomadaires», tranche-t-il. Justement, Derb Ghallef recèle la capacité la plus importante de la métropole. Plus de 45 boucheries s’y livrent à la pratique de l’abattage illicite. Elles sont mieux organisées et mettent tout pour défendre leurs business. Casablanca étant le marché le plus juteux, tout le monde se précipite pour se  tailler une part. Outre les ventes des bouchers hors la loi, les marchés hebdomadaires y trouvent aussi un bon débouché. Surtout que Casablanca est assiégé à longueur de semaine par des souks: Tnine Berrechid, Tlat Bouskoura, Larbâa oulad Jerrar, Khmiss Médiouna, Jamâat Riyyah, Sebt Tit Mellil, Had Soualm… Ces points de vente s’étendent sur un rayon de 5 à 20 km. Des bouchers s’y approvisionnent pour leur propre commerce et d’autres y jouent les intermédiaires. Les abattoirs de Mohammédia livrent aussi concurrence aux abattoirs casablancais. Mais cette fois-ci de manière légale. Des chevillards sont autorisés à s’y approvisionner pour servir leur clientèle de confession juive. Seulement, ils prélèvent plus qu’il n’en faut. Et une bonne partie des viandes provenant des abattoirs de Mohammédia est en fait vendue aux musulmans», affirme El Omari. La communauté juive de Casablanca étant estimée à 2.500 personnes. Ce ne sont pas seulement les chevillards fournisseurs des juifs qui peuvent s’approvisionner de Mohammédia. «Tout chevillard peut s’alimenter auprès d’autres abattoirs hors Casa  à condition de se conformer à une procédure légale dont le certificat sanitaire, le contrôle par le vétérinaire municipal casablancais et l’acquittement d’une redevance évaluée à 1,50 DH/kg», explique El Omari. «C’est une réglementation qui est rarement appliquée», commente-t-il. Le complément à payer représente le différentiel entre la taxe d’abattage appliquée dans les abattoirs des autres villes et celle en vigueur à Casablanca. A titre d’exemple, le chevillard paye à Mohammédia 1,20 DH/kg alors qu’il s’acquitte à Casablanca de 2,70 DH. «Casablanca possède des abattoirs modernes où le contrôle, l’hygiène, le transport et toute la chaîne qui mène jusqu’au consommateur répond à des exigences rigoureuses», affirme Noureddine Bergâa, adjoint du maire chargé des abattoirs. Selon lui, la qualité des «prestations justifie le niveau de la taxation». Lutter contre l’abattage clandestin était et reste toujours mission non accomplie. Les chevillards déplorent le manque de fermeté des autorités. Sur les 760 procès tenus contre des bouchers surpris en flagrant délit, aucune mesure de fermeture n’a été prise par les divisions économiques des préfectures concernées! Les contrevenants y voient une façon de tolérer leurs actes et bien évidemment persistent et abattent. Pourtant la fermeture est peine légale et une revendication élémentaire des chevillards lors de leurs récentes négociations avec les autorités. Ces derniers y ont d’ailleurs adhéré pleinement. Les brigades de contrôle tentent, tant bien que mal, de circonscrire le phénomène. Deux brigades sont en fonction dans la métropole. C’est peu pour une ville qui compte près de 8.200 boucheries autorisées. Une seconde brigade n’a été installée qu’en juillet 2008, suite au lobbying des chevillards. Elle est composée, outre les représentants des services vétérinaires, des agents d’hygiène de la commune et de la police et d’un représentant des chevillards comme observateur. Son rôle est d’assurer le relais pendant la nuit (18h-21h) alors que la première brigade travaille pendant la journée (10h-14h)», affirme Mustapha Sabir, médecin vétérinaire de la commune urbaine de Casablanca. Il faut noter que la première brigade compte parmi ses membres un représentant du département de l’Agriculture, un autre du service économique et social de la wilaya et d’un adjoint technique de l’Agriculture détaché auprès de la ville.Les brigades ne tournent pas à plein régime. Leurs membres ont peur d’être agressés par les mafias de l’abattage clandestin. «Nous ne sommes pas protégés», déclare un membre. A Derb Ghallef par exemple, les bouchers montent la garde en permanence. Ils ont un système d’information parallèle dont les motocyclistes constituent l’épine dorsale. Force est de constater que la brigade du jour n’est pas tout le temps disponible à s’acquitter de sa mission du contrôle. C’est selon la disponibilité de l’adjoint technique qui dépend de l’Agriculture, qui assure en même temps des missions d’inspection au sein même des abattoirs. «Le contrôle des boucheries demande une grande vigilance. Les bouchers exposent la viande estampillée mais, dans les frigos, il y a souvent de la chaire provenant du circuit clandestin ou ramenée du marché hebdomadaire», indique Sabir. Quand ils sont pris au dépourvu, ils allèguent que les carcasses incriminées appartiennent à un client qui les a apportées pour la découpe. «Tant de fois, en voulant saisir de la viande non contrôlée, les habitants défendent le boucher», constate Sabir. Les citoyens sont certes attirés par une viande bon marché mais il y va quand même de la santé du citoyen», s’indigne Bergâa. Quoi qu’il en soit, les brigades de contrôle ont un effet positif. Depuis la mise en place de la seconde brigade à laquelle sont associés les chevillards, il est constaté une hausse de la production des abattoirs en viande qui sont passés de 300 bovins à un peu plus de 860 par jour. Même constat pour les ovins. Le médecin vétérinaire de la mairie Mustapha Sabir et l’adjoint du maire en charge des abattoirs limitent les proportions de l’abattage clandestin à moins de 22% du marché casablancais pendant que Ramou atteste qu’il y accapare au moins 50%. Chacun se confie à ses propres statistiques. Pour les premiers, les Casablancais consomment 30.000 tonnes en se basant sur une moyenne de 10 kg de viande par habitant et par an. Pour Ramou, c’est faux. Casablanca compte 8.200 boucheries autorisées qui chacune écoule 40 à 50 kg/jour. Ce qui donne un volume annuel de 140.000 tonnes. Le bras de fer entre l’Administration et les syndicats continue. Ali JAFRY

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